Depuis ces dernières années, le tourisme vacille entre satisfaction et restructuration en profondeur. Le discours offi ciel se targue des reconnaissances sur le plan international, dont la dernière en date vient d’Australie, où Maurice a été classée en deuxième position derrière les Fidji au classement de Mama Holiday : Top Ten Family Destinations. Dans le camp des opérateurs de ce pilier de l’économie, la vérité des bilans fi nanciers se faisant de plus en plus sentir, l’heure ne peut être qu’à une restructuration en profondeur. Ils regrettent que la conjoncture politique a fait que le projet, susceptible d’être aligné sur le plan de réforme de l’industrie sucrière ou du textile, fait fi gure de mort-né, à moins d’un sursaut de dernière minute.
Toutefois, les spécialistes de l’industrie soulignent que le principal problème à résoudre concerne le déséquilibre structurel entre l’offre et la demande, avec un défi cit dans la fourchette de 400 000 à 500 000 touristes annuellement. Le Financial Stability Report de la Banque de Maurice situe l’enjeu pour l’industrie touristique de manière directe. Les crédits bancaires au secteur continuent à croître, soit 6,9% à la fi n de mars dernier contre 6,7% à pareille époque l’année dernière, avec « a large proportion of outstanding corporate credit, representing about 25,5 per cent was channelled to this sector ». La Banque de Maurice ajoute qu’avec la crise qui frappe de plein fouet, des compagnies hôtelières, qui avaient contracté des prêts auparavant pour des projets de construction et d’extension, ont dû avoir recours à des rééchelonnements de leurs dettes auprès des banques commerciales. « Overall, the sector was able to withsstand the downturn but, with weak cash fl ows and low profi tability, the ability of some hotels to service their debt has somewhat come under pressure. The NPL ratio doubled to 2.8 per cent as at end of March 2014 », souligne la Banque centrale, alors que les opérateurs de ce secteur doivent aussi multiplier les initiatives pour s’acquitter d’autres paiements comme les factures mensuelles du Central Electricity Board. Au sein de l’industrie touristique, un consensus se dégage à l’effet que le déséquilibre entre l’offre et la demande doit être résolu de manière urgente en vue d’un nouveau départ. Un premier constat : à la fin de l’année dernière, le parc hôtelier comptait 107 hôtels en opération et sept hôtels fermés pour rénovation, soit 12 376 chambres. En tenant en ligne de compte le secteur para-hôtelier, avec 5 300 chambres, le nombre total s’élevait à 17 676 chambres, représentant une capacité d’accueil de 1,5 million de touristes chaque année. Le fait demeure que, jusqu’ici, Maurice lorgne toujours la barre du million de visiteurs, comme le récapitule le tableau plus loin, d’où ce défi cit de 400 000 à 500 000 anuellement.

Toutefois, la crise en Europe et les diffi cultés fi nancières d’Air Mauritius, des liaisons aériennes directes sur des marchés touristiques porteurs (Allemagne, Suisse et Italie) ont été supprimées et n’ont jusqu’ici pas été remplacées. Des prévisions établies par des spécialistes de l’industrie soutiennent que si au cours des trois prochaines années les marchés porteurs arrivent à croître de manière sensible, ce déficit peut être comblé. À condition que le nombre de chambres d’hôtels n’augmente pas proportionnellement par rapport au nombre d’arrivées.
Les marchés potentiels identifi és dans le cadre de ces prévisions sont la France (24,6% du marché), La Réunion (14,4%), le Royaume-Uni (9,9%), l’Afrique du Sud (9,5%), l’Allemagne (6,1%), l’Inde (5,8%), la Chine (4,2%), l’Italie 3,1%), la Suisse (2,8%) et l’Australie (1, 9%), sans oublier la Russie avec 1,5%. Ces marchés représentent 83,8% avec 832 048 visiteurs.
Le tableau plus haut donne une indication du potentiel de croissance pour les trois ans à venir.
« Ces prévisions de croissance sur ces différents marchés ne pourront être atteintes que si des mesures concrètes sont prises pour chaque marché individuellement en vue d’encourager un plus grand nombre de visiteurs à se rendre à Maurice, dont des vols (directs) additionnels, marketing adéquat sur ces marchés, baisse du prix des billets d’avion, etc. », fait-on comprendre dans les milieux touristiques avisés.
Un premier exercice préliminaire avance qu’il faudra entre 30 et 40 vols supplémentaires chaque semaine pour combler le défi cit de 400 000 touristes par rapport à la capacité d’accueil. Il y a encore des décisions à envisager sur le coût du billet d’avion sur plusieurs destinations. « Le prix du billet d’avion est également un facteur bloquant. Nous sommes moins compétitifs que d’autres destinations concurrentes de la région à cause d’un billet d’avion trop cher. Sur certaines destinations, les diverses taxes peuvent représenter jusqu’à 50% du prix du billet d’avion », ne cessent de répéter les opérateurs, qui osent espérer qu’une fois les tractations politiques terminées et les clameurs des prochaines élections générales se tairont, les autorités se mettront à la tâche pour relancer le secteur porteur qu’est le tourisme, avec ses emplois directs et indirects.