Le maréchal Hindenburg aura marqué l’histoire contemporaine, laissant derrière lui de profondes divisions idéologiques, autant sur son parcours que sur son action. Et pour cause : l’ancien homme d’État allemand est surtout connu pour avoir abandonné le pouvoir dans les mains d’un certain… Adolf Hitler.
Rarement un chef d’État n’aura autant divisé son peuple, avant et après sa mort, que Paul Ludwig Hans Anton von Beneckendorff und von Hindenburg, dit Paul von Hindenburg. Né en octobre 1847, l’homme aura longtemps été un des acteurs clés de l’ascension allemande. Jusqu’à ce que le destin le rattrape et qu’il décède, en août 1934, laissant Hitler s’emparer de tous les pouvoirs. Aussi, rien d’étonnant à ce que 80 ans après sa mort, il fasse toujours l’objet de controverses.
Le maréchal Hindenburg, “héros” allemand de la Première Guerre mondiale, mais aussi le président qui appela Hitler au pouvoir, continue en effet de diviser l’Allemagne, incarnant le rapport complexe qu’entretient le pays avec son passé. D’emblée, rappelons que Hindenburg est resté dans l’histoire comme le grand vainqueur de la bataille de Tannenberg (26-30 août 1914) contre l’armée russe et, à ce titre, des places, des rues, des avenues portent son nom. Certaines villes l’ont même élu citoyen d’honneur. Mais le maréchal conservateur est aussi celui qui décida de nommer Hitler chancelier le 30 janvier 1933, sonnant ainsi le glas de la République de Weimar, dont il était le président depuis 1925.
Faut-il l’honorer ou le bannir ? Depuis plusieurs années, la figure du vieux soldat moustachu, mort le 2 août 1934, revient régulièrement dans les débats politiques locaux, dans une Allemagne qui s’interroge sur l’ambiguïté du personnage, mais aussi, à travers lui, sur sa propre histoire.
Au début de l’été, c’est le parlement de la ville-État de Berlin qui s’est emparé du “cas Hindenburg”. Le 20 avril 1933, la capitale allemande avait décidé que le maréchal méritait de devenir son 58e citoyen d’honneur. Le 59e, désigné également ce jour-là, se nommait Adolf Hitler. Si ce dernier a disparu de la liste en décembre 1948, Hindenburg y est resté, au grand dam de certains élus.