Après avoir passé plusieurs mois au Rehabilitation Youth Center, Jonathan, un adolescent, s’est vu confier la responsabilité de parler de son expérience à des enfants à risque. Dans quelques jours, il leur expliquera pourquoi il a été placé dans le Centre et ce qu’il y a appris. Pour le jeune garçon, le RYC n’est pas seulement un centre où les pensionnaires sont privés de liberté et ont droit à des repas sans saveur qui proviennent de la prison.
Jonathan (prénom modifié) a 17 ans. Sans se rendre compte, le jeune adolescent s’apprête à faire de la prévention auprès des enfants à risque. Dans quelques jours, il s’adressera à eux pour leur expliquer ce qu’on attend d’un jeune lorsqu’il est placé au Rehabilitation Youth Center (RYC). Jonathan ne réalise pas la portée de la mission qui lui est attribuée. Ses paroles, son histoire et son opinion sur la réhabilitation d’un mineur en conflit avec la loi peuvent avoir une influence positive sur son jeune auditoire. « Je sais déjà ce que je vais dire aux enfants », confie l’adolescent qui dit avoir « retrouvé la liberté » depuis peu.
Jonathan connaît bien le profil des enfants auxquels il s’adressera. Ces derniers se retrouvent chaque samedi au siège d’une organisation non-gouvernementale pour participer à des activités, le temps de rompre avec leur environnement familial fragile et précaire. « J’entends ce qui se passe au RYC, chez les filles », lance-t-il en souriant. « Mo tann se ki pe pase laba dan linformasion », dit-il. Et de préciser: « Cela ne m’étonne pas. Les filles sont bruyantes et désobéissantes. On pouvait les voir de chez nous. Dès fois, elles se mettaient à une fenêtre, enlevaient leur haut et se mettaient à danser. Nous, on regardait. On est des garçons! »
Avec la médiatisation des frasques des pensionnaires du RYC filles, l’intervention de l’adolescent auprès des enfants tombe à point. Lui, il veut surtout faire passer un message: « Je vais leur dire qu’une fois qu’on entre au RYC, on est obligé de changer pour le meilleur. Il y a des règles de vie qui vous transforment si elles sont respectées. On apprend à vivre en communauté. » Tandis que l’Ombudsperson pour les Enfants, Rita Venkatasawmy, plaide pour la refonte de l’encadrement des jeunes en conflit avec la loi et voudrait que les institutions de réhabilitation ne soient plus rattachées à la prison et au ministère de la Sécurité Sociale pour passer sous la tutelle du ministère de l’Égalité du Genre, Jonathan, lui, voudrait que les pensionnaires, de leur côté, fassent un effort et changent de comportement. 
« À 10 ans, je n’allais plus à l’école, je travaillais »
Dans sa cité où nous l’avons rencontré, Jonathan s’apprêtait à flâner en compagnie d’un ami plus jeune que lui. « Je n’ai pas été travailler aujourd’hui. Je suis trop fatigué. Je travaille tous les jours jusqu’à fort tard le soir, y compris le week-end », dit-il. Depuis qu’il a quitté le RYC, il a trouvé de l’emploi dans une usine, non loin de sa région. Les heures supplémentaires lui permettent d’augmenter son salaire et de subvenir à ses besoins, car le jeune garçon vit seul avec son père. C’est la relation conflictuelle qu’il a toujours entretenue avec ce dernier qui a conduit l’adolescent au RYC. « Lorsque ma mère l’a quitté, j’étais encore très petit. Elle est partie parce qu’il est alcoolique », raconte t-il. Dans un premier temps, il vit avec sa mère et ses deux soeurs: « À 10 ans je n’allais plus à l’école. J’avais pourtant de bons résultats. Et je me souviens d’un enseignant qui disait toujours que j’avais des capacités pour réussir ma scolarité, mais ma mère a préféré me déscolariser. »
Une fois hors du circuit scolaire, Jonathan se met à travailler dans des magasins ou « la kot gaynne », dit-il. Quand sa mère se met à fréquenter un nouvel homme, cela se passe mal entre l’enfant et l’adulte. « Un soir, ça a chauffé entre nous. Ma mère vit dans une petite maison et lui, il était saoul, et je ne voulais pas qu’il entre dans la chambre où dormaient mes soeurs », raconte Jonathan. De retour dans la maison paternelle, les choses ne se passent pas, non plus, très bien entre l’adolescent et son père qui est maçon. « Il lui arrive de boire dès le matin. Et quand il rentre du travail l’après-midi, il se remet à boire. » Les discussions entre eux sont souvent explosives. Pour le jeune garçon, son père « se fait aussi monter la tête par une voisine » avec qui il entretient des relations amoureuses. Un jour, alors que le ton entre père et fils monte de plusieurs crans, Jonathan riposte par des coups. « Mon père a consigné une déposition à la police contre moi », confie ce dernier qui opte alors pour une fugue. « Je ne voulais pas être arrêté », dit-il. Mais conscient qu’il ne pouvait prolonger sa fugue, il s’est présenté au poste de police de sa localité où le jour même, il a été conduit en Cour avant d’être placé au RYC.
« Quand je suis arrivé au RYC, je n’avais rien. L’officier qui m’a accueilli m’a présenté les lieux, puis les pensionnaires ont fait le reste, c’est-à-dire m’indiquer ma chambre, me donner une moitié de pain, du thé à boire et tondre mes cheveux », raconte Jonathan. Grâce à son grand gabarit, dit-il, il n’a pas été victime de brimades. « Les plus petits passent un sale quart d’heure avec les plus anciens. Mais qu’importe l’âge ou la taille, si un pensionnaire reçoit des effets neufs, des biscuits ou même des produits d’hygiène lors des visites, tout peut disparaître! » Quand des bagarres éclatent entre pensionnaires, notre interlocuteur assure qu’il est rare que des officiers interviennent. « Soi zot pa la ou bien zot dir pa zot zafer », affirme-t-il. Et de poursuivre: « N’importe qui peut consulter le livre dans lequel sont inscrits les noms de officiers de service. On sait qui sont laxistes et qui ne le sont pas. Quand ceux qui sont moins autoritaires sont de service, c’est la fête pour les garçons. »
« Si ou anvi sanze laba, ou kapav sanze »
De son passage au RYC, Jonathan retient le rythme de vie au quotidien: « Un jour type au RYC commence par le réveil à 6 heures. S’ensuivent la toilette, le petit déjeuner, le ménage, les cours académiques pour certains, le déjeuner, les cours pour un deuxième groupe, le nettoyage, le rangement, le goûter, la télé, le bain,  le dîner et le sommeil. » Limitées, les activités récréatives existent surtout en périodes festives et de vacances scolaires. « On a l’occasion d’aller à la mer et de recevoir des visiteurs », raconte-t-il. Lorsqu’il était au centre de réhabilitation, sa soeur était la seule à lui rendre visite. S’il concède qu’il n’a pas senti l’absence de ses parents, en revanche, Jonathan regrette la liberté dont il a été privée. « J’ai beaucoup appris au RYC. Si ou anvi sanze laba, ou kapav sanze. Moi, j’ai appris la politesse, la cuisine, et pourquoi il est important d’obéir aux parents. La nourriture que nous envoie la prison n’est pas toujours bonne, mais j’ai appris à préparer la garniture pour le pain et plein de choses encore. À cause de mon départ, je n’ai pu m’inscrire à des cours d’informatique », dit l’adolescent.
Quand il était affecté au service en cuisine et devait déposer des produits alimentaires au RYC filles, il en profitait pour glisser des lettres romantiques à la pensionnaire qui avait fait battre son coeur. « On voit les filles du RYC traverser l’enceinte pour se rendre à l’infirmerie. C’est comme ça que je l’ai vue… »
Le RYC est loin d’être un lieu de vacances et Jonathan tient à le faire comprendre aux enfants qu’il rencontrera bientôt. C’est la raison pour laquelle, à son retour dans sa cité, il dit avoir mis les choses au clair avec son père et fait de son mieux pour ne pas se retrouver en conflit avec la loi. Et c’est seul qu’il affronte ce nouveau départ.