Du 18 au 27 juillet, Alexa Gordon-Gentil présente Ici et Là-bas à l’Atelier, rue St-Louis, Port-Louis. Une exposition photo où elle présente des parallèles entre des scènes de son île et de ses exils.
“Et par manque de brise, le temps s’immobilise”, peut-on entendre dans Les Marquises. Ces paroles de Jacques Brel, Alexa Gordon-Gentil les avait peut-être notées dans ce carnet de citations où elle recopie des phrases qui retiennent son attention. La voix du chanteur belge s’était imposée devant l’image des joueurs de cartes figés, et surpris en blanc et noir à Port-Louis, en juillet 2009. Elle avait retrouvé la même impression devant la photo des joueurs d’échecs, immortalisés à Paris quelques mois plus tard.
Trait d’union.
“Le bonheur est une petite chose que l’on grignote, assis par terre, au soleil”, a écrit Jean Giraudoux. À Maurice, la citation s’illustre par la quiétude qui berce l’être allongé sur une plage de petits coraux au bord de l’eau à Rivière Noire. En France, elle se décline par les brumes des grands bancs de sable de Calais.
L’exposition que présente Alexa Gordon-Gentil à partir de ce mercredi 18 juillet à l’Atelier de Port-Louis n’est pas simplement une présentation de photos prises çà et là. Pour cette deuxième sortie, après les images offertes en Vrac (thème du premier solo) en 2009, elle invite à un voyage entre deux mondes, à travers des photos présentées “en couple”. Une image d’ici, à côté d’une autre de là-bas : l’exposition prend un autre sens lorsqu’Alexa Gordon-Gentil se fait le trait d’union entre les deux hémisphères.
Ici, c’est Maurice, pays où elle a grandi. Et Là-bas, la France, l’Allemagne, la Belgique, des pays visités alors qu’elle poursuivait ses études dans l’Hexagone. Entre ses deux réalités, la photographe a observé et ressenti nombre de similitudes qui abolissent distances et frontières.
Similarités.
La chaleur et le ton des couleurs, la souplesse des contours des paysages qui se répète sur des corps, un besoin de liberté et de bonheur vu dans un sourire et revu chez cet homme, pieds nus à moto. Au premier abord, les photos juxtaposées semblent disparates, mais les parallèles que leur a dressés la photographe finissent par faire converger les regards. Les similarités ne sont pas forcément tangibles : elles se situent dans l’ambiance, dans les émotions saisies. Les citations accompagnant les compositions aident à mieux comprendre le sens et l’essence de l’oeuvre.
Ici et Là-bas permet aussi de découvrir la fraîcheur photographique d’Alexa Gordon-Gentil qui, à travers son viseur, sublime dans une lumière brute des scènes aussi banales que fugaces. “Quand je sors avec mon appareil photo, je fais attention à ce qui m’entoure”, confie-t-elle à Scope.
Pas de mise en scène ou d’installation studio pour cette exposition photographiée à même la rue, sans objectif défini au moment du déclic. Comme pour les citations recopiées dans le carnet, Alexa Gordon-Gentil finit toujours par trouver une utilité et un sens à des réflexes indicibles.
Poétique.
Suffisamment sincères pour éviter la dimension idyllique et clean des cartes postales, les photos d’Alexa Gordon-Gentil prennent une dimension positive, voire poétique. Interrogée sur sa vision du monde à 22 ans, la fine observatrice fustige pourtant le “gros bordel” ambiant. Mais lorsque l’occasion se présente, autant photographier “ce qui est encore beau, alors que tout part en ruine.”
“Timide”, Alexa Gordon-Gentil préfère se “cacher derrière son appareil photo” pour vivre certains instants. Une habitude prise à l’adolescence avec l’appareil photo familial, et qui a évolué en une approche artistique au fil des clichés. Puis sont venus les voyages, les occasions d’explorations et de découvertes, qui ont abouti à l’envie de partager avec les autres son regard, ses coups de coeur.
Ici et Là-bas sera visible à l’Atelier, rue St-Louis, Port-Louis, jusqu’au 27 juillet.