C’est donc après 18 ans que les Jeux des îles de l’océan Indien reviennent en force aux Seychelles, pour le plus grand bonheur de cette population petite de taille certes, mais très grande en termes de passion pour le sport, passion qui frise parfois le chauvinisme. Aux Seychelles, une défaite de l’équipe nationale de football ou de volley-ball prend souvent allure de drame national tellement l’envie de tout gagner est présente. Et ces 8es JIOI qui se déroulent sur leur sol sont comme une bénédiction.
C’est un bonheur retrouvé après 1993 quand le pays avait organisé ses premiers jeux. Nous avons rencontré deux acteurs de 1993 qui nous racontent la première expérience des Jeux aux Seychelles et comment ils vivent ceux de 2011. Bernard Denis était un international en volley-ball et ensuite entraîneur de l’équipe quand il avait raccroché. Il est aujourd’hui responsable technique pour les Jeux. Il nous a livré ses impressions le jour de l’ouverture de ces présents Jeux.
« Le peuple attend beaucoup de ces Jeux, je dirai même beaucoup trop ! Ils s’attendent à ce que les sélections nationales dans toutes les disciplines remportent des médailles, surtout pour les sports d’équipe. Et ils rêvent d’or ! Ensuite, la population s’attend à une organisation parfaite. Elle n’est pas prête à accepter des excuses pour tout manquement. Donc, vous voyez, sur le plan des performances et sur celui de l’organisation, l’espoir est grand et les attentes encore plus. En 1993, c’était différent. Les Jeux étaient pour ainsi dire un facteur d’unité nationale après que le pays soit sorti du système de parti unique. Il y avait l’ambiance de la première fois sans beaucoup d’ambitions. La seule ambition était de se retrouver ensemble, en communion avec la nation. Mais les Jeux 2011 sont tout autant importants pour notre petite nation. On a besoin de ces grands rendez-vous pour nous souder. D’ailleurs, cet événement est l’un des plus importants que notre pays organise, et accueillir plusieurs milliers de personnes autour d’un podium est toujours une fierté. Nous sommes fiers d’accueillir les enfants de l’océan Indien, comme nous l’avons fait en 1993. »
Gonzalve Boniface était, lui, l’arrière central de l’équipe de football des Seychelles en 1993. Aujourd’hui, il est responsable du Stad Popiler à Victoria. Il est submergé par l’émotion en ce 5 août 2011. « J’ai l’impression d’avoir 30 ans de nouveau alors que j’en ai 51 ! Je peux ressentir les mêmes émotions de ces centaines de jeunes qui vont concourir pour une médaille à ces Jeux. Je peux comprendre à quel point ils se sentent heureux d’être dans une communauté des îles de l’océan Indien. Li vreman gout, comme on dit dans notre kreol seychellois, c’est-à-dire que c’est un très bon moment. Un moment de fraternité et de dialogue qui fait rêver. En 1993, nous avions des appréhensions quant à nos capacités à bien organiser les Jeux. On n’avait pas les mêmes moyens qu’aujourd’hui et pourtant c’était une des fêtes les plus inoubliables. C’était la gloire pour nous de constater que les Jeux étaient un franc succès. Je réalise qu’en 2011 aussi, la fierté est intacte. Nous sommes heureux de pouvoir accueillir tous ces peuples de notre région et de leur offrir notre hospitalité. Le seul regret que j’ai, c’est que je ne peux plus aller me placer dans la charnière centrale de cette défense pour donner mon soutien à l’équipe nationale de football ! Je n’y peux rien, 18 années sont passées par là ! »