«Rien n’unit les gens comme le foot». Commentaire d’une présentatrice de la télévision française mardi dernier, au lendemain de la victoire de l’équipe de France en demi-finale de la Coupe du monde contre la Belgique. Derrière elle, des images d’une foule en liesse sur les Champs Elysées, et à travers les rues de Paris.

Oui, il y a une sorte de feel good qu’amène le foot, qui, pendant le mois écoulé, a permis à des millions de personnes à travers le monde de faire l’impasse sur leurs préoccupations et soucis quotidiens, de se retrouver à l’unisson derrière une équipe en suivant passionnément sa progression (ou son déclin).
Pourtant.

En Croatie, l’équipe nationale de foot est au milieu d’une guerre politique qui met en scène la très controversée présidente Kolinda Grabar-Kitarovic. Sur fond de corruption et de scandale financier. «In Croatia, football is never just football. It always has far-reaching social and political implications, and this is particularly the case with the national team” souligne ainsi le journal The Guardian. Ce qui fait qu’au final, beaucoup de Croates ont du mal à soutenir l’équipe de Zlatko Dalic.

On ne saurait non plus passer à côté d’une récente étude britannique qui montre à quel point la violence conjugale augmente après chaque défaite de l’équipe anglaise. Ou comment se défouler sur le plus “faible”…

Certes, pendant un mois, la Coupe du monde aura fait vibrer des millions de personnes à travers la planète, pour une grand-messe ultra-médiatisée. Mais mardi dernier, il s’est aussi passé autre chose. La victoire d’une autre forme d’union mondiale.
En Thaïlande, plus de 1000 personnes venues de 18 pays ont réussi l’extraordinaire sauvetage de ces douze jeunes piégés pendant 18 jours dans la grotte Tham Luang avec leur entraîneur.

Elle est hors du commun, l’histoire de ces douze jeunes footballeurs thaïlandais de l’équipe des Wild Boars, qui sont partis, le 27 juin dernier, avec leur coach de 25 ans, pour explorer une partie de la plus longue cave de Thaïlande, avec ses passages s’étendant sur six kilomètres, jusqu’au Myanmar voisin. Une exploration qui tourne au drame lorsque des pluies précoces de mousson inondent la cave, bloquant les 13 jeunes dans une galerie.
Depuis, des centaines de personnes se sont retrouvées sur les lieux pour tenter de les sauver. Ce qui se révèle, au départ, quasiment impensable. «Les vrais héros de ce mois de juillet ne portent ni cape noire ni maillot de foot. Ils portent une combinaison de plongée», écrit Julie Cloris dans le journal Le Parisien.
Les images sont sidérantes.

On y voit des plongeurs qui rampent péniblement dans des galeries submergées d’eaux boueuses, qui tentent littéralement de s’immiscer dans des cavités minuscules, qui s’extirpent on se demande comment d’anfractuosités rocheuses qui semblent comprimer les corps au-delà du possible. Ces hommes ont déplacé environ 20 tonnes de matériel à l’intérieur de la grotte (matériel de pompage, bouteilles d’oxygène, médicaments, ravitaillement).

On peut, dans un match de foot, aligner les noms des joueurs qui se passent le ballon et finissent par réussir une action décisive. Ici, ils ont pour noms John Volanthen et Richard Stanton, plongeurs britanniques qui avaient trouvé la niche où s’était réfugié le groupe, des plongeurs venus de divers pays, comme l’Ukrainien Vsevolod Korobos, le Finnois Mikko Paasi, le Canadien Erik Brown, les Danois Claus Rasmussen et Ivan Karadzic, l’Australien Glen Mc Ewen, plus tous les commandos de la marine royale thaïlandaise dont l’identité n’a pas été dévoilée. Il y a encore Vernon Unsworth, plongeur britannique vivant en Allemagne, qui a monté l’équipe de plongeurs, Jason Malison, Chris Jewel, Tim Acton, Anupong Wongsun, Por Parasu Komaradat. Il y a aussi Richard Harris, le médecin anesthésiste australien resté dans la cave pendant une semaine pour “monitor” l’état de santé des douze jeunes et de leur entraîneur, qui a donné le feu vert à l’opération d’évacuation.

En sortant de la grotte mardi, il a appris que son père était mort quelques heures plus tôt. Il y a encore ces plongeurs qui ont eux aussi passé avec lui une semaine dans la grotte et qui ont de leur côté initié à la plongée ces jeunes dont certains ne savaient même pas nager. Et il y a Saman Kunan, le plongeur thaïlandais qui y a laissé la vie dans la nuit du 5 au 6 juillet.

Une véritable chaîne humaine internationale qui a bravé le fatalisme, le découragement, la fatigue, le danger, la peur, pour sauver ces 13 personnes que tout semblait condamner.
Et il y a aussi l’histoire de vie du coach de cette équipe, Ekapol Chanthawong, qui a, dit-on, largement contribué à sauver son équipe, les empêchant de céder à la panique en les entraînant à la méditation de pleine conscience qu’il a pratiquée pendant la dizaine d’années où il a vécu dans un monastère bouddhiste en Thaïlande.

A l’heure où les «relations internationales» sont polluées d’infos et d’images montrant la Corée du Nord se fichant, comme prévisible, de l’émissaire américain sur le nucléaire, à l’heure où États-Unis et Chine se livrent la guéguerre du commerce international, alors que le président américain tourne une réunion de la NATO en farce burlesque, il est magnifique de voir ce que «coopération internationale» peut encore vouloir dire. Au service de l’humain. Ça vaut bien une coupe…