Lors d’une rencontre mardi avec la ministre de la Sécurité sociale et de la Solidarité nationale, Sheila Bappoo, à son bureau, le Dr Gérard Moutou, spécialiste en géronto-psychiatrie, a fait un tour d’horizon du projet de la mise sur pied d’un Observatoire du vieillissement et de la prise en charge des malades d’Alzheimer à Maurice. Dans ce contexte, ce géronto-psychiatre d’origine mauricienne exerçant à La Réunion, a préconisé la construction d’un centre de séjour pour ces malades.
Selon le porte-parole du ministère de la Sécurité sociale et de la Solidarité nationale, Raj Gowrea, le Dr Gérard Moutou a recommandé à la ministre Bappoo d’instituer un centre de séjour de courte durée pour les malades souffrant d’Alzheimer (voir encadré) afin de soulager les familles de ces patients. Le géronto-psychiatre a fait part à la ministre qu’une unité semblable est en phase de réalisation à l’île de La Réunion au coût d’environ 1,5 million d’euros, suivant l’aval de la Commission réunionnaise de la santé. « C’est une sorte d’unité d’accueil familial thérapeutique dont la mission est de promouvoir une psychiatrie de proximité », a expliqué le médecin à la ministre.
Le Dr Gérard Moutou a informé la ministre que la mise en opération d’un tel centre de séjour prendra entre trois à six mois. « Il faudra au préalable une formation des médecins et le lancement d’une campagne de sensibilisation auprès du grand public », a-t-il ajouté. Il a dit souhaiter la création d’une école spécialisée pour sensibiliser et former le personnel soignant et aide-soignants.
Le géronto-psychiatre a aussi proposé la tenue d’une conférence nationale sur la maladie d’Alzheimer qui déboucherait éventuellement sur la mise sur pied de l’Observatoire du vieillissement. « Cet observatoire devrait fonctionner comme un centre d’orientation, d’information et de ressources et faire de l’épidémiologie de cette maladie une de ses activités principales », a-t-il lancé.
Faisant auparavant un tour d’horizon du projet de l’Observatoire du vieillissement et de la maladie d’Alzheimer à Maurice, l’éminent médecin a plaidé pour un diagnostic précoce de la maladie et pour une meilleure coopération entre nos deux îles dans ce domaine. Il a annoncé à la ministre que, dans ce contexte, le groupe hospitalier de l’Est, où il exerce, a mis sur pied un « test spécifique neuro-psychométique » dans le cadre des recherches.
Le spécialiste s’est alarmé que 4,6 millions de nouveaux cas d’Alzheimer sont présentement enregistrés dans le monde et que la prévalence de la maladie doublera d’ici à 2030. « Ni Maurice, ni La Réunion ne seront épargnées », a-t-il prévenu.
Le Dr Moutou a plaidé pour un diagnostic précoce car la plupart des malades reconnaissent tôt l’existence des troubles de la mémoire, mais en minimisent l’importance. « Beaucoup n’ont pas accès aux soins et ne sont pas pris en charge », a-t-il expliqué à la ministre Bappoo.
Le Dr Moutou a regagné La Réunion jeudi.
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Le vieillissement, facteur de risque
La maladie d’Alzheimer a été découverte en 1906 par Alois Alzheimer après l’examen post-mortem d’une patiente. L’expression « maladie d’Alzheimer », elle, a été utilisée pour la première fois en 1910 par le Pr Kraepelin. De cause jusqu’ici inconnue, la maladie d’Alzheimer détruit le cerveau. Elle se traduit par des lésions majeures (plaques séniles et dégénérescence neuro-fibrilaire) qui provoquent un changement dans les fonctions mentales du malade, puis une altération des activités de sa vie quotidienne, et enfin des troubles graves du comportement.
Comme la maladie est progressive, la capacité de la personne à mémoriser, à comprendre, à communiquer et à juger, diminue avec le temps. Cette maladie affecte par conséquent la mémoire, la pensée, le comportement et l’émotion.
L’âge est un des facteurs de risque les plus importants de la maladie d’Alzheimer, puisqu’entre 60 et 80 ans, sa progression est exponentielle. Le vieillissement de la population accroît donc le risque de progression du nombre de malades.
Il n’y a pas jusqu’ici de cure pour la maladie. Cependant, il existe des traitements pour ralentir son développement de six à dix-huit mois.
La journée mondiale de la maladie d’Alzheimer est célébrée le 21 septembre.