La société Oy King Sar Chan, soit celle au sein de laquelle les membres de la communauté Chan se regroupent, fête cette année ses 70 ans. L’occasion pour son secrétaire, Yves Chan Kam Lon, de parler de l’histoire des premiers Chan qui sont venus à Maurice et de l’instauration de la “Kwon”, soit la “société” en chinois.
Arrivés à Maurice après les Cantonais mais avant les Fukiens, les premiers Chan, des Hakkas de Moyyen, ont foulé le sol mauricien pour la première fois en 1860, en tant qu’« émigrés libres », indique le secrétaire de la société. Les Chan, dit-il, font partie d’une des communautés chinoises les plus importantes à travers le monde en termes de nombre.
Vivant en terre inconnue, ces immigrés décident de s’organiser. Mais c’est seulement plusieurs années après, en 1945, que la Oy King Sar Chan voit le jour. Une initiative de quatorze de ses membres pour venir en aide aux leurs. « C’était une société mutuelle pour venir en soutien aux membres de la “tribu Chan” – pour une traduction littérale de l’appellation », affirme Yves Chan Kam Lon. Ses objectifs de départ : « Aider les handicapés, les divorcés, les pauvres, donner une éducation à ceux dont les parents ne pouvaient le faire mais aussi accueillir les membres de la communauté Chan qui, en route vers une nouvelle destination, étaient en transit à Maurice. La société leur proposait alors un lieu de ravitaillement et un logement avant qu’ils ne repartent. Aujourd’hui, nous avons encore quasiment tous les objectifs de départ et depuis 2004, nous avons rajouté la promotion des activités de loisirs et de sports sains pour l’épanouissement des membres. »
Yves Chan Kam Lon poursuit : « La Kwon était le centre nerveux de la communauté. C’était le point de ralliement pour les commerçants issus de la famille Chan. Ils stockaient leurs marchandises ici. Ils louaient ensuite un transport en groupe pour faire acheminer leurs marchandises dans les boutiques disséminées à travers le pays. À la Kwon, ils discutaient affaires. La société avançait de l’argent à ceux qui étaient dans le besoin. Parfois, certains dormaient sur place, ils pouvaient y manger pour pas cher, y jouaient au mah-jong ou au Penkim, un jeu de cartes. Jusque dans les années 60-70, la Kwon servait aussi pour les préparatifs du mariage comme l’annonce faite dans les journaux ou la réception des Fung Paw destinés aux mariés. Elle était aussi utilisée pour les veillées mortuaires car auparavant, il n’y avait pas de kitlok. »
Notre interlocuteur souligne que, jusqu’à tout récemment, « selon les traditions, à chaque nouvelle naissance d’un garçon, le nom de celui-ci était envoyé à Moyyen, d’où nous sommes originaires et il était inscrit à la Pagode Chan, dédiée à la communauté ». « Malheureusement, maintenant, tous les aînés qui pouvaient effectuer cette tâche n’y sont plus », soutient Yves Chan Kam Lon dont le père avait cette responsabilité. Ainsi, la société souhaite que la nouvelle génération prenne la relève. Notre interlocuteur en profite pour nous expliquer que les trois composants de l’identification d’un Chinois, en prenant son propre nom, reposent en premier sur le nom du clan, dans son cas, “Chan”, la génération qu’il représente, “Kam”, et l’identification de l’individu, “Lon”. « Aujourd’hui, on ne répertorie plus les noms de la même manière », dit-il.
Yves Chan Kam Lon, qui assure le poste de secrétaire depuis 2004, indique qu’à ses débuts, la société louait un emplacement à rue La Reine à Port-Louis. « Elle avait aussi acheté un terrain à la rue Léoville l’Homme et en 1948, grâce à la cotisation des membres, elle y a construit un bâtiment. Le siège de la société s’y trouve encore aujourd’hui ». Elle compte 300 membres, chacun représentant une famille. Elle célèbre deux événements majeurs annuels : le Nouvel an chinois et la fête des morts. Alors qu’auparavant elles étaient réservées aux hommes, depuis 2004, les épouses et les filles de la communauté et leur époux sont aussi invités aux célébrations.
Aujourd’hui, la société souhaite faire des recherches et répertorier le nombre de personnes appartenant à cette communauté à Maurice et établir des liens avec ceux qui sont à l’étranger. Elle se donne aussi pour objectif de raffermir ses liens avec le pays d’origine, la Chine et d’établir des fonds appropriés pour les atteindre. « On souhaite recruter de nouveaux membres et faire prendre conscience à la jeune génération que la société leur appartient ». Les membres exécutifs se rencontrent une fois tous les mois.