Un peu plus de 48 heures après les coups de feu contre l’ambassade de France et l’hôtel Le Saint-Georges à Port-Louis et des slogans pro-État Islamique peints sur le mur d’enceinte de la mission diplomatique, la cellule de crise installée aux Casernes centrales multiplie les pistes d’enquête. Ainsi, depuis hier, la liste officielle des détenteurs de port d’arme de calibres 12 et 16 est passée au peigne fin et déjà des premiers propriétaires de ces armes à feu ont dû subir des auditions menées par des limiers du CID de Port-Louis Sud, menés par le surintendant Sailesh Behary, sous la supervision de l’assistant commissaire de police, l’ACP Heman Jangi, du Central CID. Mais à ce matin la police n’avait opéré aucune arrestation. De son côté, intervenant à l’Assemblée nationale, hier, le Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, tour en condamnant ces coups de feu contre la mission française et cet établissement hôtelier de la capitale, a lancé un sévère avertissement contre ces fauteurs de troubles.
Dès hier après-midi, des membres du CID de Port-Louis et du Central CID, encadrés par des éléments de la Special Supporting Unit (SSU), ont effectué des descentes dans divers points de la capitale. L’objectif était de procéder à un contrôle des armes à feu, déclarées au nom des propriétaires enregistrés officiellement à la police. Dans au moins deux premiers cas, les détenteurs de port d’arme concernés ont été entendus par la police de leurs Whereabouts dans la nuit de dimanche à lundi. Les armes à feu ont été vérifiées de même que le nombre de balles en leur possession.
Même si ces opérations policières ont pu susciter des émois dans les environs concernés, les propriétaires ont pu rentrer chez eux devant les explications plausibles fournies. Toutefois, dans un cas sur la liste des opérations d’hier après-midi, le CID de Port-Louis Sud a fait chou blanc avec le propriétaire d’arme encore dans le collimateur des enquêteurs. À ce stade, cet exercice de contrôle ne touche que les armes à feu déclarées dans la capitale et il n’y a aucune indication officielle s’il sera étendu à d’autres régions de l’île. Une lacune majeure demeure le fait que des armes à feu entrées illégalement ou encore des armes volées auraient pu être utilisées.
En parallèle à ce contrôle des armes à feu, la cellule de crise, qui comprend des représentants de l’Anti-Terrorism Unit au Prime Minister’s Office, du National Security Service, du Central CID et des Field Intelligence Officers de la police, continue à travailler sur la liste de suspects potentiels engagés dans les actes de vandalisme diplomatique dans la nuit de dimanche et lundi derniers. À ce matin, aucune des sources officielles n’a voulu s’aventurer pour estimer le nombre de complices, qui sont recherchés formellement sous les dispositifs du Prevention of Terrorism Act (PoTA).
« Nous préférons procéder à toutes les vérifications possibles et nécessaires avant de procéder à des arrestations dans la conjoncture », a fait comprendre au Mauricien une source officielle aux Casernes centrales. Ce matin même, les derniers indices recueillis sur le terrain faisaient l’objet d’analyses en vue de lancer de nouvelles opérations sur le terrain, mettant la pression sur les auteurs de ces coups de feu. Officiellement, l’on soutenait dans la matinée que des développements sous forme d’arrestation devraient intervenir au plus tard à la fin de la semaine.
D’autre part, l’hôtel du gouvernement suit de très près l’évolution de l’enquête policière pour deux raisons conséquentes, soit sur le plan diplomatique vu que c’est l’ambassade de France qui a été la cible privilégiée des coups de feu et des slogans hostiles peints sur le mur d’enceinte et aussi parce que la France constitue un apport conséquent dans l’industrie touristique locale. D’ailleurs, le Deputy Prime Minister et ministre du Tourisme Xavier-Luc Duval s’intéresse également à cette affaire en raison des répercussions sur l’industrie touristique.
Tout en condamnant avec force ces actes, sir Anerood a voulu se montrer également rassurant et sur la même longueur d’onde que le Deputy Prime Minister. « Je voudrais assurer le Parlement et le public en général que Maurice reste un pays où prévaut la paix et la sécurité et que les incidents de lundi ne doivent pas être interprétés de manière disproportionnée », devait s’appesantir le chef du gouvernement lors de son intervention à l’Assemblée nationale.
Le leader de l’opposition, Paul Bérenger, s’est associé au Premier ministre dans ses commentaires au sujet de ces coups de feu contre l’ambassade de France et cet établissement hôtelier de la capitale. Il a ajouté qu’il a déjà eu l’occasion d’exprimer sa solidarité avec l’ambassadeur de France.
Sir Anerood a soutenu que « je condamne avec force les incidents qui se sont produits lundi 30 mai à Port-Louis. Selon la police, des coups de feu en provenance de fusils de petits calibres ont été tirés en direction de l’ambassade de France et de l’hôtel St-Georges. De plus des graffitis ont été inscrits sur les murs dans le voisinage des incidents. Il n’y a eu ni victimes ni blessés. Des dommages légers ont été notés sur les deux bâtiments. Je voudrais assurer le Parlement et le public en général que Maurice reste un pays où prévalent la paix et la sécurité et que les incidents de lundi ne doivent pas être interprétés de manière disproportionnée. »
Le Premier ministre a confirmé que « la police mène son enquête afin d’identifier les coupables. On les retrouvera définitivement. Des mesures additionnelles ont été prises pour le maintien de l’ordre et la paix. I wish to assure the House that I will not allow anybody to play with the stability and harmony prevailing in this country. I warn all lawbreakers, defaulters or mischief players from any quarters that they will be dealt with, in the most serious and severe manner. »
D’autre part, depuis hier après-midi, des dispositions renforcées de contrôle sont mises en place dans les principales artères de la capitale. Des policiers armés jusqu’aux dents procèdent au contrôle de véhicules entrant ou quittant Port-Louis avec des répercussions néfastes sur la fluidité du trafic à cette heure de pointe. L’exercice de contrôle s’est poursuivi jusqu’à tard dans la nuit.