La littérature marquée du double sceau de l’héritage et de la volonté d’aller au plus profond des choses pour faire « exploser les non-dits », se mesure dans le rapport qu’entretient Ananda Devi avec sa propre écriture. La romancière mauricienne, qui est auteure d’un deuxième livre de poèmes et de textes en prose après « Le long désir », a lu des extraits de ce petit texte intitulé Quand la nuit consent à me parler (Editions Bruno Doucey, 2011). C’était à l’IFM, mercredi soir, devant un public attentif. Ananda Devi a ensuite éclairé les auditeurs sur la relation que cultivent les écrivains de soi au lecteur et inversement (« il y a un pacte avec le lecteur… je ne dis pas tout de manière claire… le lecteur a son cheminement à faire… un cheminement l’un vers l’autre… ») et sur ce qui régit son récit « Les hommes qui me parlent », qui paraîtra en octobre chez Gallimard. D’abord, dans sa lecture de textes choisis, on sent combien Ananda Devi s’adresse à ce fraternel inconnu, qui, comme elle, chercherait dans les mots à comprendre quelque chose au simple fait d’exister. Il conviendrait de partager cette part de notre condition à la charnière de vivre et de dire. La romancière a ensuite évoqué à travers son prochain livre (un récit) son rapport à l’écriture, aux livres lus et aux expériences vécues. D’entrée de jeu, elle a expliqué l’importance de ce texte (« Les hommes qui me parlent ») dans une période difficile de sa vie. Ça lui a permis, explique-t-elle, de franchir un pas, de trouver un ancrage pour survivre. « Ça me permettait de revenir sur ces 40 ans d’écriture… sur ces auteurs tout le temps présents dans ma vie… « , a-t-elle déclaré. Et d’ajouter que son nouveau livre n’est pas une fiction, mais une retransmission par une langue d’écriture des éléments de sa vie (retourner ce regard sur soi-même par rapport à la fiction). Elle prend acte de ce processus de dédoublement et de l’acte d’écrire qui n’est pas anodin. « Je me suis toujours remise en question… pourquoi étais-je toujours une femme qui écoute dans le quotidien, alors que dans l’écriture, c’est une femme qui écrit sans peur de rien… « , a-t-elle avoué et d’ajouter qu’il lui fallait toujours aller plus loin dans l’écriture : « … quand on est dans un certain héritage… la complaisance, c’est ce qui me semble le plus dangereux pour un créateur…  » Selon l’écrivain, la complaisance ne permet pas de se renouveler. Ananda dit que l’écriture n’est pas un acte anodin, c’est une responsabilité. Il faut bien utiliser et respecter cette manière d’être entendu. Quand à l’acte d’écrire, Ananda Devi parle de ce besoin qu’elle a de voir sous la surface des choses : « …c’est toujours comme ça que j’ai écrit… ça m’intéresse d’aller creuser, explorer avec mes personnages… ne pas s’arrêter à la surface et faire exploser tous ces non-dits ». Elle dira qu’il y a beaucoup de non-dits dans toutes les sociétés, y compris à Maurice. Elle s’est aussi exprimée sur « la part sombre » ou « la vision sombre » dans ses romans. L’auteure dit avoir ressenti des liens avec Cioran, Céline, mais qu’elle possède un tempérament qui voit toutes les détresses. Elle se sent interpellée par des héritages et des histoires de notre mémoire. Elle parle différemment de ces choses sachant que l’acte d’écrire n’est pas anodin. Le roman sera toujours le moyen d’exprimer ça, a-t-elle ajouté.
Ananda Devi écrit-elle avec le souffle pour donner voix à ces refrains qui bourdonnent dans l’épaisseur de notre intimité ?