Le monde célèbre aujourd’hui la Journée mondiale de l’Alphabétisation. En dépit des progrès qu’a connus le pays, Alain Ahvee, de Ledikasyon pou Travayer (LPT), qui dispense des cours d’alphabétisation en kreol, estime que l’analphabétisme demeure aujourd’hui un vrai problème, ajoutant que « beaucoup reste à faire ». Il est d’avis qu’entre 30 et 35% des adultes ne savent ni lire ni écrire. « Nous ne sentons pas que le gouvernement fait suffisamment pour lutter contre le problème. Il n’y a pas un vrai plan national », observe-t-il.
Cela fait 40 ans que LPT dispense des cours d’alphabétisation en kreol aux Mauriciens. « Dans les années 1980, nous avions effectué un sondage national, qui avait révélé que 53% des adultes à Maurice ne savaient ni lire ni écrire. Le MIE avait reconnu que c’était un chiffre fiable. Nous estimons qu’aujourd’hui le taux doit tourner autour de 30 à 35% », affirme Alain Ahvee, de LPT. Pour avancer ce chiffre, il se base sur le taux d’échec du CPE il y a quelque temps encore, soit 30 à 35%. « Le gouvernement établit une fausse corrélation avec le fait que l’éducation est accessible à tous et que l’école est obligatoire. Il se base dessus pour dire que 90% de la population sait lire et écrire. Mais c’est un chiffre faux », estime-t-il. Pour Alain Ahvee, même parmi ceux qui réussissent la sixième année du primaire, « il y en a qui réussissent de justesse »
Alain Ahvee relève que le problème réside dans le système éducatif. « La plupart de ceux qui viennent suivre les cours d’alphabétisation chez nous ont fait six ou sept ans d’école mais ne peuvent ni lire ni écrire des mots de base. C’est un réel problème ?! Aux arrêts d’autobus, combien de fois ne voit-on pas des personnes demander où tel bus part. Surtout quand les informations sont dans une langue autre que le kreol. »
Ceux qui suivent des cours chez LPT ont entre 25 et 35 ans et travaillent déjà. « Ils arrivent à masquer cette lacune car le travail qu’ils exercent ne leur demande pas toujours de savoir écrire », explique Alain Ahvee. Le cours d’alphabétisation à LPT comprend 30 sessions d’une heure et demie chacune. « Après les 30 sessions, les apprenants peuvent écrire et lire des lettres simples et envoyer des SMS en kreol. Ils peuvent dresser une liste de provisions à acheter et peuvent lire un petit poème. »
Le porte-parole de LPT regrette qu’il n’y ait pas « suffisamment de responsabilité au niveau de l’État pour assurer que tout le monde puisse lire, compter et maîtriser leur langue et d’autres langues ». Et d’ajouter : « Nous sommes en faveur d’une éducation multilingue basée sur la langue maternelle comme échafaudage. Il s’agit de construire sur cet échafaudage qu’est la langue maternelle, comme c’est le cas dans plusieurs pays. Connaître beaucoup de langues est un avantage mais les connaître à un autre niveau à partir de la langue maternelle est meilleur. Or, le gouvernement réprime le développement de cette langue. Le gouvernement aurait publié des notices en kreol. Il aurait dû promouvoir davantage l’écriture en kreol. »
Le thème de cette journée internationale cette année est “L’alphabétisation dans un monde numérique”. LPT a commencé depuis deux ans à introduire une session d’initiation à l’ordinateur. « Mais le plus gros travail pour lutter contre l’analphabétisme doit être sur la langue maternelle », concède Alain Ahvee.