Aucun doute n’est possible…l’équipe dirigeante du MTC, avec en tête de liste, Gilbert Merven a fait élire ses deux candidats comme administrateurs lors de l’assemblée générale élective tenue vendredi après-midi. Pierre de Chasteigner du Mée et Jean Noel Fayolle sont effectivement arrivés en tête de liste avec 252 et 190 voix respectivement. Si la victoire moins large que prévu de Pierre du Mée ne faisait aucun doute, par contre Jean-Noël Fayolle a dû attendre la fin du décompte avant de pouvoir faire la différence dans les dernières foulées grâce aux…proxy, amassés par toute la bande à Gilbert Merven, y compris deux employés du MTC dont l’incontournable vétérinaire en chef… Christian Bourdet. Un parti-pris  que tout autre employé du MTC  qui aurait aidé l’opposition, par exemple,  aurait sans doute payé de son emploi. Mais quand on a la couverture de la rue Madame, tout est possible.
L’opposition a fait une bonne performance car il ne manquait que deux petits votes pour que Mukesh Balgobin soit élu, alors que le Dr Abdoulla Atchia et Parvind Desai avec respectivement 112 et 111 voix ont réalisé des scores tout à fait honorables. Il en résulte une indication claire et nette qu’il existe une volonté de changement au sein du MTC. Toutefois, la dure réalité demeure qu’ils ont tous été battus, alors qu’avec un peu plus de solidarité et de compréhension, l’opposition auraient pu infliger une cuisante défaite à l’équipe de Gilbert Merven. La division, on le sait, n’a rien apporté de bon dans une joute électorale. Ce n’est certainement pas Paul Bérenger et encore moins le Dr Navin Ramgoolam qui nous diront le contraire. Sans doute au lieu de voir l’intérêt du MTC, ils se sont laissé gagner par un ego, voire leurs ambitions personnels. L’Anglais vous dira que «it’s too late» et que le mal est déjà fait, la défaite est consommée.
Placer ses hommes
L’autre dure réalité de l’élection des deux nouveaux administrateurs c’est la capacité  de Gilbert Merven à continuer à placer ses hommes dans le giron du pouvoir. On peut désormais le considérer comme le Roi des proxy et c’est à ce titre qu’il a pu faire élire largement Pierre du Mée et d’une courte tête Jean-Noël Fayolle. Celui qui a tenu en otage toute une industrie pendant neuf longues années, ne fait plus partie de la scène. C’est ce qui va être officiellement. Mais tout le monde sait qu’il va tenter de continuer à tirer les ficelles de son bureau de la Rue Madame.
Allo, ici, la rue Madame…une phrase que sans aucun doute le nouveau président, Jeenarain Soobagrah, entendra durant les 12 prochains mois. Y répondra-t-il illico presto? Au départ oui, mais après seul l’avenir nous le dira. Toujours est-il que l’élection de Pierre du Mée et de Jean Noel Fayolle a été fêtée jusqu’à fort tard vendredi soir… à la rue Madame, comme lors du cocktail de la mise en place lundi dernier.
Mais n’allons quand même pas plus vite que la musique. Donnons la chance à l’actuel Board des Administrateurs de nous prouver et de prouver aux turfistes qu’il n’a pas les mains et les pieds liés à Gilbert Merven et que de ce fait, ce même board ne reçoit plus aucun ordre de lui. L’actuel président devrait, à juste titre d’ailleurs, démontrer qu’il n’est ni l’homme de Gilbert Merven ni un président envoyé à la casse comme le fut en son temps William Chung et qu’il peut justifier la confiance placée en lui par ses collègues Administrateurs.
Nous ne savons pas qu’est ce qui l’a poussé à prendre la présidence à un moment où tous les signaux sont au rouge. Notamment au niveau des finances et des relations avec l’État. Mais comme William Chung, il est assis sur une bombe à retardement car malgré les bonnes explications du maestro financier, Jean-Marc Ulcoq, le MTC a bel et bien enregistré de grosses pertes en 2014 et il sera très difficile de renverser la vapeur d’autant plus que primo, la conjoncture économique n’est toujours pas propice, secundo, le gouvernement a semble-t-il de gros doutes sur l’intégrité même des courses, et tertio les turfistes ont perdu toute confiance dans l’équipe dirigeante du MTC d’où la baisse significative au niveau de l’assistance et du jeu.
Sans vouloir décourager Jeenarain Soobagrah, c’est la toute première fois qu’un président débutera son mandat sans savoir qui est son interlocuteur  de la «Gambling Regulatory Authority», sans connaître le nombre de journées que comprendra la saison et qui plus est, sans avoir eu une rencontre avec le gouvernement ou du moins avec le ministre de tutelle. Bref, Jeenarain  Soobagrah s’est lancé dans la course les yeux bandés. A-t-il  également les mains liées?  Est-ce qu’il est président du MTC de son propre gré ou lui a-t-on offert un cadeau empoisonné comme l’avait été William Chung il y a de cela quelques saisons?
Changer d’attitude
Pour toutes ses raisons, Jeenarain Soobagrah devrait d’abord et avant tout changer son attitude. Au Champ de Mars, on n’a pas encore oublié l’incident où il avait occasionné le retard d’une course pour une simple affaire de parking et il devra, à n’importe quel prix, ne pas commettre les mêmes erreurs ou entrer dans les mêmes travers que son prédecesseur Gilbert Merven. Il doit être un vrai rassembleur et ne pas s’imposer comme l’homme à tout faire à la tête du MTC. Nous savons qu’il n’est pas satisfait du management mais entrer en conflit caractérisé avec lui serait un suicide garanti. Au contraire, il a tout à gagner à colmater les brèches et faire confiance à ceux qui le méritent. C’est un secret pour personne qu’au MTC, il y a des «protégés» qui ont été recrutés avec pour seul objectif d’agir comme des espions à la solde de son recruteur.
Pas de temps de grâce
Jeenarain Soobagrah n’aura pas le temps de grâce qu’on accorde généralement à un nouveau venu. Au contraire, il devrait très vite prouver qu’il est l’homme de la situation et ainsi conserver ses chances de terminer son mandat au sein du board comme président. Quoi qu’on disent  Gilbert Merven et Michel Halbwachs qui seront de la course l’an prochain, ce qui laissera Jeenarain Soobagrah sur le carreau, à moins qu’il réussisse un véritable tour de force cette saison. Il est donc évident que l’actuel président joue son va-tout. Ou ça passe ou ça casse!
Gageons que Jeenarain Soobagrah a quelques avantages. D’abord Ian Paterson ne fait plus partie du board des commissaires des Courses et secundo, Gilbert Merven s’est mis temporairement en retrait en attendant que le ciel s’éclaircit. Mais il lui reste une troisième carte maitresse en main, et c’est sur celle-là qu’on saura s’il bénéficiera d’un bon départ ou non. Après Ian Paterson et Gilbert Merven, il faudra qu’il arrive à mettre hors circuit  l’homme par qui tous les scandales 2014 sont arrivés. Nous avons nommé Paul Foo Kune. Même s’il a été très discret ces derniers temps, ce dernier est toujours dans les parages même s’il dit à tous ceux qui veulent l’entendre qu’il n’y aura pas d’écurie Paul Foo Kune cette saison.
Aujourd’hui au MTC, tout le monde, y compris les entraîneurs, est favorable à une mise à l’écart de Paul Foo Kune, sauf… un officiel, et non des moindres. Comment s’y prendra donc Jeenarain Soobagrah? Certainement pas en allant chercher conseil à la rue Madame? Il lui faut l’apport de tous, administrateurs, officiels, entraîneurs et propriétaires pour prendre la décision qui s’impose, et ce dans l’intérêt des courses et de l’industrie hippique. S’il le fait, il enverra le premier bon signal au gouvernement, qui, lui aussi, veille au grain d’où la déclaration du Premier ministre sir Anerood Jugnauth à l’Assemblée Nationale à l’effet qu’il a un oeil sur la mafia des courses et que son intention est d’en finir avec.
Mais, n’anticipons pas, allons voir ce que va faire Jeenarain Soobagrah durant ces premiers pas de présidence. Sa déclaration à la presse après sa nomination comme président est pour le moins rassurante. Il faudra donner aux courses ses lettres de noblesse. Peut-on protéger nos moutons en laissant le loup entrer dans la bergerie? A Jeenarain Soobagrah et au nouveau Board des Administrateurs de donner une réponse appropriée à cette question!