L’annonce que le bureau politique rouge a approuvé le principe d’une alliance entre le Ptr et le MMM a été le point fort de la conférence de presse donnée hier par le Premier ministre et leader du Parti travailliste, Navin Ramgoolam, à l’issue de la réunion de cette instance dirigeante de son parti hier. « Les conditions sont réunies pour une alliance entre le Ptr et le MMM. C’est la raison pour laquelle j’ai appelé mon bureau politique. Nous sommes en faveur d’une alliance », a déclaré Navin Ramgoolam.
En prélude de cette déclaration, qui transformera le paysage politique mauricien, Navin Ramgoolam a expliqué que la réforme électorale, dont le texte de loi est désormais prêt, est liée à la 2e République « parce qu’il nous faut consolider notre unité ». Et d’ajouter : « Il faut qu’il y ait la stabilité dans le pays. C’est la raison pour laquelle j’ai évoqué le partage du pouvoir avec Paul Bérenger, si jamais nous avions une alliance. » Navin Ramgoolam a expliqué que les discussions sont arrivées à un stade avancé. « Deux  ou trois sujets de désaccords ont été surmontés. J’ai toujours estimé qu’un président avec pouvoirs doit avoir une légitimité plus forte et doit être “accountable”. Je souhaite un président élu au suffrage universel. Je pense que le point de vue de Paul Bérenger à l’effet qu’une élection sur deux tours divisera le pays est valable. Nous sommes tombés d’accord pour une élection au suffrage universel à un seul tour. Le président pourrait présider le Conseil des ministres quand il le souhaite. Si li le tous les jours, li capave. Il y a aussi les pouvoirs spécifiques sur lesquels on continue à discuter », a encore dit Navin Ramgoolam. Pour lui, toutes les conditions sont donc réunies pour apporter une « grande unité » dans le pays et y apporter la stabilité. « Nous allons vers un accord global sur la réforme électorale, la réforme de la Constitution et un programme gouvernemental. Les conditions sont réunies pour consolider la démocratie, l’unité nationale et garantir la stabilité », a-t-il insisté. Selon lui, de grands défis  attendent le pays. « Nous vivons dans un monde globalisé. Il nous faut avoir un gouvernement fort et stable ainsi que créer de l’emploi pour les jeunes », a-t-il dit. Le Premier ministre a ajouté que les conditions sont réunies pour une alliance entre le Ptr et le MMM. « C’est la raison pour laquelle j’ai appelé mon bureau politique. Nous sommes en faveur d’une alliance. Nous finaliserons les détails et nous reviendrons devant nos instances pour présenter l’accord en détail. »
Auparavant, le Premier ministre s’était appesanti sur la réforme électorale. « J’ai réuni mon bureau politique pour lui expliquer en détail la loi sur la réforme électorale et les prochaines étapes qui doivent être abordées pour réussir ce projet historique, qui sera un grand pas en avant, un pas vers la modernité, vers l’équité, surtout pour les femmes, et qui consolidera l’unité et la démocratie », a-t-il poursuivi.
Pour le Premier ministre, il n’aurait pas été possible de travailler sur le projet de loi sur la réforme électorale sans la prorogation du Parlement. « J’ai prorogé le Parlement le 12 mai. Nous parlons d’un sujet capital pour l’avenir de Maurice, d’un nouveau système électoral, d’un projet d’envergure. Quelque 46 ans après notre indépendance, nous envisageons de changer un système électoral hérité avant notre indépendance de la colonie anglaise. Quarante-six ans après, il fallait avoir la maturité nécessaire pour faire notre propre réforme. » Le Premier ministre a qualifié « d’ignorants » ceux qui estiment que les consultations sur la réforme électorale ne justifiaient pas la prorogation du Parlement. « Ils ne connaissent pas la profondeur du sujet, ni l’emploi du temps des ministres et du Premier ministre. Il fallait pouvoir se concentrer sur le sujet. Si on avait procédé comme certains le souhaitaient dans six mois, voire un an, on n’aurait pas encore été prêt », a-t-il insisté. Et de rappeler que SAJ avait prorogé l’assemblée nationale pendant plus que neuf mois « parce que des députés avaient été arrêtés à Amsterdam pour possession de drogue ». D’ailleurs, poursuit-il, « le Parlement n’a pas été rappelé, car les élections ont été organisées ».
Le Premier ministre a également annoncé que la version finale du texte de loi est prête. « La loi a été finalisée. Je rencontrerai le leader de l’opposition samedi à la Clarisse House. Après cela, j’ai l’intention de faire circuler la loi et, peut-être, si nécessaire, de le présenter à la population », a-t-il dit.
Le Premier ministre a observé que le manifeste électoral du Ptr n’avait fait que mentionner son intention d’apporter une réforme électorale, mais que les détails de la réforme n’avaient pas encore été  « travaillés ». Il estime par conséquent qu’il n’a pas de mandat pour introduire cette réforme. « Je n’ai pas un mandat du peuple pour apporter ni la réforme électorale ni la IIe République. Il est donc logique que je fasse circuler la loi. Nous accepterons les commentaires. Nous avons l’intention de la faire passer en priorité à l’Assemblée nationale après les élections générales », a dit  Navin Ramgoolam.
Le Premier ministre a par ailleurs affirmé avoir parlé de “mauricianisme” avant Rezistans ek Alternative. « J’ai toujours dit qu’il est temps que tous les Mauriciens disent qu’ils sont Mauriciens et qu’on ne peut pas les catégoriser dans trois communautés et classer des gens dans la 3e communauté en fonction de son “way of life”. C’est inacceptable 46 ans après l’Indépendance », a dit le Premier ministre. « Tenant en compte l’observation de l’Human Rights Committee, qui considère que nous sommes en violation de l’article 25 de la Convention, on ne peut empêcher une personne de se présenter comme candidat dans une élection. Les Nations Unies et le Privy Council nous ont invités à trouver une solution à ce sujet. Ce dernier nous avait suggéré de revenir vers lui si une solution politique n’était pas trouvée. Nous voulons nous assurer que nous ne sommes pas en violation avec la Convention. C’est la raison pour laquelle nous apporterons des “transitional provisions” pour amender le Schedule 1 de la Constitution, que nous finalisons. »
Concernant ces provisions constitutionnelles provisoires et exceptionnelles, Navin Ramgoolam a affirmé qu’il faut régler deux ou trois “unintended consequences”, ce qui sera fait assez vite, selon lui. « Si une personne n’a pas déclaré sa communauté et qu’elle est élue, je ne pense pas qu’on doive rechercher sa communauté. Nous simplifierons la partie concernée pour que nous n’ayons pas de problème pour la faire fonctionner. Ce sera réglé dans deux ou trois semaines. Aussitôt que ce sera prêt, je rappellerai le Parlement pour la faire adopter par une majorité des trois-quarts », a dit le Premier ministre.
Navin Ramgoolam a rejeté les accusations à l’effet que deux leaders politiques sont en train d’essayer de trouver un arrangement pour leur propre compte. «  Ceux qui le disent ne connaissent ni Paul Bérenger ni moi. Notre passé le démontre. Par contre, nous en connaissons d’autres, de l’autre côté, qui ont essayé de s’accaparer le pouvoir et de faire un coup d’État. Est-ce qu’on peut leur faire confiance ? ». Il poursuit : « Si je n’étais pas à la tête du Ptr et Paul Bérenger n’était pas leader de l’opposition et du MMM, il n’y aurait jamais eu de réforme. Il faut d’abord avoir deux personnes qui mettent l’intérêt supérieur du pays avant tout gain politique personnel. Il nous a fallu faire des compromis. Je ne vais pas regretter que nous soyons les deux partis les plus forts à Maurice. C’est un fait et ce n’est pas notre problème. » Navin Ramgoolam insiste par ailleurs sur le fait que la réforme « approfondit » la démocratie. « Les votes qui n’étaient pas pris en compte sont maintenant pris en considération. Nous consolidons l’unité nationale. Nous avons même étudié le scénario dans lequel un parti ou une alliance remporterait 60-0, ce qui se produirait dans le cadre d’une alliance Ptr-MMM. Si cela se produit, nous avons travaillé sur une formule pour qu’il y ait au moins sept députés dans l’opposition », a-t-il ajouté.
Il a finalement annoncé qu’aussitôt l’amendement constitutionnel prêt, le Parlement sera rappelé. « Nous irons de l’avant dans le sens de l’unité nationale et de la stabilité », a-t-il conclu. Le Premier ministre a ensuite répondu aux questions de la presse.