L’Association of Mauritian Manufacturers (AMM), qui regroupe des entreprises fabricant beaucoup plus pour le marché intérieur, prône une « approche raisonnée et prudente » en matière de politique d’ouverture commerciale, estimant que les importations laissées incontrôlées peuvent fragiliser le tissu industriel domestique. Un appel en ce sens a été fait, hier, par le président de l’association, Vincent d’Arifat, réélu pour un nouveau mandat d’une année, lors de la 17e assemblée générale annuelle tenue à l’Aventure du Sucre, Beau-Plan.
Faisant état de la politique de libéralisation commerciale et surtout de la stratégie de transformation de Maurice en une île franche (duty free island), Vincent d’Arifat a argué que « nous avons désarmé sans avoir les moyens de nous défendre », notamment contre les principaux compétiteurs qui eux, ne se gênent pas pour violer les règles de l’Organisation mondiale du commerce pour protéger leur marché intérieur. L’AMM affirme qu’elle n’est pas contre le concept de duty free shopping island mais qu’il y a lieu de bien évaluer les conséquences de chaque baisse tarifaire.
« Si nous ne voulons pas que notre positionnement de nation moderne, ouverte, se retourne contre notre propre intérêt, il est nécessaire de tempérer notre politique d’ouverture commerciale par une approche raisonnée et prudente, en définissant ensemble les conditions d’un level playing field entre l’importation et les produits locaux », a fait ressortir Vincent d’Arifat. Pour lui, une politique d’ouverture commerciale prudente consiste à l’application d’une politique de droits de douane adaptée selon le caractère stratégique des produits et le degré d’exposition de ces produits à la concurrence. Pour cela, les actions possibles sont : le gel de la baisse des droits de douane, la définition d’une « minimum residual duty » pour certaines lignes tarifaires, l’application des règlements et standards de qualité locaux aux produits importés, un contrôle plus efficace de la qualité des produits dès leur arrivée à Maurice, la révision des droits de douane « en cas d’attaque concurrentielle » sur des produits sensibles.
Vincent d’Arifat est d’avis qu’une telle approche est nécessaire si l’on veut inciter les investisseurs locaux à aller de l’avant avec des projets de renouvellement d’équipement ou d’expansion. Les investisseurs, a-t-il fait comprendre, veulent évoluer dans un cadre régulatoire prévisible et incitatif. Or, il y a certains signaux qui affectent le moral des entrepreneurs. Il a fait état, entre autres, d’une augmentation de 3 000 % de la levy sur l’eau du jour au lendemain pour les fabricants de boissons diverses et a précisé que cette levy ne s’applique qu’aux fabricants locaux.
Dans la première partie de son intervention, Vincent d’Arifat s’est appesanti sur la contribution des entreprises orientées vers le marché intérieur (domestic oriented enterprises – DOE), bien que la majorité de ces entreprises fassent aussi de l’exportation. Une étude sur le poids des DOE dans l’économie nationale, réalisée par DCDM Research, démontre qu’elles représentent 11 % du produit intérieur brut (PIB) et que leur part dans le secteur manufacturier total est de 60 %. Le secteur manufacturier en général a vu sa part dans l’économie passer de 23 % du PIB en 2000 à 18 % en 2011. Citant toujours l’étude de DCDM Research, Vincent d’Arifat a indiqué que les industries “locales” produisent de la richesse, soit Rs 27 milliards en valeur ajoutée, emploient environ 55 000 personnes (10 % de la main-d’oeuvre totale) et investissent en moyenne entre Rs 3 et Rs 4 milliards chaque année depuis 10 ans. Il fait remarquer que les activités du secteur industriel domestique ont des effects positifs sur d’autres secteurs : services financiers, télécommunications, ingénierie, commerce, entre autres.
Cependant, l’AMM observe que la croissance soutenue (+18 % par an de 2002 à 2010) des importations a fait perdre des parts de marché aux entreprises locales, d’où l’appel de l’association pour des mesures de soutien à la compétitivité du secteur. Vincent d’Arifat a plaidé pour des améliorations au niveau des services essentiels, de la logistique et de l’infrastructure en général. Il a aussi parlé des efforts à faire au niveau de chaque entreprise, insistant sur l’esprit d’innovation, et demandé au gouvernement de soutenir les entreprises dans leurs démarches pour développer l’exportation.
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Vers un label de produits mauriciens
L’AMM compte lancer vers la fin de cette année un véritable label de produits mauriciens en vue de booster la demande pour ceux-ci tant auprès des consommateurs locaux qu’étrangers. Réagissant à une demande de l’AMM pour que le gouvernement apporte son soutien financier à ce projet, le ministre de l’Industrie et du Commerce Cader Sayed-Hossen a répondu par l’affirmative.
« Il s’agit de créer, promouvoir et administrer une marque collective mauricienne destinée à identifier et promouvoir les produits industriels fabriqués tant par les petites et moyennes entreprises que par les grandes entreprises. Seront concernés tous les produits de l’agroalimentaire, des matériaux de construction, les biens de consommation courante, le textile, entre autres », a indiqué Vincent d’Arifat.
Le président de l’AMM a ajouté que le label sera attribué selon des critères précis et soutenu par un plan de communication et l’organisation de différents events dans les points de vente « afin de créer avec le consommateur une relation de confiance et de proximité. » L’AMM, dit-il, a commandité une étude qualitative auprès des consommateurs en vue de déterminer le potentiel de la marque qui sera élaborée. L’étude a démontré, entre autres, que « les Mauriciens sont généralement fiers des produits locaux », que ces produits sont consommés en grande quantité sans que les Mauriciens ne s’en rendent compte, mais que ces derniers reconnaissent que certains produits doivent être améliorés. Les indications obtenues, a poursuivi Vincent d’Arifat, sont que les consommateurs sont favorables à l’idée de développer un véritable label pour les produits mauriciens.
L’AMM a salué l’appui de l’Association pour le développement industriel de la Réunion (ADIR) à ce projet de marque des produits mauriciens et a signalé que des sessions de travail en vue de la création de cette marque ont commencé en 2011.
Par ailleurs, Cader Sayed-Hossen a annoncé la tenue en juillet prochain d’une Mauritius International Trade Fair en vue de promouvoir les produits fabriqués localement et de servir de vitrine du savoir-faire des fabricants locaux. L’organisation de cette manifestation commerciale a été confiée à Enterprise Mauritius et, selon le ministre de l’Industrie, l’événement pourrait être inscrit au calendrier des activités de marketing des produits Made in Mauritius aux niveaux régional et global.