Depuis huit ans, elle présente tous les dimanches matins « Eclats de vie », l’émission télévisée faite par et pour les personnes du troisième âge. Autrement dit, ceux qui ont plus de trois fois vingt ans et que l’on appelle maintenant les seniors. Voici le portrait de leur vedette locale, Anita Lalanne.
Avant d’avoir une première fois vingt ans Anita, née Aliphon, faisait déjà de la télévision, après un très bref passage dans la presse écrite. Au couvent de Lorette de Rose-Hill, où elle a fait ses études, Anita aimait à écrire et avait pour petit copain un typographe du Cernéen qui lui présente Jean-Pierre Lenoir, rédacteur en chef du journal. « Je lui ai dit que je voulais écrire et un jour il m’a demandé un papier de mon vécu d’adolescente sur le transport et je l’ai fait. J’ai écrit plusieurs petits papiers pour le Cernéen avant que la mère de mon petit copain de l’époque me dise qu’elle me voyait bien à la télévision. Et comme son voisin était Yacoob Bahemia, alors directeur des programmes de la MBC, elle me l’a présenté. Il m’a proposé de venir faire un voice and screen test qui s’est révélé concluant, puisqu’il m’a envoyé suivre des cours avec Pierre Ponti qui m’ont beaucoup plu. Par ailleurs, j’étais surveillée de près, à l’oreille, par Max Moutia qui était un ami de mon grand-père. J’étais « coachée » pour mon premier passage à l’antenne par Jacques Cantin. Je me suis retrouvée seule au micro de la radio et j’ai dû, sans aucune préparation, lire les informations de la mi-journée à la télévision. C’est comme ça que je suis devenue présentatrice de la radio et de la télévision et qu’on m’a choisie pour une grande première télévisée. » En effet, elle est désignée pour présenter le premier journal télévisé avec des images par satellite avec Pierre Ah Fat. « Le directeur général de la MBC, M. Jean-Roland Delaître, était également sur le plateau pour cette première. Ce soir-là, Pierre Ah Fat et moi on s’était trompés de papier et, comme nous étions en direct, je lui ai envoyé discrètement son papier derrière le dos de Jean-Roland Delaître pendant l’émission, sans que les téléspectateurs s’en aperçoivent. » Avec le recul, Anita résume ainsi cette période de sa vie : « J’étais jeune — je n’avais que 17 ans quand j’ai commencé à faire de la télé —, j’ai eu de bonnes et de mauvaises expériences qui m’ont, quand même, servi par la suite. » Après ses études secondaires, elle décroche une bourse d’études et se rend à Paris pour faire un diplôme en lettres modernes. « Je n’ai pas aimé Paris, les gens, l’ambiance et je me suis paumé. Un an après, j’ai arrêté les études pour rentrer à Maurice, au grand désespoir de mes parents. » Au lieu de retourner à la télévision, Anita change de mode de vie, va travailler « normalement », épouse Gilles Lalanne, un séduisant concessionnaire de voitures, fait trois enfants et les fait grandir. « C’était une étape magnifique dans ma vie de m’occuper de mon mari, de ma maison, de voir grandir mes enfants et de travailler comme tout le monde de 9 heures à 16 heures dans le marketing et la communication en dehors des horaires décalés qu’impose la télévision. » Mais quinze ans après, l’appel du micro se fait entendre et Anita propose sa candidature pour travailler dans la première radio privée mauricienne, Radio One. Pourquoi ce retour à la radio après quinze ans d’absence ? « C’était sans doute un besoin qui attendait le moment de s’épanouir, d’être satisfait. L’avènement de la radio privée a été quelque chose de très important pour les Mauriciens. On y a beaucoup cru. » Est-ce qu’après quinze ans de vie d’épouse et de mère on a la même énergie pour faire de la radio ? « On n’a certainement pas la même énergie. Mais entre-temps on a pris de la maturité qui sert à rebondir, à envisager les choses différemment. Ma candidature a été acceptée et j’ai fait partie de l’équipe de lancement de Radio One qu’on appelait justement la dream team. Il y avait Jean-Michel Fontaine, Jean-Luc Mootoosamy et les autres. J’ai vécu un grand moment de passion professionnelle. Si j’avais raté cette première année de Radio One, j’aurais beaucoup raté dans ma vie. C’était un grand moment, qui comme tous les autres grands moments a été suivi de la déception. Ou que l’on soit, on peut être déçue par l’institution, mais il y a toujours des individus qui donnent de la valeur à tout ça. » Pourquoi quittez-vous cette radio un an après : elle était moins libre qu’on le disait ? « Je ne dirais pas ça. Mais Jean-Michel Fontaine est parti avec d’autres, la première équipe n’existait plus. L’esprit n’est plus le même, j’ai préféré m’en aller. » Avec le recul du temps, que faut-il penser des radios privées ? « Je trouve que toutes se ressemblent, font la même chose, abondent dans le sens qu’il faut. »