Le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Xavier-Luc Duval, a lancé officiellement ce matin deux nouvelles mesures visant à encourager les entreprises exportant vers le marché africain : la subvention du coût du fret ainsi que celle des primes d’assurance-crédit. Ces mesures, a-t-il souligné, sont les deux dernières à être introduites dans le cadre de l’Africa Strategy de 2013 et l’Enhanced Africa Strategy de 2014. Il a également annoncé qu’il dirigera, la semaine prochaine, une mission mixte secteurs public-privé d’une trentaine de membres, au Ghana où des possibilités de coopération économique seront discutées.
Le coût du fret entre Maurice et de nombreux pays africains est très cher, a indiqué Xavier-Luc-Duval (XLD) et n’incite par les entreprises mauriciennes à prospecter davantage le marché continental. « Le coût du fret sur le trajet Chine-Kenya est plus élevé que celui sur la ligne Maurice-Kenya », a fait remarquer XLD, d’où la décision annoncée dans le discours du budget d’accorder une subvention à hauteur de 25% du coût d’un conteneur ou de 300 dollars par conteneurs (le montant le plus élevé est pris en considération). XLD a précisé que cette mesure ne couvre pas les ré-exportations alors que deux pays, l’Afrique du Sud et Madagascar, sont exclus de la liste des pays concernés. Un exportateur qui n’arrive à remplir que la moitié d’un conteneur obtiendra 50% de la subvention proposée. XLD a ajouté que toute demande de subvention présentée par un exportateur sera traité dans un délai de 15 jours. Tout en espérant que cette mesure va inciter les entreprises locales, en particulier les PME, à exporter davantage vers l’Afrique, le VPM et ministre des Finances, a souhaité que les exportateurs locaux passent une partie des économies réalisées sur le fret aux consommateurs africains.
La seconde mesure évoquée par XLD porte sur la subvention des primes d’assurance-crédit. La subvention est limitée à 50% des primes jusqu’à un maximum de 0,2% de la valeur. Provision a été faite dans le budget 2014 pour une dotation d’environ Rs 4-5 millions pour cet item et, a ajouté XLD, les exportations vers l’Afrique du Sud et la Grande île sont également concernées. Trois compagnies proposent des plans de couverture sous l’Export Credit Insurance for Africa : VASCO, Credit Guarantee Insurance Ltd. (CGI) et JB Brokers Ltd. « J’estime que cette mesure permettra de soutenir environ Rs 2 milliards d’exportation », a déclaré XLD qui souhaite que d’autres sociétés d’assurance à l’exportation soient aussi concernées par ce produit.
Le Grand argentier a laissé entendre que les deux mesures précitées vont compléter l’agenda 2013-2014 de l’ « Africa Strategy » élaboré par les autorités pour un meilleur positionnement de Maurice en tant que plateforme tournée vers la région africaine. Dans le cadre de cette stratégie, onze mesures avaient été annoncées : a) l’octroi de 50 bourses d’études à des jeunes africains dont une vingtaine ont été accordées en 2013, b) l’abolition du visa pour 50 des 54 pays d’Afrique, « une mesure phare » selon XLD vu que Maurice n’a pas beaucoup d’ambassades implantées au niveau du continent, c) la nomination de deux « roving ambassadors », Azad Doomun et Marie France Roussety, d) la création d’un Africa Centre of Excellence au siège du Board of Investment où quelque 150 demandes de renseignements sont enregistrés chaque mois et environ 2 000 utilisateurs des services de l’ACE sont fichés, e) l’offre de statut d’opérateur de port franc (avec les exemptions fiscales accompagnant ce type d’entreprise) à ceux qui fabriquent des produits destinés aux marchés africains, f) présence à Maurice d’un nombre accru d’institutions ou d’organisations internationales tournées vers l’Afrique ; les cas de la PTA Bank et de l’African training Institute du FMI ont été cités, g) le lancement en 2014 du Mauritius Africa Fund avec un budget initial de Rs 500 millions qui, selon XLD, pourrait atteindre Rs 2 milliards, avec l’apport d’autres institutions h) l’organisation de missions de prospection dans des capitales africaines ; après le Gabon, XLD mènera une forte délégation secteurs public-privé au Ghana, à compter du 20 mai, et des rencontres avec des dirigeants politiques et du secteur privé y sont prévues, i) la tenue d’une conférence à Maurice le mois prochain où de hauts officiels des agences de promotion de l’investissement de divers pays africains y ont été conviés, j) le placement de jeunes Mauriciens en Afrique ; XLD a indiqué que le Gabon veut recruter environ 250 enseignants ainsi qu’un millier d’infirmiers.
Dans un autre ordre d’idées, le VPM et ministre des Finances a réagi à certaines critiques faites récemment par Action Aid d’Afrique du Sud et Standard Media du Kenya à l’encontre de Maurice en tant que plateforme facilitant les échanges commerciaux et l’investissement en direction de l’Afrique. XLD a fait état des courriers adressés aux ministres des Finances des 54 pays africains pour expliquer la position mauricienne et a fait savoir à Action Aid et à Standard Media que leurs informations n’étaient pas fondées. Des représentants de ces deux organisations ont été invités à Maurice pour constater de visu les réalités locales.
Par ailleurs, XLD a réfuté les commentaires faits de part et d’autre et associant Maurice à un « tax haven ». Il a fait ressortir qu’un paradis fiscal pratique une fiscalité très légère mais aussi la confidentialité des transactions financières. Bien que Maurice propose une fiscalité légère, a déclaré XLD, -une politique qui découle de la bonne gouvernance du pays, a-t-il précisé, – Maurice est loin de garder le secret sur les activités de son centre financier. XLD a rappelé que le pays a conclu 45 accords de non-double imposition et 9 accords d’échanges d’informations avec d’autres juridictions et que, dans tous les cas, le pays s’est dit prêt à partager des renseignements sur les activités dans son centre financier. Maurice s’apprête aussi à signer une convention multilatérale sur l’échange d’informations.
XLD a, en outre, laissé entendre que Maurice fera d’ici la fin de l’année une demande à l’Organisation pour la Coopération et le Développement Economique (OCDE) afin d’être placé sur la liste des pays qui sont « fully compliant » avec les normes de l’OCDE concernant la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement d’activités terroristes. Le pays jouit actuellement du statut de pays « largely compliant ».