Les conditions ne sont pas réunies pour une reprise de la croissance économique nationale pour cette année, soutient la Mauritius Chamber of Commerce and Industry (MCCI), qui présentait hier son analyse des perspectives économiques. Elle a maintenu à 2,9 % le taux de croissance pour 2013 (ce taux avait été estimé en octobre 2012). La MCCI anticipe également une progression du chômage à 8,6 % (contre 8,1 % en 2012) alors que le taux d’inflation en moyenne annuelle s’élèverait à 4 %.
Lors d’une conférence de presse animée par ses dirigeants (Ganesh Ramalingum, président, Mahmood Cheeroo, secrétaire général, Raju Jaddoo, secrétaire général désigné, et le Dr Renganaden Padayachy, responsable de la division économique), la MCCI a, d’abord, passé en revue la situation économique globale, en particulier la persistance de la crise dans la zone euro, et ses retombées sur l’économie mauricienne. La Chambre observe que la croissance de l’économie mondiale n’a cessé de ralentir depuis le second semestre de 2011 pour atteindre un palier bas fin 2012. Cependant, souligne-t-elle, la décélération de l’activité à l’échelle mondiale a été hétérogène : il y a, d’une part, une relance de l’économie américaine, un fléchissement de la croissance dans les économies émergentes, une performance en dents de scie de l’économie japonaise alors que la zone euro est restée dans l’impasse. Ce qui a amené le Fonds Monétaire International à tabler sur une croissance du Produit Intérieur Brut mondial de 3,3 % en 2013 contre 3,2 % en 2012.
« Ainsi, en cette année 2013, une nouvelle phase de croissance semble se dessiner au niveau global même si son rythme sera bien en deçà de celui observé dans les premières années de la décennie 2000, où l’activité mondiale avait progressé à un rythme annuel moyen d’environ 5%. Compte tenu de la part de plus en plus substantielle des pays émergents dans l’économie mondiale, ce sont eux qui, désormais, vont tirer la croissance à l’échelle mondiale », estime la MCCI. Celle-ci constate que les probabilités de forte détérioration de la conjoncture mondiale ont diminué depuis quelque temps grâce à des mesures prises par les États-Unis et par les pays de la zone euro mais les dirigeants de la Chambre constatent que les « soubresauts de la crise européenne enrayent l’activité économique locale » vu que l’Europe représente plus des deux tiers de nos exportations de biens et services. La demande interne en Europe sera affectée par la politique d’assainissement budgétaire dans de nombreux pays.
« Ces éléments sont préoccupants pour Maurice. La performance de l’économie mauricienne pour les court et moyen termes est susceptible d’être affectée dans une mesure non négligeable par la dépression prolongée des perspectives économiques européennes », commente la Chambre. À la MCCI, on craint que face à une situation de croissance faible, des pays aient la tentation de recourir à l’arme du taux de change pour garder leur part de marché. « Nous faisons face à un risque de dévaluation en cascade des monnaies, en particulier de nos concurrents directs, cela alors qu’à Maurice, nous maintenons la fermeté quant à la politique des changes pour contrer l’inflation importée. L’appréciation continue de la valeur de la roupie va pénaliser notre compétitivité par rapport à nos concurrents, affectant par conséquent notre croissance économique », soutient M. Padayachy.
Baisse des investissements
Ce dernier considère également que la politique de réduction du déficit public va freiner l’activité économique et peut entraîner le pays dans une spirale de baisse de la croissance économique et d’une hausse continue du chômage. Une politique de diminution du déficit public, fait remarquer M. Padayachy, est compatible avec une conjoncture économique favorable. Or, a-t-il laissé entendre, ce n’est pas le cas actuellement. La MCCI prévoit une baisse de 7 % des investissements publics en 2013 (excluant l’achat d’avion ou de navire). Au plan global, le taux d’investissement pour cette année devrait se situer autour de 22 % du PIB contre 23 % en 2012. L’investissement privé (hors achat d’avion ou de navire) va reculer d’un point de pourcentage après un repli de 2 points l’année dernière. « Nous constatons une régression continue au niveau des investissements qui ne sera pas sans conséquences sur les taux de croissance potentielle et effective à court et moyen termes », prévient la MCCI.
Tenant compte de la conjoncture économique mondiale, de la politique budgétaire restrictive et du recul de l’investissement, entre autres, la Chambre maintient son estimation du taux de croissance nationale à 2,9 % en 2013 (comme annoncé en octobre 2012), ajoutant que ce rythme de croissance est insuffisant pour une économie en transition. L’économie mauricienne a-t-elle la capacité de rebondir ? Dans son analyse, la Chambre remarque qu’il y a eu une baisse perceptible du PIB potentiel du pays depuis 2009. À part la performance exceptionnelle de 2010, le taux de croissance potentielle se situe dans une fourchette de 3,2 % à 3,4 %. « Le rythme de croissance potentielle a perdu plus de 2 points de pourcentage entre la période avant-crise, en particulier de 2006 à 2008, et aujourd’hui pour s’établir à 3,2 % », estime la MCCI. Avec le ralentissement de l’activité économique notamment dans nos marchés porteurs, la réduction volontaire des dépenses d’investissement des entreprises, la baisse de productivité des facteurs de production (travail, capital et autres) et la politique budgétaire restrictive, il sera difficile de relancer la croissance potentielle de l’économie mauricienne. La Chambre est d’avis que dans la conjoncture, il faut envisager une impulsion budgétaire de l’ordre d’un point de pourcentage du PIB (soit une injection d’au moins Rs 3,5 milliards). Pour la Chambre, « un investissement soutenu est indispensable pour préparer la croissance de demain, aussi bien en termes de capacités de production que de gains de productivité ».
M. Padayachy a conclu en faisant ressortir que « la situation présente recommente le sursaut ». L’impulsion budgétaire réclamée pour le court terme servira à la relance de la demande et de l’investissement avec pour conséquence la dynamisation de la confiance des entrepreneurs et des consommateurs, alors que pour les moyen et long termes, c’est aux freins à l’investissement et à l’amélioration de la productivité qu’il faut s’attaquer.