Un village modèle d’esclaves à Trou-Chenille, au Morne, sera créé d’ici la fin de l’année. C’est ce qu’a annoncé hier le Premier ministre et ministre du Tourisme Xavier-Luc Duval à la municipalité de Port-Louis lors de la cérémonie de lancement d’une publication de Benjamin Moutou consacrée à la contribution des esclaves au développement économique du pays. Le ministre a par la même occasion indiqué qu’un bâtiment, situé à proximité de l’Aapravasi Ghat, a été identifié pour abriter le musée des esclaves. Le choix initial de l’hôpital militaire a été abandonné en raison de l’investissement considérable qui serait nécessaire pour la rénovation du bâtiment.
La cérémonie d’hier a été l’occasion pour Xavier-Luc Duval de rappeler que l’esclavage, considéré aujourd’hui comme un crime contre l’humanité, a été marqué par la souffrance et le sacrifice. Toutefois, a-t-il insisté, il ne faut pas oublier que les infrastructures de bases au début de la colonisation de Maurice ont toutes été l’oeuvre des esclaves. « Entre 1638 et 1835, durant toute la durée de l’esclavage, tous les travaux manuels à Maurice étaient principalement réalisés par les esclaves. Les colons n’avaient pas le droit de se livrer à de tels travaux et opéraient comme contremaître, superviseurs, etc. Par conséquent, tous les travaux d’infrastructures de l’époque, à savoir rues, canaux, édifices, églises, citadelles et cheminées, étaient l’oeuvre des esclaves », a relevé le Premier ministre adjoint.  
« Nous ne pouvons effacer l’histoire mais nous pouvons honorer la mémoire de ceux qui y ont activement participé. Et les esclaves font partie de ceux-là », a-t-il observé. Tel est le but de la publication de Benjamin Moutou, qui avait participé aux travaux de la Commission Justice et Vérité, présidée par Alex Boraine. Il s’agit dès lors de rendre hommage à tous ceux qui se sont sacrifiés pour apporter leurs pierres au développement de l’île Maurice.
Xavier-Luc Duval a proposé à Benjamin Moutou de réaliser un recensement de tous les édifices, rues et ponts réalisés par les esclaves. Il a souligné que beaucoup de bâtiments sont déjà très connus, dont la maison du gouvernement, le château du Réduit, les murs des Casernes centrales et ceux de la Citadelle. « On pourrait apposer une plaque sur ces édifices pour rappeler qu’ils ont été réalisés grâce à la sueur des esclaves », a estimé Xavier-Luc Duval. Ce dernier a par la suite rendu hommage à sir Anerood Jugnauth pour avoir proclamé le 1er février jour férié. Cependant, selon Xavier-Luc Duval, un jour n’est pas suffisant pour rappeler la contribution des esclaves au développement de l’économie mauricienne.
Évoquant l’ouverture de l’accès au public à la montagne du Morne pour la première fois depuis son accession au patrimoine mondial de l’humanité, Xavier-Luc Duval a affirmé que « cela a été rendu possible grâce à Showkutally Soodhun, qui a mis un morceau de terres de l’État à la disposition du Morne Heritage Trust Fund ». Les Mauriciens auront désormais la possibilité de gravir la montagne accompagnés d’un guide sans l’obligation d’une autorisation des propriétaires des terrains alentours. « Ce site de l’Unesco est un symbole de la lutte pour la liberté », a  rappelé le ministre du Tourisme.
D’autre part, l’aide sud-africaine a été sollicitée en vue de la création d’un village modèle dans les environs de Trou-Chenille. Xavier-Luc Duval a rappelé que, lors de la commémoration de l’abolition de l’esclavage, un village de ce type avait été aménagé sur la plage du Morne. Cette fois, les habitants seront remplacés par des personnages artificiels.
Par la même occasion, Xavier-Luc Duval a révélé que son ministère est en négociation avec United Docks afin de pouvoir utiliser un bâtiment à côté de l’Aapravasi Ghat pour accueillir le musée de l’esclavage. Cet endroit, selon le ministre, est idéal « car il ne faut pas oublier que les esclaves aussi bien que les travailleurs engagés, ont débarqué à Maurice dans la région portuaire à Port-Louis ».
Benjamin Moutou s’est pour sa part longuement appesanti sur la contribution des esclaves à l’économie mauricienne. Il a rappelé que si après l’abolition de l’esclavage les esclaves ont quitté la plantation, beaucoup ont continué à travailler dans les usines sucrières en tant qu’artisans. « Les travaux les plus durs, comme la pêche, ont toujours été confiés aux descendants d’esclaves », a-t-il souligné. À une époque plus récente, Benjamin Moutou a relaté les débuts difficiles de la zone franche industrielle et de l’industrie touristique. « On parlait alors de zone franche, zone souffrance. Et il y avait beaucoup de préjugés pour ceux travaillant dans l’industrie touristique. Les jeunes filles créoles descendantes d’esclaves ont été les premières à s’engager dans les nouvelles entreprises industrielles et dans les établissements hôteliers », a-t-il déclaré.