Intervenant hier en début d’après-midi à la municipalité de Quatre-Bornes lors de l’ouverture d’une conférence du Dr Pierre Catteau, médecin gériatricien et gérontologue français, marquant la célébration de la Journée internationale de la maladie d’Alzheimer, le ministre de la Santé et de la Qualité de la vie, Lormus Bundhoo, s’est dit en faveur de l’élaboration d’une stratégie nationale contre cette maladie qui détruit le cerveau. La ministre de la Sécurité sociale, Sheila Bappoo, a pour sa part plaidé pour la prévention de la maladie.
« Maurice, comme tous les pays du monde, a besoin d’une stratégie nationale qui encouragera le diagnostic et l’intervention précoces », a lancé le ministre de la Santé et de la Qualité de la vie, Lormus Bundhoo. Il intervenait devant une salle pleine comprenant, entre autres, la ministre de la Sécurité sociale, Sheila Bappoo, le Chief Executive de la municipalité de Quatre-Bornes, Jaylall Mulloo, la présidente, le Dr Ameenah Sorefan, et les membres de l’Association Alzheimer (Maurice), dont le Dr Claude Ricaud, et le médecin gériatricien et gérontologue français, le Dr Pierre Catteau.
Selon le ministre, les piliers de cette stratégie nationale contre la maladie d’Alzheimer doivent comprendre entre autres l’urgence de sensibiliser la population à l’importance d’un diagnostic précoce et les traitements disponibles, la consolidation des structures des services médicaux et la nécessité de financer la recherche sur la maladie neuro-dégénérative (voir encadré).
« Jusqu’ici, seule une petite poignée de pays ont rendu publique une telle stratégie au niveau national et gouvernemental. Parmi ceux-ci, l’Australie (2006), la Norvège (2007), la France (2008), l’Angleterre (2009), l’Écosse (2010), le pays des Galles (2011) et tout dernièrement, le Danemark (2011) », a révélé Lormus Bundhoo.
Le ministre de la Santé s’est alarmé du nombre grandissant de cas d’Alzheimer à Maurice et dans le monde, eu égard au phénomène du vieillissement de la population. « La prévalence de la maladie d’Alzheimer est directement liée au vieillissement des populations globales, car l’âge est le plus gros facteur de risque pour cette maladie », a-t-il expliqué.
Citant des chiffres officiels, Lormus Bundhoo a révélé que jusqu’à 75 % des 36 millions de personnes souffrant d’Alzheimer dans le monde n’ont pas été proprement diagnostiqués et ne reçoivent pas, par conséquent, le traitement, l’information, les soins ou le soutien requis.
La ministre de la Sécurité sociale, Sheila Bappoo, s’est alarmée pour sa part de la prévalence grandissante d’Alzheimer dans le monde. « Des 4,6 millions de nouveaux cas à présent, soit une personne chaque sept secondes, ce nombre va doubler d’ici à 2030 et l’on prévoit en 2020, 115 millions de personnes atteintes. Aucun pays n’est préparé à affronter une crise de cette ampleur. Maurice n’est pas épargnée », a-t-elle lancé. « Selon les chiffres de 2009, le nombre rapporté avoisine 6 000, et les estimations indiquent que cela va doubler d’ici à 2025 », a-t-elle ajouté.
Évoquant la prévalence et les coûts associés à la maladie d’Alzheimer, la ministre a, dans ce contexte, plaidé pour la prévention. « Selon les estimations, les coûts associés aux soins des victimes d’Alzheimer sont de loin plus élevés que ceux prodigués aux cancéreux, aux cardio-vasculaires ou ceux atteints de déficiences cérébrales. L’impact économique global d’Alzheimer et ses maladies auxiliaires, calculé en 2010, se mesure en centaines de milliards de dollars. Le plus important donc c’est de promouvoir la prévention de cette maladie par l’application d’outils et la formation professionnelle qui favorisent le dépistage précoce, le diagnostic, les soins appropriés et l’accès aux meilleurs traitements », a-t-elle expliqué.
Au début de la cérémonie, la présidente de l’Association Alzheimer (Maurice), le Dr Ameenah Sorefan, a demandé à observer une minute de silence en mémoire de la fondatrice de l’association, Denise Volbert de Chantilly, décédée le matin même.
Après la conférence du Dr Pierre Catteau, il est revenu au vice-président de l’Association, Gilbert Ponton, de prononcer le discours de remerciement.
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Une maladie qui détruit le cerveau
La maladie d’Alzheimer fut découverte en 1906 par Alois Alzheimer après l’examen post-mortem d’une patiente. L’expression « maladie d’Alzheimer » fut utilisée pour la première fois en 1910 par le Pr Kraepelin. De cause jusqu’ici inconnue, cette maladie détruit le cerveau. Elle se traduit par des lésions majeures (plaques séniles et dégénérescence neuro-fibrilaire) qui provoquent un changement dans les fonctions mentales du malade, puis une altération des activités de sa vie quotidienne, et enfin des troubles graves du comportement.
Comme la maladie est progressive, la capacité de la personne à mémoriser, à comprendre, à communiquer et à juger, diminue avec le temps. Cette maladie affecte par conséquent la mémoire, la pensée, le comportement et l’émotion.
L’âge est un des facteurs de risque les plus importants de la maladie d’Alzheimer puisqu’entre 60 et 80 ans, sa progression est exponentielle. Le vieillissement de la population accroît donc le risque de progression du nombre de malades.
Il n’y a pas jusqu’ici de cure pour la maladie. Cependant, il existe des traitements pour ralentir son développement de six à dix-huit mois.
La journée mondiale de la maladie d’Alzheimer est célébrée le 21 septembre.