Amrit Rajkomar

La Society for Aid to Children Inoperable in Mauritius (SACIM), une organisation qui existe depuis 50 ans et qui est connue pour venir en aide à des enfants inopérables à Maurice, risque de fermer ses portes l’année prochaine. Raison invoiquée ? Les malades qui reçoivent des soins à l’étranger, à travers la SACIM, ne bénéficient plus de subvention du gouvernement depuis ces quatre dernières années. De plus, avec le nouveau règlement du CSR, la société ne bénéficie plus de dons. Son président, le Dr Amrit Rajkomar, lance un appel de détresse aux Mauriciens pour sauver la SACIM, qui est venue en aide à plus de 700 enfants à ce jour. Il répond à nos questions.

Présentez-nous la SACIM…

La SACIM existe depuis 1967. Son objectif est de venir en aide aux enfants issus des milieux pauvres et modestes et qui sont inopérables à Maurice. L’organisation a été fondée par plusieurs bénévoles, à l’époque où Maurice était privée de facilités médicales pour conduire des chirurgies sur des enfants atteints des maladies très graves, notamment des problèmes cardiaques, des tumeurs dans différentes parties du corps, entre autres. Alors, on devait envoyer ces enfants à l’étranger, à savoir en Australie, en Afrique du Sud, en Suisse, en Angleterre et en Irlande pour se faire opérer gratuitement. Donc, la SACIM se charge de trouver un hôpital où l’enfant sera opéré. Elle se charge aussi d’assurer le transfert de l’enfant de l’aéroport à l’hôpital et vice-versa, de l’assister pour toutes ses analyses nécessaires, d’acheter le billet d’avion et l’assurance voyage de l’enfant et de son accompagnateur. Nous finançons le coût de la chirurgie, l’hébergement postopératoire et nous assurons un suivi régulier après le retour de l’enfant au pays.

Qu’est-ce qui a poussé votre organisation à militer pour des enfants atteints de maladies inopérables ?

Quand les enfants sont atteints d’une certaine maladie, il y a un laps de temps à respecter pour les opérer. En cas de retard, la maladie s’aggrave et les enfants deviennent inopérables à Maurice. Ainsi, ils sont obligés d’aller se faire opérer à l’étranger. Il est bon de savoir que les soins les plus complexes ne sont pas disponibles à Maurice et sont financièrement inaccessibles pour les familles avec de maigres revenus. Toutefois, elles sont obligées d’avoir recours à des centres hospitaliers internationaux, dont les coûts sont souvent au-delà de leur attente. Notre but est donc de leur permettre de se faire opérer dans un centre adapté à l’étranger et nous prenons en charge tous les frais associés.

La SACIM existe depuis 1967. Quel bilan faites-vous de ces 50 années d’existence ?

A ce jour, l’association est venue en aide à 717 enfants, dont certains ont effectué plusieurs voyages pour le suivi. Au total, les malades ont effectué 873 voyages, dont les frais ont été pris en charge par la SACIM. Chaque année, nous envoyons une quinzaine d’enfants à l’étranger pour bénéficier d’un traitement approprié. En 2017, nous avons envoyé 16 enfants se faire opérer à l’étranger. Mais en raison de notre situation précaire, nous n’avons pu envoyer que deux nouveaux cas et nous assurer de deux suivis à l’étranger cette année. Si nous ne venons pas en aide à ces enfants, la majorité d’entre eux auraient pu décéder, faute de moyens financiers.

Quelles sont vos ambitions en tant que président de cette organisation ?

Je suis membre bénévole de la SACIM depuis une trentaine d’années, mais je m’occupe du poste de président de l’association depuis une dizaine d’années. Depuis que je me suis joint à cette association, je me suis fixé un seul objectif : aider le maximum d’enfants atteints de maladies inopérables à Maurice à se faire traiter à l’étranger. Malgré mon âge, je continue à me battre pour ces enfants et pour la survie de SACIM. Si les enfants sont guéris, leurs familles seront heureuses.

Parlez-nous de vos priorités…

Faire découvrir la SACIM au public et trouver des moyens financiers pour relancer l’organisation. Depuis ces quatre dernières  années, le gouvernement ne vient plus en aide aux enfants qui passent par la SACIM pour se faire opérer à l’étranger. De plus, avec l’avènement du nouveau règlement sur le Corporate Social Responsibility (CSR), nous appréhendons une baisse considérable des dons. Nous ne recevons pas suffisamment de dons pour envoyer les enfants se faire opérer à l’étranger. Nous n’avons plus de source de financement. Ce qui fait que la SACIM est sur le point de s’éteindre si la situation persiste. Il faut que le gouvernement sache que nous ne sommes pas son rival. Nous travaillons pour le même objectif, celui de redonner un espoir de vivre à des enfants inopérables à Maurice.

Vous organisez une marche pacifique ce dimanche 14 octobre. Une soirée de gala est prévue en novembre prochain. Quel message veut passer la SACIM à travers ces activités ?

À travers la marche de dimanche à Vacoas, nous voulons d’abord sensibiliser le grand public sur notre mission et l’invite à se joindre à notre cause. Un appel spécial est lancé à des jeunes. Nous les invitons à venir donner un coup de pouce à la SACIM pour qu’elle puisse surmonter cet obstacle et assurer sa relève dans le futur. Par ailleurs, à travers la soirée de gala, nous comptons sensibiliser des bailleurs de fonds existants et potentiels sur le besoin d’argent. Les malades qui partent à l’étranger grâce à la SACIM ne reçoivent plus de subventions du ministère de la Santé depuis ces quatre dernières années. Au vu de notre situation financière précaire, nous risquons de ne plus pouvoir poursuivre notre activité.

Votre Ong est-elle en contact avec d’autres structures ? Bénéficiez-vous d’appuis ?

La SACIM a toujours milité seule. Nous n’avons jamais eu d’aide de qui que ce soit et d’appui d’autres Ong. Nous ne comptions que sur les dons que nous recevions pour accomplir notre objectif. Même dans nos moments les plus durs en ce moment, nous ne bénéficions du soutien de personne.

La SACIM a pour objectif de redonner l’espoir de vivre aux enfants atteints de maladie inopérables. Comment le réalisez-vous ?

Beaucoup d’enfants abandonnent les études et leurs activités quand ils apprennent qu’ils sont malades ou handicapés. La SACIM leur vient en aide en leur offrant les traitements et les suivis nécessaires. Une fois qu’ils récupèrent leur forme, ces enfants peuvent devenir autonomes et mener une vie normale. D’ailleurs, beaucoup d’enfants qui ont eu recours à notre organisation sont aujourd’hui des personnalités connues à Maurice. Je tiens à citer en exemple Brandy Perrine. Ses parents l’avaient emmenée à l’hôpital car elle ne pouvait se tenir sur ses jambes. Les médecins leur ont affirmé que rien ne pouvait être fait pour la fille. Les parents sont venus nous voir et nous avons envoyé la fille se faire opérer à l’étranger. Aujourd’hui, elle se tient non seulement sur ses jambes, mais est devenue une athlète mauricienne très célèbre. Elle est devenue autonome et croque la vie à pleines dents. Nous avons aussi le cas de bébés siamois. L’un d’eux est décédé au cours de la chirurgie visant à les séparer. Aujourd’hui, le deuxième est un jeune homme professionnel qui exerce dans une société de communication. Ce sont les réalisations de la SACIM.

Un petit mot pour la fin…

Je tiens à remercier le public, toutes les personnes qui ont fait confiance à la SACIM ainsi que toutes celles qui ont, d’une façon ou d’une autre, contribué à offrir les soins appropriés à des enfants en détresse. Nous ne devons pas laisser mourir une personne si nous avons les moyens de l’aider à survivre. J’invite le public mauricien à se joindre à notre lutte pour sauver la SACIM.