On connaissait la Lady in Red de Chris de Burgh, mais Anne Roumanoff est indéniablement la Lady in Red de l’humour. Tenue vestimentaire assortie à un verbiage écarlate pour une grande dame qui a assurément du mordant. C’est dans l’actualité que l’humoriste a versé hier soir au J&J Auditorium de Phoenix, avant de partir dans l’improvisation ou de jeter un regard acéré sur les travers de la société. Le tout avec du tact, de la finesse… N’est-ce pas d’ailleurs précisément ce qui fait tout le charme de l’humoriste ?
Sous une salve d’applaudissements, Anne Roumanoff a fait son entrée sur la scène du J&J Auditorium, à Phoenix hier soir, en questionnant le public : « Est-ce que ça va ce soir ? Ki position Maurice ? Mo mari contan mo la. » Elle raconte ensuite ses origines, se moque de son physique « un peu hybride »,  de ses « petits yeux bridés », de son « bassin méditerranéen ». Tout en expliquant qu’elle n’a que 47 ans et qu’elle s’attend à ce qu’on lui dise : « Ah bon, tu ne les fais pas. » Puis évoque la vie et la jeunesse, lançant : « Aujourd’hui, un jeune te dira, maman, j’ai couché avec lui, mais ne t’inquiète pas, je ne l’aime pas. » Tout en finesse, on le disait. Car l’humour noir n’est pas la tasse de thé de la dame en rouge. L’humoriste française donne plutôt dans « l’humour coloré ». Du rouge pour la circonstance, une couleur qui évoque la passion, la colère. Une couleur dont elle se farde et qui, finalement, se « conjugue » à tous les… teints.
Avec Anne (Rouge) Manoff (nom de son spectacle), on reste toujours dans le descriptif. Avoir du rouge aux joues quand on est amoureux, virer au rouge pour exprimer sa colère… C’est comme ça qu’Anne joue avec son public.  
Au vu de son spectacle, un qualificatif se détache : étonnant ! Étonnant en effet le jeu de scène d’Anne Roumanoff hier soir. Étonnant cette facilité déconcertante que l’artiste a à alterner ses sketchs, inspirés qui plus est de la vie de tous les jours, entremêlés d’une  satire politique qui, forcément, fait largement sourire. L’humoriste ironise de tout avec un savoir-faire là encore étonnant. Quand elle entame son sketch La Classe, on ne se plie pas en deux, mais en quatre. Surtout en entendant le nom de ses élèves : Ségolène, Nicolas, François… On devine rapidement de qui il s’agit. L’artiste fera même un pied de nez à notre actualité politique locale en appelant un de ses élèves Varma et en lui rappelant : « Varma, est-ce que tu oublies tous ces dictons qui nous rappelle que qui reçoit des pots-de-vin doit faire taire les témoins ? » Ce qui déclenche un fou rire général dans la salle.
Anne Roumanoff se moque aussi, gentiment cependant, des gens qui râlent sur leur poids, sur le diktat des régimes. Et elle en joue bien, mais sans surjouer, contant l’histoire de ce « coach de bien-être intérieur », expliquant comment « évacuer ses toxines » en prenant un spectateur au hasard dans la salle. Le sketch est tellement bien ficelé que le public ne peut retenir ses fous rires. Elle lancera même : « Roumanoff tout correct au moins pas cose Navin. »
Son atout, sa carte maîtresse : la dérision, l’art de titiller le public. Anne Roumanoff a ses mots à elle et ne donne pas forcément dans le romantisme. Pas la peine d’endosser le costume de transformiste pour se retrouver dans la peau de la bouchère ou de l’ado. Et dans l’épisode de DSK, elle s’éclate. Des thèmes nombreux, c’est vrai, mais Anne passe d’un sketch à l’autre avec une facilité déconcertante, parvenant à chaque fois à captiver son auditoire.
Avec son célèbre petit sourire au coin des lèvres, Anne séduit. Elle n’est pas dupe, le public, il faut le conquérir. Et ce dernier la suit, se délecte de ses blagues.
La dame en rouge est une observatrice de la vie, une humoriste en quête de renouvellement. Ce qui plaît dans son approche, c’est sa constance, son travail de terrain. Son humour serait moins pétillant sans sa gestuelle. Le visage expressif, les yeux malicieux, elle fait mitonner ses sketchs en invitant même certains spectateurs à la rejoindre sur scène. L’ensemble de son spectacle repose d’ailleurs sur l’osmose de textes parfaitement construits et distillés avec, en filigrane, une petite touche écarlate.
Son spectacle est conçu sur un fil, rouge bien entendu, et en parfaite équilibriste, Anne Roumanoff parvient à garder l’équilibre jusqu’au bout. Son succès, elle le dira sans détour, c’est elle qui se l’est construit. « Roumanoff ne couche pas pour réussir, elle réussit pour coucher. »
Plus qu’un simple divertissement, le spectacle livré par Anne Roumanoff prouve la force de l’humour au féminin quand il est pratiqué dans l’art et dans la finesse. Vivement un prochain spectacle de la dame en rouge. Dommage finalement qu’ils n’aient pas été nombreux à avoir fait le déplacement, car Anne aura non seulement fait rire, mais aura également su toucher bien des coeurs par sa simplicité.