L’enquête policière dans les actes d’intimidation et de vandalisme avec des coups de feu tirés contre l’ambassade de France et l’hôtel Le Saint-Georges, à la rue Saint-Georges, à Port-Louis, devrait passer à l’étape supérieure avec les premières interpellations pour interrogatoire Under Warning. En effet, depuis très tôt ce matin, des escouades de limiers du CID (Metropolitan South) sont sur le terrain avec une double mission de localiser un certain nombre de suspects potentiels, susceptibles de faire progresser ce dossier de nature criminelle ou encore de collecter des indices menant aux auteurs de ces coups de feu vers les 3 heures lundi matin dans la capitale. À ce stade, des spécialistes continuent à passer au peigne fin les enregistrements de la caméra de surveillance de l’ambassade de France avec des images de l’homme au capuchon blanc peignant des slogans menaçants contre des intérêts français sur l’un des murs de la mission diplomatique donnant sur la Rue Monsieur, aussi connue comme la Rue Auguste Rouget. Dans les milieux proches des enquêteurs de la police, on estime que le nombre de complices dans cette Opération Saint-Georges devrait être supérieur aux trois mentionnés initialement. Non seulement il y a les deux tireurs avec des armes à feu de calibre 12 et 16 et l’auteur des graffitis, mais également ceux engagés pour assurer la logistique de la fuite. Toutefois, l’audition par le CID de Port-Louis des deux agents de sécurité, notamment de l’hôtel Saint-Georges et de l’ambassade de France, n’a pas permis de déterminer au moins le nombre de suspects impliqués.
Dans la matinée, la cellule de crise, comprenant des responsables de l’Anti-Terrorism Unit, opérant sous la supervision du Prime Minister’s Office, du National Security Service (NSS) et du Central CID, passait en revue les différentes étapes d’une opération d’envergure en vue de procéder à des premières arrestations pour des interrogatoires ou encore des interrogatoires Under Warning. Une liste préliminaire de Possible Targets aurait été déjà dressée sur la base des fichiers des Services de Renseignements ou encore des indications par des Field Intelligence Officers de la police, opérant dans certaines régions de la capitale. Ce ne sera qu’après les échanges entre ces différents départements engagés dans la sécurité et la lutte antiterroriste que les premières descentes de police allaient être mises à exécution avec des délits éventuels sous le Prevention of Terrorism Act (PoTA).
Toutefois, dans l’immédiat, l’accent est mis sur le décryptage des images de l’enregistrement d’une des caméras de surveillance de l’ambassade de France entre 2 h 39 et 2 h 42 avec pour objectif d’obtenir tout possible indice au sujet de l’identité de l’homme au capuchon, utilisant un aérosol pour peindre des inscriptions comme « Etat Islamik » ou encore « Vous n’etre plus en sécurité ici » respectivement sur le portail et le mur du consulat de France à l’arrière de la mission diplomatique. Dans les milieux des enquêteurs, l’on avance que le moindre indice sur les vêtements de cet homme devrait pouvoir ouvrir des pistes en vue de résoudre l’énigme des coups de feu. La police compte approcher officiellement les services de sécurité de l’ambassade de France pour un accès plus étendu des images enregistrées des mouvements suspects dans les environs dans la nuit de dimanche à lundi.
Comme il fallait s’y attendre, les caméras de surveillance, installées pour le compte de la police dans les rues de la capitale, et en particulier à l’angle des rues Saint-Georges et Mère Barthélemy et avec le portail principal de la mission diplomatique française, n’ont pas été d’une grande utilité. « Le seul élément disponible est que peu avant 3 heures du matin, cette caméra n’a enregistré qu’un éclair à la hauteur de l’ambassade de France et pas plus », souligne-t-on dans les milieux concernés en ajoutant que la lacune majeure est que ces équipements ne sont pas dotés d’infrarouge, rendant du même coup les enregistrements quasi inutilisables pour des besoins d’identification.
Soutien logistique
Avec les derniers éléments versés dans le dossier d’enquête, il devient de plus en plus évident que le nombre de participants à cette mission s’apparentant à un groupe acquis à la cause de l’État Islamique devrait être supérieur aux trois dénombrés initialement, soit les deux tireurs et porteurs d’armes à feu et l’homme au capuchon. Ce groupe aurait pu également bénéficier d’un soutien logistique d’autres complices pour évacuer les lieux dans les meilleurs délais, probablement par des moyens motorisés garés à la rue Mère Barthélemy, un sens unique en direction du Jardin de la Compagnie.
À ce chapitre, les deux veilleurs de nuit, celui de l’hôtel Le Saint-Georges, un dénommé N.D, âgé de 52 ans, habitant Vallée-Pitot, et L.C.J, âgé de 50 ans, employé chez Brinks, de Terre-Rouge, qui ont été longuement entendus dans la journée d’hier au QG du CID de Port-Louis Sud, n’ont pu donner aux enquêteurs des éléments d’informations pour faire avancer cette enquête. La version du préposé de l’hôtel Le Saint-Georges est que dans un premier temps, il a vu un suspect peignant des slogans pro-État Islamique et des menaces sur le mur d’une cour un peu plus haut à la rue Saint-Georges. Par la suite, deux coups de feu ont été tirés entre 2 h 30 et 3 heures, endommageant une des baies vitrées de cet établissement hôtelier. Il n’a pas été en mesure de donner le nombre précis de suspects se trouvant à la rue Saint-Georges au moment des faits.
De son côté, l’employé de Brinks, affecté à la sécurité de l’ambassade de France, a confirmé aux limiers du CID de Port-Louis Sud que vers 2 h 45, il avait entendu deux détonations successives. Il devait poursuivre sa tournée d’inspection dans l’enceinte de l’ambassade de France sans rien remarquer d’anormal sur les lieux. Ce n’est que vers 6 heures le lundi matin que l’employé de Brinks a été informé par la police qu’il y avait des traces de coups de feu sur la devanture de la mission diplomatique avec des panneaux de vitre endommagés. « Two plastic wads were secured on the spots », révèle-t-on officiellement.
Sécurité renforcée
En marge des développements dans l’enquête policière, l’ambassadeur de France, Laurent Garnier, est de nouveau intervenu, hier après-midi, en vue de remettre en perspective ces incidents. Sur le site web de l’ambassade de France, mention est faite que « nous invitons la communauté française (à Maurice) à rester vigilante ». Le libellé du communiqué de l’ambassade de France se décline comme suit : « L’ambassade a été victime cette nuit (de dimanche à lundi) d’actes de vandalisme et d’intimidation (inscriptions murales au nom de « l’État islamique », coups de feu) alors que les locaux étaient fermés. Nous sommes pleinement mobilisés et en contact permanent avec les autorités locales afin de renforcer les dispositifs de sécurité de l’ambassade et des emprises françaises. Nous invitons la communauté française à rester vigilante. »
Dans une déclaration à la presse, l’ambassadeur Garnier ajoute en guise d’assurance : « Il ne faut pas céder à la panique et à l’intimidation. Nous allons continuer à opérer nos services. Nul ne pouvait prévoir un tel geste contre l’ambassade. Nous n’avons reçu aucune menace. » Ainsi, la sécurité a été renforcée autour de la mission diplomatique française à Port-Louis et à l’IFM à Rose-Hill avec une présence policière des plus visibles avec des éléments de la Special Supporting Unit armés 24 heures sur 24.
Depuis hier, des directives ont été émises par les Police Headquarters aux Casernes centrales pour des Special Patrols dans la capitale « to prevent imminent attacks and strengthen security measures at embassies ». Même si toutes les missions diplomatiques sont concernées par cette décision de la police, une attention particulière sera exercée autour des ambassades de France, de Grande-Bretagne, des États-Unis et de l’Inde. D’autre part, à partir de 17 heures cet après-midi, un déploiement spécial d’éléments de la SSU devra être visible dans les principales artères de Port-Louis en vue de rassurer la population.