Cela fait 18 ans que l’Atelier Mo’Zar accompagne les jeunes pour une intégration à travers la musique. Cet événement sera dignement célébré au restaurant Le Sapin à Rose-Hill la semaine prochaine. L’occasion pour nous de revenir sur ce parcours où l’on a vu des jeunes de Roche-Bois grimper les échelons jusqu’au Conservatoire de Paris ou occuper les scènes des grands hôtels de Dubaï…
2 février 1996 : le saxophoniste José Thérèse, qui venait de rentrer au pays après une formation et une carrière au Danemark, concrétise son rêve de lancer une école de musique pour les enfants démunis à Roche-Bois. Après discussions avec Marcel Poinen qui l’aide à la mise en place de cette structure, il décide de l’appeler Mo’Zar, un jeu de mot de la langue créole qui rappelle le nom du grand compositeur. « Nous n’avions même pas assez d’argent. À travers Marcel, nous avions obtenu Rs 250 000 d’un fonds contre l’exclusion et j’ai dû y ajouter mes économies pour acheter des instruments pour les enfants », se rappelle José Thérèse.
Dix-huit ans plus tard, l’Atelier Mo’Zar est reconnu pour l’excellent travail entrepris auprès des jeunes qui, souvent, n’arrivent pas au bout de leur parcours scolaire, mais brillent sur la scène musicale. « Nous avons formé environ 2 000 jeunes à ce jour. La plupart sont devenus des professionnels et jouent dans les grands hôtels à Maurice ou à l’étranger », dit José Thérèse.
Les citer tous serait impossible, mais certains se sont démarqués, à l’instar de Mike Lapierre et Jérôme Arele qui préparent un doctorat au Conservatoire de jazz de Paris. « Des personnes m’avaient reproché d’avoir abandonné ma carrière au Danemark pour retourner à Maurice. Mais j’avais ce projet à coeur et j’étais confiant que cela allait marcher », ajoute José Thérèse.
Le « trésor » d’Ernest Wiehe
Pour cela, l’instigateur de l’atelier était conscient qu’il fallait s’entourer d’autres passionnés. « Nous avons eu la chance d’avoir quelqu’un comme Ernest Wiehe qui a mis au point une méthode pour aider les enfants à apprendre la théorie. Il ne faut pas oublier que beaucoup parmi sont en échec scolaire ou n’ont pas terminé leurs classes. Pour leur apprendre à lire la musique, Ernest avait une méthode spéciale. C’est un trésor qu’il nous a légué. »
Aujourd’hui, les jeunes de l’atelier peuvent compter sur le professionnalisme de Philip Thomas, Kursley Pytambar et Momo Manancourt qui ont pris le relais.
Pour ce 18e anniversaire, José Thérèse souhaite voir la concrétisation de l’Espace Mo’Zar, la nouvelle école à Mer-Rouge, dont la première pierre a été posée il y a… 10 ans. « Faute de financement, nous n’avons pu terminer la construction plus tôt. Rotary International ayant accepté de nous venir en aide, nous comptons concrétiser ce projet d’ici novembre 2014. »
Avec ce nouvel espace qui permettra d’accueillir plus d’élèves, l’Atelier Mo’Zar débute également des hobby courses à l’intention de ceux qui souhaitent apprendre à jouer d’un instrument, sans nécessairement avoir une formation théorique. « Ce sera aussi une manière de lever des fonds pour financer nos projets. »
Jumelage avec la Durban School of Music
Pour gérer tout ceci, José Thérèse a engagé un Project Coordinator, en la personne de Yann Durhone. Car L’Espace Mo’Zar sera appelé à devenir une adresse incontournable avec son auditorium et son studio, entre autres.
Déjà, avec la signature d’un accord entre l’atelier et la Durban School of Music, spécialisée dans le domaine du jazz, de nouvelles opportunités s’offriront aux jeunes. « Le Chef d’orchestre de la Durban School of Music était à Maurice. Il voulait collaborer avec une école mauricienne et Alain Gordon-Gentil l’a mis en contact avec nous. Grâce à cet accord, nos élèves pourront prendre part à leurs examens de jazz. »
Par ailleurs, en collaboration avec la MCB Forward Foundation, une antenne de l’Atelier Mo’Zar verra bientôt le jour à Mahébourg. « C’est un projet qui sera financé par la MCB, nous ferons le lancement probablement pour la fête de la musique en juin. »
En parallèle, le Big Band de Mo’Zar participera à divers concerts à Maurice et à l’étranger, dont celui du festival mondial du jazz. Récemment, la formation a joué à La Réunion et à Madagascar, entre autres.
Au bout de ce long parcours, José Thérèse dit être un homme heureux. « Je n’ai aucun regret. Même si j’ai dû sacrifier ma carrière pour ces jeunes, ils m’ont donné beaucoup de satisfaction. »