Les finales Maurice/Réunion, chez les hommes et chez les dames, ont suscité beaucoup d’émotions. Entre larmes de joie et de tristesse, les pongistes ne se sont pas fait prier pour donner des sueurs froides à leurs bruyants supporters. Rencontres disputées suivies avec une attention particulière, vociférations, tout y est passé. Retour au gymnase de Roche-Caïman.
Quand Maurice entre sur l’aire de jeu, son petit club de supporters est déjà en place. Avec l’interdiction des vuvuzelas dans les gymnases, ce sont les djembés et autres bouteilles vides qui sont privilégiés. Les chanteurs Linzy Bacbotte et Bruno Raya, et Bruno Julie, l’unique médaillé olympique mauricien, sont là eux aussi. Premier pointage à l’appareil des décibels : La Réunion est plus bruyante. 1-0 donc pour eux. Mais ils déchanteront vite…
Les rencontres commencent. Sur la table n°1, Widaad Gukhool est aux prises avec la Réunionnaise Chloé Santanon. Ambiance déjà électrique, avec une victoire de la Mauricienne. Le fan club répond présent.
À chaque point marqué, c’est l’exultation. Widaad Gukhool permet à Maurice de respirer. Mais les Réunionnais, eux, ne voient pas les choses du même oeil. Digérant mal cette première défaite, quelques pongistes réunionnais viendront même demander à certains journalistes mauriciens de se taire. La tension monte. Le plus jeune d’entre eux semble disposé à se battre. Mais on calme la situation et on retourne son attention vers le match.
Dans les gradins, les pongistes réunionnais donnent de la voix, vite imités par le fan club mauricien. C’est à qui remportera la bataille des décibels. À ce petit jeu, les Mauriciens sont les plus forts.
Sur l’autre table, le trio mauricien composé de Jean-Michel Appasamy, Bryan Chan Yook Fo et Rhikesh Taucoory se mesure aux Réunionnais. Là encore, c’est à qui sera le plus vociférant. Dans l’aire de jeu, Maurice et La Réunion se rendent coup pour coup. Les encouragements fusent de toutes parts. Mais l’enfer semble ouvert sous les Réunionnais, qui passent à la trappe.
Sur la table n°1, Maurice se remet d’aplomb après la défaite de Déborah Wong aux mains d’Audrey Picard. Gukhool et Wong remportent le double. Au moment du troisième simple, les visages sont fermés. Quand Widaad Gukhool marque le dernier point et offre la première des deux médailles d’or à Maurice, le public explose. Devant la table, Patrick Sahajasein jubile et pleure en même temps. Widaad Gukhool, émue aux larmes, arrive difficilement à parler. Chloé Santanon, elle, peine à essuyer ses larmes.
Mais l’attention est vite centrée sur la finale masculine où se joue une rencontre décisive. Appasamy, en difficulté au début, redresse la barre. Lui qui a été appelé pour aider la sélection mauricienne ne veut pas faillir à sa tâche. Et il n’échouera pas dans la mission sacrée. « On avait le public derrière nous. Ça compte ces choses-là », commentait Rhikesh Taucoory.
Lorsque Jean-Michel Appasamy, d’une frappe puissante, offre l’or à Maurice, encore des jubilations dans le public. « C’est vrai qu’ils ont été impressionnants. Ils ont fait leur boulot. Et ça a joué sur notre moral », confiait le Réunionnais Nelson Fontaine.
À la remise des prix, sentiments mitigés sur le podium. Maurice qui rit, La Réunion qui pleure. Les Jeux des îles, c’est aussi ces images fortes. Oubliées, les rivalités. Oubliées, les mauvaises fortunes. Comme le dit Taucoory, « C’est l’équipe qui gagne. C’est Maurice qui gagne… »