Il n’est un secret pour personne qu’au sein des partis politiques traditionnels, tous bords confondus, un amendement constitutionnel afin que le mot «séculier » soit inscrit dans l’article 1, n’intérresse personne. Une interpellation parlementaire, une motion privée, des débats sur la question à l’Assemblée nationale ne sont que pour jeter de la poudre aux yeux. Personne n’est dupe. Ceux-là mêmes qui se déclarent grands défenseurs de la laïcité aujourd’hui étaient déjà à la manette quelques années de cela et ils n’en avaient alors pas fait grand cas.
  Si le droit légitime d’une députée de la majorité de lancer un débat sur le sujet ne peut faire l’objet de contestation, l’on ne peut s’empêcher de se demander, cependant, si la démarche en valait réellement la chandelle vu que l’issue d’un tel débat, que ce soit à l’intérieur de l’hémicycle ou au niveau de la société civile, est connue d’avance. Mais quoi qu’il en soit, il convient de faire ressortir que si la démarche était vraiment résolue et déterminée et effectuée dans l’unique objectif de son éventuelle concrétisation, la députée l’aurait  présentée d’abord au sein de son parti dont le leader n’est autre que le chef du gouvernement.
 Mais la vérité est tout autre. Elle repose essentiellement sur des considérations purement électoralistes. Tous les partis ont, d’une façon ou d’une autre, côtoyé les mouvements socio-religieux et continueront à le faire, pour parvenir à leurs fins. Et le combat pour le pouvoir devenant de plus en plus âpre, ce n’est certainement pas demain la veille que les politiciens décideront de changer leur fusil d’épaule.
 Après sa déconvenue aux municipales de décembre dernier, Navin Ramgoolam ne peut feindre d’ignorer la menace qui pèse sur son régime et son siège de Premier ministre. D’autant que la carte vitale qu’il détenait pour tenter de renverser la vapeur, vient de lui échapper des mains. En effet, ayant vu venir le danger, le MSM vient de se rallier à la position du MMM sur la  réforme électorale, coupant ainsi l’herbe sous les pieds du PTr, bien que leurs points de vue sur le dossier, particulièrement le mode de désignation des députés selon la représentation proportionnelle et le BLS, étaient totalement éloignés alors que ceux des rouges et mauves s’accordent à 99%.
 Mais le Premier ministre, paraît-il, ne s’avoue pas vaincu pour autant. Il n’a pas encore dit son dernier mot. Son White Paper sortira dans quelques jours et même si, dans les milieux concernés, certains observateurs avancent que c’est bien le terrain d’entente trouvé en 4e vitesse par le Remake 2000 qui suscite actuellement quelques retouches correspondantes au Livre Blanc et retarde ainsi sa publication, il paraît très improbable, cependant, que le PTr assouplisse maintenant sa position sur le BLS, principale pomme de discorde de la réforme. Or, même si le MMM a déjà mis fin unilatéralement aux séances de « koze koze » avec le Premier ministre, ce dernier sait pertinemment qu’il pourra toujours se rattraper sur le projet de 2e République, d’autant que rouges et mauves se prononcent pour un rééquilibrage des pouvoirs entre Le Réduit et le Bâtiment du Trésor – la position du MSM demeurant toujours très ambiguë sur ce sujet.
 Ainsi, si l’accord de Medpoint 2 – tout comme celui de son prédécesseur de 2000 – prévoit une période de deux ans à la primature pour Paul Bérenger, le Premier ministre pourrait bien venir de l’avant avec un amendement constitutionnel en vue d’un tel rééquilibrage et, par conséquent, proposer un mandat quinquennal complet au leader du MMM dans le cadre d’une entente avec son parti, lui-même se retirant au Réduit avec certains pouvoirs additionnels dont celui de dissoudre l’Assemblée nationale, concédant toutefois à Paul Bérenger celui de présider le Conseil des ministres, comme ce dernier a toujours souhaité.
 La politique étant l’art du possible, Navin Ramgoolam n’épargnera, sans doute, aucun effort pour éviter un deuxième naufrage politique et une humiliation électorale cinglante après celle qu’il a subie en septembre 2000. D’autant que 15 ans plus tard, c’est le même candidat qui l’avait délogé et qui a déjà passé 16 années en tant que Premier ministre qui est appelé de nouveau à la rescousse pour lui succéder alors qu’il devrait être en train de couler une retraite paisible et bien méritée. Et c’était, sans doute, dans une vaine tentative de diluer cette humiliation que Navin Ramgoolam, selon SAJ, avait écrit à ce dernier en 2003 en vue de le dissuader d’honorer l’accord à l’israélienne signé en mai 2000 à Medpoint Clinic prévoyant la passation des pouvoirs premier-ministériels à Paul Bérenger en septembre 2003.
 Il est évident que si le MMM campe sur sa position politique actuelle, le Premier ministre n’aura d’autres alternatives que de faire valoir sa dernière option et de se tourner résolument vers les mouvements socio-religieux avec lesquels il a entretenu une relation plus que rapprochée ces dernières années et ce dans un but, somme toute, très précis. Et il va sans dire que la prochaine bataille électorale « pou anpes pouvoir sap dan ou la min » sera, alors, sans merci. Des poids plume tels le PMSD, MMSD, l’UN ne seront d’aucune utilité aux côtés du PTr lorsqu’il s’agit de barrer la route à un Remake de juin 82 dont le spectre se profile déjà à l’horizon. Et ça, le Premier ministre en est amplement conscient.
 C’est pourquoi, à la motion de la députée rouge, le PTr n’avait d’autre choix que d’adopter la prudence ; son leader ne s’est même pas prononcé alors qu’en 2005, interrogé lors d’une interview (le 14 octobre 2005) sur les mouvements socio-culturels, il devait préciser qu’il « faut bien séparer ces choses-là de la politique ». Et d’ajouter qu’il « faut un État laïc » et « une démarcation claire ».