Ce qui se chuchotait a fini par se matérialiser. Après les longues séances de discussion tenues entre Navin Ramgoolam et Paul Bérenger, par l’entremise des intermédiaires ayant permis d’avancer et de déblayer considérablement le terrain, les choses sont passées à un stade supérieur cette semaine avec la rencontre au sommet, jeudi dernier, entre le Premier ministre et le leader de l’opposition. Avec au menu la réforme électorale certes, mais aussi l’avènement d’une deuxième république et une éventuelle alliance.
Selon les bribes d’information qui ont transpiré des discussions des dernières semaines, voire des derniers mois, la formule agréée lors de nombreux pourparlers précédents aurait été reconfirmée avec Navin Ramgoolam, que l’on dit fatigué, ce qui reste à être vérifié et établi, et désireux de passer la main après trois mandats, le dernier, long de neuf ans, ayant été particulièrement éprouvant. Il aurait ainsi opté, dans le cadre d’une réforme constitutionnelle, pour une installation au Réduit comme président de la République avec des pouvoirs supplémentaires. Dans une telle configuration, le leader du MMM deviendrait alors Premier ministre.
Si tous les détails de cet accord ne sont pas connus, des voix autorisées tant au PTr qu’au MMM laissent entendre que ce serait un accord basé sur un principe de partage à égalité d’à peu près tout, les investitures sur une base de 50/50 et les ministères aussi. Le leader du MMM aurait, par ailleurs, aussi obtenu satisfaction quant à la mise à l’écart d’un certain nombre de poids lourds, et non des moindres, dans le cadre d’un éventuel arrangement électoral. Par contre, d’autres figures contestées auraient réussi à sauver leur peau et, ce, au nom de la realpolitik et des exigences de hiérarchie et de front bench.
S’agissant de la réforme électorale, il semblerait que la réunion de jeudi aurait permis d’aplanir les derniers macadams et que le Premier ministre aurait accepté de faire un effort sur deux volets, le seuil d’éligibilité à la proportionnelle qui pourrait être ramené de 10% à 8% et le nombre de députés désignés qui passerait de 16, que Navin Ramgoolam a proposé dans son Discussion Paper, à 18 contre 20, qui a toujours été le chiffre avancé par le MMM. Reste la présentation d’un texte qui interviendrait après la date limite, le 5 mai, fixée pour recueillir les suggestions et propositions. Et dont la préparation a déjà commencé.
La partie n’est pas encore totalement gagnée
Se posera ensuite l’épineuse question de réunir les trois quarts requis pour que cette réforme tant attendue aboutisse. Il ne suffit certes que des votes combinés du PTr, du MMM et des partis représentant Rodrigues pour obtenir les 53 votes nécessaires pour que cette réforme constitutionnelle, électorale et républicaine passe et que l’histoire s’accélère. Est-ce que le PTr fera le plein de ses votes lorsque les principales victimes de l’entreprise de nettoyage réaliseront qu’elles on été mises hors du coup ? Est-ce que le MSM va offrir sur un plateau un cadeau qui arrange les affaires du PTr et du MMM ? Il y a en effet pas mal de questions qui restent en suspens et qui indiquent que la partie n’est pas encore totalement gagnée.
Quant au PMSD, qui s’est signalé par ses fausses notes sur la réforme électorale, en se disant, d’abord par la voix de Jacques Panglose, contre l’abolition du Best Loser System, avant d’être recadré par Xavier Duval, qui a soutenu que la position de son parti a été mal comprise, il n’a pas de boulevard devant lui quant à ses options politiques. S’il choisit de rejoindre la grande alliance rouge-mauve, il devra se contenter des miettes offertes dans le quota du PTr.
Le projet d’alliance entre le PTr et le MMM, qui a fait surface cette semaine, a provoqué un choc dans le pays et a soulevé une vague d’indignation, même dans la rue, comme en témoignent les incidents qui se sont déroulés en marge de la réunion du Comité central du MMM de mercredi dernier. Même si hier l’opération «batté randé» organisée par Rajesh Bhagwan alors que se déroulait une réunion du Comité central du MMM semblait indiquer que le moment du choc et de l’écoeurement était passé.
Mais le choc des cultures entre rouges et mauves demeure, les précédentes “menées en bateau” du MMM par Navin Ramgoolam, comme le soulignait Ivan Collendavelloo pas plus tard que ce mercredi, sont encore intactes dans certaines mémoires, la différence sinon le contraste entre les modes de fonctionnement, l’échec du gouvernement de 1995, ce qui s’est passé en termes de scandales, d’excès et de dérives pouvoiristes, tout cela ne plaide pas en faveur de la reconduction d’une alliance entre les deux partis quand bien même elle se ferait dans le cadre d’une nouvelle configuration.
La manière dont le gouvernement MSM-MMM a fonctionné entre 2000 et 2005 est cité à titre de comparaison par les nombreux anti-travaillistes pour démontrer que s’aventurer avec eux est un gros risque à ne pas prendre. Ce sont aussi ces mêmes militants et électeurs mauves qui ont été cette semaine assez troublés par la tournure des événements, du mécontentement du leader du MMM sur  la manière  dont Praviind Jugnauth a organisé sa stratégie de défense dans l’affaire MedPoint pour créer une esclandre alors que la question aurait pu être prise 48 heures plus tard à la réunion conjointe MSM-MMM.
Cette affaire est d’autant plus considérée comme malvenue que le MSM n’a eu de cesse de rappeler que c’est Paul Bérenger qui a été voir sir Anerood Jugnauth pour l’inviter à redescendre sur letarrin « pou sauve nou pays » et que, comme l’indiquent certains sondage, le Remake a commencé à prendre du momentum dans certaines régions jadis tenues par les rouges et qui ont commencé à basculer lors des dernières villageoises, sans compter la bonne opération menée aux municipales.
Sur un plan plus humain et personnel, certains dans les deux camps n’hésitent pas à dire leur malaise et leur meurtrissure qu’après avoir joyeusement célébré leurs anniversaires avec des photos très parlantes à l’appui, les choses évoluent de cette façon entre sir Anerood Jugnauth et Paul Bérenger. À ceux qui n’en finissent plus de l’interpeller sur le soudain frémissement qui gagne l’échiquier politique et une possibilité que les mauves rejoignent leur adversaire historique, le leader du MMM répond apparemment avec une rare assurance et une inoxydable détermination qu’il sait ce qu’il fait. L’avenir nous dira s’il a eu raison.