MONIQUE DINAN

C’est l’occasion en ce début d’année de souligner la présence depuis 1930 du premier hebdomadaire que le pays a connu. La Vie Catholique a su trouver sa place au sein de la presse mauricienne pour être une plateforme de rencontres et de convivialité. Faisons un rapide parcours des 50 premières années de cet hebdomadaire afin que la jeune génération découvre sa contribution positive dans l’histoire du journalisme dans notre pays.

L’initiative de lancer le journal revient à Mgr James Leen, qui a confié à l’Union Catholique, et plus particulièrement à M. Loïs Lagesse, la responsabilité du journal, avec le souhait qu’il a formulé dans la première édition : « Puisse votre feuille pénétrer dans toutes les familles mauriciennes. » En 1937, le responsable de l’hebdomadaire épinglait les trois fléaux de la société – porno, opium, tripots – pratiquement les mêmes qu’aujourd’hui. 

Durant la Seconde Guerre mondiale, l’hebdomadaire a pu continuer à paraître, malgré la pénurie de papier et d’argent, grâce aux publicités qui font voir que les produits comme le Thé Bois Chéri, le Kraft Cheese, les Biscuits Rault, la Crème Tokalon et le Sanatogen étaient déjà en vente dans notre pays.

La Vie Catholique est resté pendant 30 ans le seul hebdomadaire dominical; ce n’est qu’en 1955 que parait le Mauritius Times, en 1961 Le Dimanche, en 1963 l’express et en 1966 Week-End. Le livre que j’ai écrit en l’an 2000 – La Vie Catholique Mémoire, Miroir – permet de passer en revue les progrès, mais aussi les problèmes rencontrés par la presse dans notre société au cours des décennies passées.

Notons les contributions respectives du Père Eugène Dethise, arrivé dans le pays en 1946 et qui a beaucoup collaboré dans le journal avec une plume incisive et des bons plans de France de la Giroday, cette femme au grand cœur et aux multiples talents qui a beaucoup contribué au progrès des Mauriciennes et responsable de l’hebdomadaire durant 16 ans (1952-1968), d’Amédée Nagapen (1968 -1970) et du Père Henri Tostée (1971-1977) avec ses six ans d’éditoriaux percutants alors que le pays vit une grande période d’agitation sociale.

Il y a même eu un exemplaire – T’ien Chu Sheng Huo – qui voulait être une réplique de La Vie Catholique en langue chinoise.

1961 : une première messe rassemble la presse mauricienne à laquelle assistaient le ministre de l’Éducation, A. Beejadhur, et M.K. Hazareesingh, chef du Bureau de l’Information. 

1962 : l’homélie de la deuxième messe, réunissant la presse à la Cathédrale, est prononcée par le père Henri Souchon, nouvellement ordonné, qui parle du respect de la vérité. Rédacteurs en chef, journalistes, typographes et vendeurs de journaux sont tous réunis pour la célébration et le thé qui suit.

1967 : la presse s’organise pour un code d’éthique professionnel auquel adhèrent les 13 journaux du pays. La Vie Catholique du 2 juillet 1967 en fait état. « Des liens se raffermissent au niveau de la profession, ce qui n’empêche pas toutefois des divergences profondes d’opinion qui donneront lieu à des polémiques. L’association de la presse mauricienne, qui regroupe tous les titres locaux –Action, Advance, Le Cernéen, China Times, Citoyen, L’express, Le Mauricien, Mauritius Broadcasting Corporation, Mauritius Times, La Vie Catholique, La Voix de l’Islam, Week-End –, travaille sur un document commun et présente, le 29 juin 1967, un code d’éthique professionnel de la presse mauricienne. »

1980 : à l’occasion de son jubilé d’or, La Vie Catholique organise un forum ouvert au grand public, sur le thème « La presse, 4ème pouvoir de la société », au Centre Social de Marie Reine de la Paix. Il réunit, en présence de Mgr Jean Margéot, quelques grands noms des médias mauriciens : M. B. Ramlallah du Mauritius Times, Lindsay Rivière du Mauricien, Jean-Clément Cangy du Mauricien, Jean Delaître de la MBC/TV et Roger Merven du monde de la publicité. Ceux-ci ont échangé leurs points de vue sur le rôle de la presse. 

1990 : à l’occasion des 60 ans de présence de La Vie Catholique dans le pays, l’invité spécial est Noël Copin, rédacteur en chef du quotidien La Croix, en France. La conférence débat qu’il est venu animer pour tous les journalistes de la presse mauricienne s’est terminée le dimanche matin par une messe à la Cathédrale. Cette célébration annuelle, qui s’est poursuivie sur plusieurs années avec le père Henri Souchon comme rassembleur, a permis de resserrer les liens entre les journalistes qui vivaient des moments difficiles avec le pouvoir.

Les 90 ans de La Vie Catholique pourraient être l’occasion de réunir la presse autour d’une célébration commune pour que les journalistes qui sont à la fois – les témoins, les justiciers et les prophètes – renouent avec la belle tradition de la messe annuelle des années 90 et prient ensemble pour qu’il y ait moins de violence dans le pays. Les journaux locaux ont toujours occupé une place de choix dans la définition des valeurs et l’opposition aux contre-valeurs de notre société.