Le ministre des Finances et du Développement économique a annoncé à la presse ce matin à l’hôtel Westin, Balaclava, que le Budget 2015 qu’il présentera le 23 mars prochain mettra beaucoup d’emphase sur l’investissement dans les pays de la région, en particulier ceux d’Afrique. Vishnu Lutchmeenaraidoo a également évoqué le projet de création d’un Mauritius Gold Fund dans lequel le grand public pourra investir.
Ces annonces ont été faites en marge de la participation du Grand argentier à la cérémonie d’ouverture d’une conférence de haut niveau organisée conjointement par le Département de Recherches du Fonds Monétaire International, le Département pour le Développement International du Royaume Uni et l’Africa Training Institute du FMI, dont le bureau se trouve à Maurice. La conférence, qui a été inaugurée par le ministre des Finances et le premier Managing Director adjoint du FMI, David Lipton, est axée sur le thème « Gérer les flux de capitaux : les leçons à tirer des pays émergents par les pays classifiés comme des Frontier Economies ».
Dans sa déclaration à la presse suivant l’ouverture officielle de la conférence, le Grand argentier, évoquant la présentation prochaine du Budget 2015, a indiqué qu’une attention particulière sera accordée au « rôle crucial » que Maurice peut jouer en tant que plateforme financière régionale pour canaliser les flux de capitaux vers la région. La machine économique mondiale, a observé Vishnu Lutchmeenaraidoo, est encore grippée malgré les grosses injections de capitaux pompées par les institutions financières internationales et les banques centrales. La croissance tarde à venir, a-t-il fait comprendre. Alors que l’on pensait que les capitaux injectés allaient faire remonter l’inflation, c’est au « monstre de la déflation » qu’on doit faire face.
Dans son allocution inaugurale à la conférence du FMI, Vishnu Lutchmeenaraidoo a fait ressortir que Maurice, en tant qu’économie tournée vers l’exportation, s’est aussi retrouvée devant un flux de capitaux avec pour résultats une appréciation de sa monnaie locale et des fondamentaux économiques affectés qui ont influé sur la croissance. Le pays, dit-il, s’évertue à protéger au mieux son économie des retombées néfastes de la crise financière. Maurice a effectivement oeuvré pour que sa dette extérieure en pourcentage de sa dette totale soit maintenue au niveau le plus bas possible. Le pays n’a presque pas de dette extérieure à court terme, les flux de capitaux étrangers à la Bourse de Port-Louis représentent moins de 10 % de la capitalisation totale du marché et, par ailleurs, des efforts sont faits pour les réserves en devises demeurent à un niveau confortable.
Pour Vishnu Lutchmeenaraidoo, cela ne veut pas dire que le pays est totalement protégé contre des chocs financiers exogènes. Il a parlé des risques que représentent les flux de capitaux notamment quand ceux-ci déclenchent des crises financières avec des conséquences économiques graves. Exprimant un point de vue personnel, il s’est demandé si la solution ne se trouverait pas dans la mise en place d’une forme de contrôle mesuré des flux de capitaux. Il a demandé aux participants de réfléchir à la question surtout dans un contexte où on s’aperçoit que les mesures monétaires prudentielles ne suffisent plus pour juguler une crise financière. Plus tard, dans sa déclaration de presse suivant son discours d’ouverture, le ministre des Finances a tenu à préciser que Maurice n’a pas l’intention d’avoir recours à quelconque forme de contrôle des capitaux.
Sur la question de l’or, Vishnu Lutchmeenaraidoo, qui avait prôné dans le passé des investissements massifs dans ce précieux métal, a soutenu que « l’or demeure comme une police d’assurance surtout à une période où on doit faire face à la volatilité des devises ou de sa monnaie ». « J’avais préconisé dans le passé qu’on investisse environ 50 % de nos réserves dans l’or. Si on l’avait fait on aurait réalisé des profits massifs de plusieurs dizaines de milliards de roupies ».
Le ministre a dans la foulée annoncé que la Banque de Maurice fera des placements conséquents dans l’or. Une délégation mauricienne se rendra bientôt en Australie pour des contacts avec la société Perth Mint pour évoquer ces investissements et le stock des réserves en or. Vishnu Lutchmeenaraidoo a fait état également de l’étude entreprise conjointement par le ministère des Finances et la Banque de Maurice pour la création d’un Mauritius Gold Fund dans lequel les citoyens pourront avoir une participation avec des garanties offertes par la BoM concernant leurs investissements. Le fonds en question serait éventuellement coté en bourse. Selon Vishnu Lutchmeenaraidoo, les profits réalisés sur les transactions boursières ne seront pas imposables.