L’Allemagne a sérieusement écorné son statut de favori du Mondial-2014 lundi contre l’Algérie (2-1 a.p.) et aborde son quart de finale contre la France le coeur lourd, lesté de doutes.
Évidemment, l’essentiel est là pour la Nationalmannschaft, encore en vie dans le tournoi brésilien. « Aujourd’hui (lundi) on n’a pas été fantastiques mais on a gagné », a retenu Joachim Löw.
Pas de triomphalisme chez le sélectionneur, mais le sentiment du devoir accompli, derrière lequel perçait un certain soulagement. Car son équipe aura souffert de palpitations jusqu’au bout.
Il a reconnu une mauvaise première période, puis une seconde bien meilleure en relevant « 6, 7, 8 occasions » et en rendant hommage au gardien adverse, Mbolhi, en état de grâce et d’ailleurs élu homme du match.
N’empêche: le compte n’y est pas pour la presse et les supporteurs allemands. Les journaux ont tous averti qu’un tel jeu serait insuffisant face aux Bleus, même s’ils ont eux aussi connu des difficultés face au Nigeria en 8e de finale (2-0).
L’édition en ligne du magazine Spiegel résumait cette grande perplexité: « Un tour de passé, mais comment?! L’Allemagne n’a jamais vraiment maîtrisé l’Algérie en 120 minutes. Derrière, la défense a coulé, devant, Müller a buté. Est-ce que ça suffira en quart de finale contre la France? »
L’attaque a souffert d’anémie, entre un Götze inexistant, un Özil encore beaucoup trop discret et des milieux qui peinaient à imprimer le moindre élan offensif. Müller et Schürrle, le passeur décisif et l’auteur du but de la délivrance en début de prolongation, ont limité les dégâts.
La Nationalmannschaft a eu le ballon, mais a cruellement manqué de rythme et n’a su emballer le match que de manière très ponctuelle.
Grande fébrilité défensive 
Le secteur défensif ? Il y a les circonstances, avec le forfait de Hummels (malade), remplacé dans l’axe par Boateng laissant le flanc droit à Mustafi, qui a dû quitter le terrain sur blessure. Et il y a le constat: une grande fébrilité.
« Jogi » a pointé en première période « beaucoup de pertes de balle, des erreurs de base qui ont invité l’adversaire à contrer, et on a eu des problèmes sur leurs longs ballons pour leurs rapides attaquants ».
Mertesacker, au coeur de la tourmente, s’est montré très nerveux face aux journalistes à l’issue du match. « Qu’est-ce que vous croyez, qu’il y a une troupe de carnaval parmi les dernières seize équipes ? », s’est emporté le défenseur central. « Moi, je n’en ai rien à faire de la manière, on est dans le top 8, et il n’y a que ça qui compte », a-t-il ajouté.
Interrogé sur la différence dans le jeu entre 2010 et 2014, il a explosé: « Vous voulez quoi ?! Vous voulez une Coupe du monde avec le succès au bout ou bien qu’on se fasse sortir après avoir bien joué ? » Ou l’art de voir le « jeu moche » comme une garantie de succès…
Löw a fait contre mauvaise manière bon coeur, histoire, sans doute, de ne pas faire plonger la confiance de son équipe. « On peut être meilleur, je le pense, mais dans ce tournoi on a gagné trois matches et fait un nul », a-t-il relativisé.
Ce nul s’était déroulé contre le Ghana (2-2) et le camp allemand avait déjà ronronné et subi la fougue adverse. Deux matches médiocres sur quatre disputés, quoique non sanctionnés de défaites mais néanmoins face à des sélections peu huppées, voilà qui ressemble tout de même à un avertissement significatif.
Surtout avant d’affronter une équipe de France que Löw décrit « forte dans le combat, et le milieu et la défense ont les qualités de Deschamps, bien organisés et combatifs. Devant, avec Benzema et Giroud ils ont de bons joueurs ».
L’Allemagne saura-t-elle répondre au défi ? Réponse à « l’opération Maracana », le stade de Rio théâtre du futur France-Allemagne de vendredi.