Manifestant pacifiquement hier en fin d’après-midi devant l’Hôtel du gouvernement alors que les amendements du ministre du Travail Shakeel Mohamed à l’Employment Rights Act et l’Employment Relations Act étaient adoptés à l’Assemblée nationale, les animateurs de la Platform kont lalwa travay anti-travayer criaient néanmoins victoire. Et ce, pour avoir pu convaincre le gouvernement de ne pas aller de l’avant avec sa proposition de permettre à un groupe de travailleurs non-syndiqués de signer un accord collectif avec le patronat.
« Nou finn gagn kan mem enn gran viktwar ! Ti pou enn katastrof pou bann travayer ek bann sindika Moris si gouvernman ti al de lavan ek so propozisyon permet a enn group travayer ki napa dan sindika sign lakor kolektif an patron ! », explique Jane Ragoo, un des animateurs de la Platform kont lalwa travay anti-travayer. Elle participait hier avec ses collègues à une manifestation devant l’Hôtel du gouvernement alors qu’avaient lieu un peu plus loin à l’Assemblée nationale des débats sur les amendements à l’Employment Rights Act (ERiA) et l’Employment Relations Act (EReA).
Réunissant une demi-douzaine de fédérations syndicales, de syndicats et d’associations citoyennes, la Platform kont lalwa travay anti-travayer a été mise sur pied en mai 2012, sur une initiative de Jack Bizlall, pour combattre l’ERiA et l’EReA. Les syndicalistes considèrent ces deux lois du travail d’« anti-travailleurs ».
« L’affaire s’est corsée le 18 décembre dernier quand le gouvernement voulait faire adopter en urgence cet amendement qui permettait à un groupe de travailleurs non-syndiqués de signer un accord collectif avec le patronat. Cela aurait été catastrophique pour la classe des travailleurs et pour les syndicats. Heureusement que suite à l’énergique protestation des fédérations syndicales et des syndicats dans leur ensemble, le gouvernement avait décidé de rapporter les débats sur ces deux lois du travail pour l’entrée parlementaire de mars dernier », explique Jane Ragoo.
Selon la syndicaliste, la “Platform” a poursuivi sa campagne de mobilisation contre l’ERiA et l’EReA, tout en participant les 6 et 12 février dernier à des rencontres avec le ministre du Travail Shakeel Mohamed. « La mobilisation contre ces deux lois du travail doit continuer et doit être permanente, car si nous avons pu convaincre le gouvernement de ne pas aller de l’avant avec sa proposition de permettre à un groupe de travailleurs non-syndiqués de signer un accord collectif avec le patronat, nous n’avons pu le convaincre sur un point fondamental : protéger les travailleurs contre les licenciements abusifs », s’indigne Jane Ragoo.
Pour protéger les travailleurs contre les licenciements abusifs, poursuit notre interlocutrice, la “Platform” avait proposé au gouvernement d’introduire un Portable Severance Allowance Fund dans lequel les employeurs devront verser, pour chaque mois de travail, l’équivalant d’une journée de salaire de leurs employés. À leur mise à pied ou retraite, les travailleurs pourront ainsi toucher une indemnité, même s’ils auront changé durant leur carrière plusieurs fois d’employeurs. « Le gouvernement n’a pas dit “non”, mais a annoncé l’arrivée prochaine des experts du Bureau international du travail (BIT) pour discuter de l’introduction d’un Portable Severance Allowance Fund et d’un Salaire minimum social », ajoute-t-elle.
Jane Ragoo a par ailleurs dénoncé le fort déploiement des éléments de la police hier. « L’ironie veut qu’au moment même où le Premier ministre se vantait à l’Assemblée nationale que Maurice est une démocratie où il y a la liberté d’expression, des policiers nous empêcher de manifester pacifiquement ! », déplore-t-elle.