Le MV Angel 1, vraquier battant pavillon panaméen, transportant 30 000 tonnes de riz pour la Côte d’Ivoire et avec dans ses réservoirs quelque 900 tonnes de mazout, est drossé depuis une dizaine de jours sur les récifs au Nord-Est de Maurice, soit à moins de trois milles nautiques de Poudre d’or. Les premières initiatives en vue de désenclaver ce navire ayant échoué et compte tenu des risques de plus en plus croissants de marée noire, le conseil des ministres de vendredi a pris la décision de solliciter l’expertise sud-africaine en la matière en vue d’éviter une catastrophe naturelle aux conséquences graves pour la faune et la flore autour des côtes mauriciennes.
Avec la mise en place, dès la fin de la semaine dernière, de la première étape du plan anti-marée noire, des manoeuvres extrêmement délicates devaient être entamées à partir de ce matin. N’empêche que la principale difficulté rencontrée jusqu’ici a été l’état démonté de la mer. Ainsi, les bouées spéciales placées depuis vendredi après-midi autour de l’Angel 1, dans une tentative de contrôler toute éventuelle fuite de mazout, ont été malmenées par le mauvais temps, hier matin.
« Nous venons d’apprendre que ces bouées, que la National Coast Guard et le ministère de l’Environnement avaient fait installer autour de la zone sinistrée, se sont retrouvées dans le lagon avec le mauvais temps », faisait-on ressortir au poste de coordination des opérations de renflouage au QG de la NCG, à Les Salines, dans la journée d’hier. La présence de ces Oil Booms vise à contenir dans une zone délimitée toute fuite d’huile lourde du bateau susceptible de causer d’importants dégâts.
Interrogé en début d’après-midi, Alan Jacobsen, de Seatronics (Mauritius), agissant en tant que Salvage Officer sur le théâtre des opérations à Poudre d’Or, a confirmé à Week-End que les premières opérations de pompage d’huile lourde des réservoirs du cargo sont prévues à partir de ce matin. Pour les besoins de cette délicate opération, l’équipe de renflouage avec des spécialistes grecs de la Five Oceans Salvage a négocié l’assistance d’un opérateur mauricien en vue de bénéficier du déploiement de la Minorque, un chaland pour réceptionner l’huile lourde pompée. Cette première étape devrait pouvoir alléger en partie l’Angel 1, qui s’est littéralement « assis » sur les récifs de Poudre d’Or au cours de ces dix derniers jours.
Les spécialistes soutiennent que cette opération de pompage en haute mer comporte des risques et un important dispositif de sécurité et de prévention devra être déployé par la NCG et le ministère de l’Enviromment au terme des dispositions de l’Oil Spill Plan pour parer à toute éventualité. Tout dérapage pourrait se transformer en conséquences écologiques quasi irréversibles sur la côte Nord et Ouest de l’île, principalement à deux hotspots de loisir et de tourisme, Mon Choisy et Flic-en-Flac.
D’autre part, les responsables de l’opération sont dans l’attente de réceptionner des équipements spécialisés, en particulier des Bunker Pumping Equipments pour faciliter les opérations de pompage. Ces équipements, qui ne sont pas disponibles à Maurice, étaient attendus dans la soirée d’hier d’Afrique du Sud à bord du cargo Antonov AN 26 affrété spécialement. « The salviors have been working very closely with the Mauritian authorities since the very beginning, with the primary concern being the protection of the environment », rassure Alan Jacobsen.
Une autre étape de renflouage de ce cargo pourrait être le transbordement des 30,000 tonnes de riz venant de la Thaïlande pour la Côte d’Ivore. Mais le principal problème est d’ordre logistique pour débarquer cette cargaison du vraquier en pleine mer.
Néanmoins, en multipliant les contacts au niveau des différents ports riverains de l’océan Indien, les spécialistes de la Five Oceans Salvage pourront compter sur deux remorqueurs de capacité renforcée pour renflouer l’Angel 1, prisonnier des récifs de Poudre d’Or.
Ainsi, sont attendus samedi prochain un remorqueur d’une capacité de 8,000 chevaux vapeurs, le Mahanwara venant du Sri Lanka et le N’Donegi de 2,200 chevaux vapeurs du Mozambique. Dès le week-end prochain, ces remorqueurs entreront en opération en vue de tracter l’Angel 1 jusqu’à Port-Louis pour des réparations majeures, que ce soit à la coque ou aux moteurs, de la salle des machines noyée jusqu’ici par au moins dix mètres d’eau.
La Five Oceans Salvage maintient des contacts avec des spécialistes du renflouage de cargo,  que ce soit en Europe ou aux Emirats arabes unis, au cas où de nouveaux équipements plus pointus seront nécessaires pour achever le travail. Ces avions-cargo privés sont également en stand by pour des rotations d’urgence sur Maurice. Néanmoins, l’étape de l’opération de pompage d’huile lourde, exigée par les autorités mauriciennes, s’avère être cruciale pour la suite des événements.
L’Angel 1 s’est retrouvé enclavé dans les récifs de Poudre d’Or suite à un emergency anchorage en raison d’une panne alors qu’il croisait au nord-est de Maurice, vendredi de la semaine d’avant. Pour des raisons à être déterminées, le cargo a dérivé pour se retrouver dans une position inextricable au large.
Mais en début de semaine dernière, la gravité de la situation devait pousser à la mise sur pied d’une cellule de crise comprenant les représentants de la NCG, du Directorate of Shipping et du ministère de l’Environnement pour assurer un monitoring systématique de la situation.
L’arrivée des spécialistes grecs a également souligné l’urgence et la gravité du problème. En cours de semaine, une tentative de renflouage avec l’intervention du remorqueur Sir Gaëtan Duval ne devait pas donner les résultats escomptés.
Avec de graves problèmes pour contrôler la voie d’eau dans la coque du cargo, la salle des machines a été littéralement noyée avec pour conséquence directe une interruption de la fourniture d’énergie électrique à bord. La majorité des membres d’équipage, 28 au total, principalement des ressortissants des Philippines, fut évacuée dès mercredi.
Jusqu’à la fin des opérations, probablement en début de semaine prochaine, les autorités mauriciennes, y compris les écologistes et les opérateurs de l’industrie touristique, resteront sur leurs gardes contre tout risque de pollution.