Alexandra à l’oeuvre dans son atelier de couture à Quatre-Bornes

Alexandra Juglall, âgée de 45 ans, est une entrepreneuse spécialisée dans la haute couture. Ayant abandonné ses études après la Form II, elle était en quête d’une carrière. C’est ainsi qu’elle a opté pour la couture. « Je n’ai pas eu besoin d’apprendre ce métier, car j’avais un talent inné », dit-elle. Autodidacte, Alexandra Juglall a su tracer son chemin pour devenir couturière à domicile, puis professionnelle et, aujourd’hui, modéliste et styliste. Rencontre.

Alexandra avait un engouement incroyable pour la couture. Elle a abandonné ses études avant même de compléter le secondaire, car, dit-elle, les études ne l’intéressaient pas. « Quand j’étais adolescente, je trouvais les études ennuyantes. Personnellement, je crois dans la pratique et non dans la théorie. Je me disais que ce ne sont pas les études qui décideront de mon succès. Donc, j’ai abandonné le collège pour concrétiser ma passion pour la couture », nous confie-t-elle.

À l’âge de 13 ans, Alexandra était assise à la maison à penser à une probable carrière. Sa mère, qui était couturière, l’avait initiée au métier mais, au fil des années, elle est devenue couturière professionnelle autodidacte. « J’ai certes commencé à apprendre à coudre en observant ma mère mais j’ai tout appris par moi-même. De toute ma vie, je n’ai eu aucune formation dans la couture. J’ai appris sur le tas. Petit à petit, j’ai réalisé que j’étais faite pour ce métier. Ma mère n’était pas une couturière professionnelle. Elle ne savait que les techniques de base mais, quand je me suis lancée dans le métier, j’ai appris plus de choses qu’elle », relate Alexandra.

Styliste professionnelle, elle crée des robes pour toutes
occasions, même les défi lés de mode et les concours

Notre interlocutrice pouvait coudre toutes sortes de vêtements à son jeune âge, notamment des jupes, des blouses, des robes, des tailleurs, des vestes et des robes de soirée, entre autres. Son talent commence alors à attirer des clients. De bouche-à-oreille, la nouvelle se répand et les commandes commencent à pleuvoir. Constatant son succès, sa mère lui offre une machine à coudre en cadeau. Des années plus tard, alors qu’elle n’avait que 18 ans, Alexandra se marie.

La situation financière de sa famille la pousse à prendre de l’emploi dans une boutique au sein d’un hôtel. Plus tard, elle acquiert de l’expérience dans plusieurs autres boutiques d’hôtel. Parallèlement, elle pratiquait la couture pour maintenir sa passion. « Les vêtements que je portais pour aller travailler étaient mes propres créations. Je m’inspirais des modèles que je voyais. Parfois, je reproduisais les mêmes modèles et d’autres fois j’ajoutais ma propre touche. Mes collègues étaient émerveillées par mes tenues. Du coup, elles ont commencé  à me donner des commandes. Par conséquent, sans le réaliser, je suis devenue une professionnelle dans le domaine », affirme notre femme entrepreneure.

Sa carrière prendra son envol quand un hôtel, où elle exerce, lui demande de coudre des costumes pour un spectacle, Copacabana. Confiante de son potentiel, Alexandra n’hésite pas une seconde d’accepter ce contrat. Ainsi, ses premières réalisations sont couronnées de succès. « Pour un spectacle, je peux facilement avoir une commande d’au moins 100 costumes. C’était un grand défi à relever mais je l’ai accepté. J’ai bénéficié du soutien de ma mère. Par la suite, j’ai été appelée à coudre d’autres costumes pour divers spectacles organisés par des hôtels », avance Alexandra.

Après les spectacles, Alexandra devient encore plus confiante de ses compétences. Elle se lance ainsi dans la haute couture, plus particulièrement dans la couture des robes de mariée. Petit à petit, son engouement pour la couture la pousse à faire ses propres créations. Elle passe ainsi de couturière professionnelle à modéliste et styliste. Un beau jour, elle reçoit la proposition d’exposer ses créations à travers un défilé de mode. « Encore un challenge que j’ai relevé. J’avais une collection de 12 tenues et six mannequins. Ces derniers étaient très coopératifs. Le défilé de mode était un franc succès. Du coup, un des mannequins, Laetitia Darche, m’a approchée pour me proposer de coudre sa robe de mariée. Je ne m’y attendais pas. D’autres mannequins sont aussi venus me voir pour coudre leurs vêtements. À partir de là, ma carrière a pris un envol extraordinaire », soutient Alexandra.

Notre femme entrepreneure décide alors d’ouvrir un atelier de couture à Beau-Bassin et recrute trois personnes. « Je savourais pleinement mon succès. Je m’étais déjà fait un nom dans le domaine mais le bonheur était de courte durée. Pour une raison quelconque, j’ai été obligée d’abandonner l’atelier que j’ai laissé à mon partenaire. Je suis partie en France pour me changer les idées. J’en ai profité pour y acquérir des connaissances. En effet, quand je suis retournée au bercail après trois ans. J’étais une autre personne, que ce soit sur le plan personnel et professionnel. J’étais encore plus motivée qu’avant », relate Alexandra.

Installée à Quatre-Bornes, elle transforme une grande pièce de sa maison en un atelier de couture. Elle recommence sa carrière à zéro. Toujours confiante, elle est certaine de pouvoir renaître de ses cendres. Très vite, elle retrouve ses anciennes clientes, notamment les mannequins. Elle se lance alors à plein-temps dans la haute couture, surtout après avoir décroché les contrats pour trois défilés de mode et plusieurs spectacles. Elle emploie Preety, qui devient son bras droit.

« Depuis que je me suis relancée dans le domaine, je n’ai eu qu’une employée et elle m’a toujours épaulée. J’espère agrandir davantage mon entreprise et employer d’autres personnes. Mais, pour le moment, je dois me contenter d’une seule employée. Les affaires marchent très bien depuis que je suis revenue à Maurice », explique-t-elle. Elle poursuit : « J’ai décroché plusieurs contrats. Prochainement, je créerai les vêtements d’ouverture pour un grand concours local. Malgré tous les obstacles, j’ai su les surmonter et, aujourd’hui, je suis une femme entrepreneure fière. Je gère une entreprise, qui porte mon nom “Alexandra”. J’ai fait l’acquisition de plusieurs machines à coudre industrielles pour pouvoir répondre à toutes les demandes. Je savoure le bonheur et le succès pleinement », précise-t-elle.

Alexandra a eu l’occasion, au cours de sa carrière, de créer une robe pour la Miss University Africa, Lorianne Nadal, dont elle est très fière. Elle a aussi eu l’occasion de créer les robes d’ouverture pour le concours de Miss University Africa. Interrogée sur ses projets d’avenir, Alexandra confie qu’elle n’en a pas pour le moment. « Après les difficultés que j’ai rencontrées, j’ai eu le courage de me relever et me relancer dans le domaine. À ce stade, je préfère me concentrer sur mon atelier et sur mes commandes et projets. Je reçois des commandes des compagnies pour la création et couture des uniformes, en sus des robes de mariée et robes de soirée. Je souhaite agrandir mon entreprise mais je ne veux pas aller trop vite. En attendant, je reçois à mon atelier des stagiaires. Je crois que le succès réside dans le partage de connaissance », conclut-elle.