Le projet Sunref de l’Agence française de développement (AFD) en est à sa troisième édition cette année. Un montant de 75 millions d’euros a été mis à la disposition de deux banques mauriciennes pour le financement de projets verts. À ce jour, plus de 100 millions ont été investis à travers Sunref I et Sunref II. L’engouement des entreprises du privé et de certains individuels se manifeste pour ces financements.

Est-ce que les objectifs fixés par Sunref I et Sunref II ont pu être atteints ?

Pour le projet Sunref I, nous avions déboursé 40 millions d’euros et quatre banques étaient impliquées pour des financements à Maurice, à Madagascar et aux Seychelles. Nous avons financé 180 projets essentiellement sur l’atténuation du changement climatique qui concerne l’efficacité énergétique et l’énergie renouvelable. Notamment, les fermes photovoltaïques. S’agissant du projet Sunref II, nous avons augmenté la somme à 60 millions d’euros et deux banques locales, la State Bank of Mauritius et la Mauritius Commercial Bank, ont financé 350 projets grâce à ce montant. Pour les deux projets de Sunref, nous avons déboursé un total de 100 millions d’euros, soit environ Rs 3 milliards. Et pour le projet Sunref III, nous avons mis à la disposition de ces deux banques 75 millions d’euros au total pour financer des projets relatifs à l’efficacité énergétique et aux énergies renouvelables. Ce montant servira aussi pour la thématique adaptation qui concerne des économies d’eau, l’agriculture intelligente, la restauration des zones côtières et la promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes.

Vous avez lancé la troisième édition du Sunref où un montant de 75 millions d’euros est déboursé pour des projets verts. Êtes-vous confiant que ce montant sera complètement épuisé pour les différents projets que seront reçus ?

Nous avons déboursé 75 millions d’euros suite à la demande des banques. Des financements ont déjà été octroyés par les banques dont l’éligibilité à été agréée par l’AFD. Une fois que l’investissement a été contrôlé par un certificateur qui vérifie qu’il est conforme à ce qui été prévu dans le dossier, on financera les “investment grants”. Nous augmentons le montant de Sunref en fonction des besoins. C’est une discussion avec les banques. Elles nous disent que les acteurs privés mauriciens sont de plus en plus demandeurs et qu’ils souhaitent avoir davantage de financements. Ces financements permettent de financer une ligne de crédit qui apporte les premiers 5% d’“investment grant”. De plus, nous avons une subvention de l’Union européenne qui permet de compléter cette “investment grant”.

Nous observons qu’il y a davantage d’entreprises qui demandent ce financement des deux banques principales du pays. Qu’en est-il des individuels ?

Les entreprises et certains particuliers connaissent Sunref. Nous aurons aussi des actions de conscientisation bientôt.

Depuis que vous êtes à Maurice, pensez-vous que les Mauriciens sont assez conscients de la vulnérabilité de l’île ?

C’est vrai que les Mauriciens doivent être aidés par les politiques publiques. Ces politiques publiques devraient accorder une incitation fiscale ou financière et donner plus d’autonomie à l’énergie mauricienne. Donc, il y a ce besoin de politiques publiques mais aussi cette transformation par les municipalités. Et tant que citoyen, il nous faut être responsable au quotidien des déchets, de l’eau, de l’énergie. Lorsque nous quittons une salle, on arrête la climatisation. Peut-être qu’on doit construire différemment en prenant en compte les aérations naturelles. Si nous construisons avec des matériaux qui sont plus isolants, nous aurons moins besoin de climatisation. Il y a toute une éducation à faire. Nous sommes tous embarqués, les Mauriciens comme les Français ou les Américains, sur cette question. Mais il est vrai que Maurice est très vulnérable car il y a les côtes et les cyclones. Le pays est entouré de mer et le territoire est plutôt petit. La vulnérabilité de Maurice est un grand défi.

Outre les deux thématiques phares du projet Sunref qui sont l’atténuation et l’adaptation, nous notons que l’égalité homme-femme est aussi intégrée. Quelle est la raison d’inclure cet aspect ?

Je me réfère toujours aux dernières informations de l’Organisation internationale du Travail qui estime que s’il y avait une égalité entre homme et femme sur le plan professionnel en 2025, la richesse mondiale aurait augmenté de USD 28 000 milliards chaque année. Cette somme équivaut à la richesse américaine et chinoise cumulée. Si nous arrivons à promouvoir cette égalité, l’ensemble de l’économie se portera mieux et elle sera beaucoup plus durable. Il me semble que, pour faire face à ce défi qui est la lutte contre le changement climatique, l’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes est un acte fort pour apporter cette transformation au niveau des politiques publiques, des entreprises, des banques et des citoyens. Le changement climatique, c’est aussi des économies sur l’eau en prenant une douche à la place d’un bain, en fermant le robinet pendant qu’on se brosse les dents. On sait déjà qu’il existe des inégalités à travers le monde. Donc, pour nous, il est important de promouvoir l’égalité à Maurice.