Pourquoi repenser la question de la stratégie politique et organisationnelle ? Parce qu’il y va de notre survie. Mais avant d’explorer la pertinence de cette interrogation, pour traiter le sujet avec plus de clarté, il est impérieux de faire un bref survol du système qui tient notre planète en otage.
Le modèle néolibéral
Le modèle politique néolibéral, aux colorations de Milton Friedman et du Washington Consensus, incarné par Reagan et Thatcher et leurs disciples, assujettit le monde depuis les années 70 / 80. Tous les espaces de la planète se trouvent dans l’étreinte de la politique de mondialisation, de frontières ouvertes où tout est réglé par la loi du marché. Les sacro-saints axes de ce vent du néolibéralisme sont les déferlantes standardisées de la privatisation, de la déréglementation et de la flexibilité, appliquées à chaque pays. Maurice n’échappant pas à la règle.
Les gouvernements néolibéraux se sont engagés sous l’égide des institutions internationales, notamment le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, sur une pente de contre-réformes, remettant en cause une série d’acquis sociaux – sécurité sociale, services publics –, tirant vers le bas le niveau de vie, les droits et les conditions de travail. Les nouvelles lois du travail, l’Employment Rights Act et l’Employment Relations Act, dans le cadre d’une tangente de flexibilité de « hire and fire », en sont les instruments d’un désastre annoncé dans le tissu social, comme en témoigne le panorama socio-économique local actuel.
Au cours des dernières décennies, les classes dominantes se sont dotées, par l’attrait de gros salaires et de « fringe benefits », de « meilleurs » et surtout de « fidèles » équipes de gestionnaires, d’intellectuels, d’administrateurs et d’organisations fortes voire de partis politiques soudoyés jusqu’aux pores, de gouvernements de combat et de lois musclées pour mener à bien la barque néolibérale.
Le tout a été quadrillé par une panoplie idéologique ingénieusement orchestrée par des ronflantes incantations. « L’idéologie est morte». Le capitalisme était projeté comme « la fin de l’histoire, comme l’horizon indépassable de l’humanité». L’individualisation, l’aliénation à outrance a entraîné une marchandisation accrue de la société. Tout est marchandise. La société est centrée sur l’objet. La prouesse du néolibéralisme nous a entraînés dans un univers où chaque individu est transformé en objet. Il n’y a plus de sujet.
À l’instar de Maurice, le « contact culture », notamment dans le sillage de la politique traditionnelle partisane, a inculqué aux gens l’instinct de tueur – « moi avant toi », « moi à ta place », « les miens avant, après les tiens ».
Nouveau contexte socio-économique
Mais la vue des tenants de ce système a été gagnée par une cataracte avancée depuis déjà belle lurette, obstruant leur vision d’une possible déconfiture du système. Les mythes de l’immuabilité du système pourtant volent en éclats. Les bulles financières, la débandade dans l’immobilier, les échecs des plans d’ajustements structurels des institutions financières internationales en sont les symptômes.
Une crise globale, profonde et multiforme enveloppe la planète. Elle est à caractère économique, écologique, social, politique et humain. Elle provient de la grande contradiction de la propriété privée et de la socialisation de la misère. Elle émane de la situation précaire néolibérale dépeinte dans la célèbre phrase de Paul Krugman qui faisait allusion à la politique de privatisation et des pseudo-nationalisations des secteurs canards boiteux : « Soyons clairs, c’est le socialisme citron – socialiser les pertes, privatiser les profits. »
En fait, les gourous et adeptes du système bégaient politiquement et se sont montrés incapables de répondre à ces hécatombes et violences socio-économiques que sont le chômage, la précarisation, les licenciements, parmi tant d’autres. Les prises de position aux sommets de Cancun, de Doha, de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) démontrent cette paralysie.
Mêmes les socio-démocrates et réformistes, les partis socialistes à travers le monde, entre autres, le MMM à Maurice, sont pris de court et se montrent éloquents dans leur absence de solutions. Mais quand même, il n’y a rien de surprenant dans leur posture compromettante. Leur trajectoire dans un réformisme sans réforme les a entraînés dans un réformisme de contre-réformes, ce qui les a engloutis dans une intégration et adhésion totales au social libéralisme.
Vulnérables et condamnés à agir
N’importe quel colmatage des brèches du système ou solutions provenant des galeries néolibérales ou des classes dominantes se présenteront comme un prix fort à payer pour les couches sociales vulnérables. Il suffit de constater comment se manifeste cette crise à têtes multiples pour les classes défavorisées. C’est le traumatisme du chômage, de la pauvreté, de la faim, la maladie, la dépression, l’insécurité, la drogue, la violence familiale, la montée du crime, surtout contre les femmes. Et pour ces couches sociales, le plus sinistre c’est la peur et l’angoisse pour l’avenir.
Ce tourbillon de crises risque de noyer le monde dans une spirale d’instabilité, de régression politique, sociale, écologique et humaine.
Dans ce contexte, les classes défavorisées n’ont pas, sur le plan organisationnel et stratégiquement parlant, de pôles en hauteur pour se battre en retraite lorsque s’abattra le déluge.
Pourtant, les classes défavorisées n’ont pas le choix. Pour leur survie, elles sont condamnées à innover pour changer le rapport de forces qui au cours des dernières décennies les ont poussées à se retrancher vers des terrains marécageux.
Dans le monde, la guerre des classes entre nantis et vulnérables serait encore plus dure. Les classes dominantes ont avancé des pions décisifs lors de la structuration du capitalisme sous cette période : déréglementation des codes du travail via la polyvalence et la flexibilité des relations contractuelles employeur/ employé, la politique de « hire and fire », entre autres, soulignées plus haut.
La classe des travailleurs a été sur la défensive. A Maurice, surtout avec le droit de grève confisqué, la majorité des travailleurs ont végété dans une certaine résignation, une dépolitisation accrue et un recul de conscience de classe flagrant. Pourtant, il y a des violences sociales contre eux. Néanmoins, les classes dominantes n’ont pu globalement infliger d’importantes défaites à la classe ouvrière.
Le revirement des rapports de forces est non seulement nécessaire mais demeure un impératif. D’autant plus que les plaies socio-économiques sont couplées au pillage effréné de notre planète, dont les conséquences écologiques sont irréversibles. Le mode de production en place, dans sa course aveugle pour le profit, brûle cette planète. Sans une autre logique sociale, c’est le compte à rebours pour l’effacement de l’humanité.
Nous sommes condamnés à une unique option. ON NE PEUT PAS SIMPLEMENT RÉSISTER. ON DOIT GAGNER. Il faut agir en ce sens.
A SUIVRE DEMAIN l’ANALYSE DE DEV RAMANO: “Questions sur la stratégie politique
Les faiblesses et manquements”