Les préoccupations des syndicalistes du secteur public sont différentes de leurs pairs du secteur privé, qui se battent contre des amendements aux lois du travail. Pour cause, en cette fin de semaine, la commission sur des anomalies du dernier rapport salarial du Pay Research Bureau (PRB), présidée par Dev Manraj, Senior Adviser au Prime Minister’s Office (PMO), soumettra ses recommandations au gouvernement à la date butoir du 28, soit ce vendredi . L’attente dans la fonction publique et les corps para-étatique en vue de rectifier le tir du rapport Aujayeb ne cesse de grandir au fur et à mesure que l’échéance se rapproche.
Du côté de la Commission Manraj, avec pour assesseurs Dev Ruhee, ancien chef de Cabinet du Service civil, et Khemil Gobin, consultant du privé en gestion de ressources humaines, cette ultime semaine s’annonce cruciale. Des sources bien renseignées indiquent qu’une late night session est annoncée pour jeudi en vue de mettre au point les derniers détails avant la soumission du rapport. Déjà, depuis quelques jours, le personnel affecté au secrétariat de l’Omissions and Anomalies Commission est appelé à faire des heures supplémentaires.
Avec l’étape de vendredi, il faudra s’attendre à voir le gouvernement se réunir en vue de prendre connaissance des recommandations et les adopter. Aucune indication n’est disponible à ce stade quant à la date de cette réunion du conseil des ministres, mais le mercredi 3 avril pourrait être retenue pour la publication du rapport Manraj après approbation par le gouvernement.
Au cours de la semaine écoulée, la Commission Manraj a presque bouclé le chapitre consacré à la Rodrigues Regional Assembly. Une délégation conjointe du management et des syndicats de Rodrigues, accompagnée du président de la Fédération des Syndicats du Secteur Public (FSSP), Rashid Imrith, avait eu une séance de travail avec Dev Manraj et ses deux assesseurs. Les membres de la mission, qui sont partis littéralement satisfaits, maintiennent que le principal objectif est la mise en place des structures au sein de l’administration publique pour réaliser l’autonomie de Rodrigues.
Au niveau des attentes des fonctionnaires et des syndicalistes du privé, Rashid Imrith met l’accent sur la nécessité de « réparer le grave préjudice causé aux fonctionnaires par le PRB ». « Je suis sûr que la commission Manraj mesure pleinement l’importance de ses recommandations en tenant en ligne de compte les revendications exprimées au lendemain de la publication du rapport du PRB. D’abord et avant-tout, nous nous attendons à une augmentation minimale de Rs 2 000 pour ceux au bas de l’échelle », fait-il comprendre en exprimant le souhait qu’avec l’adoption des recommandations Manraj « tou fonksyoner pou sorti avek kas dan pos ».
« Nous pensons que la commission Manraj pourrait faire oeuvre utile en se penchant sur la question de la périodicité de publication du rapport du PRB. Depuis 1978, il avait été question que le rapport soit publié within two to three years. Mais jusqu’ici, nous sommes restés à intervalle de cinq ans. Nous croyons que le rapport Manraj saura faire preuve de sensibilité à cette demande pour un délai plus court entre deux rapports du PRB », déclare le président de la FSSP.
Le président de la Fédération des Syndicats du Service Civil (FSSC), Narainduth Gopee, préfère jouer la carte d’un salaire social minimal de Rs 15 000 dans la conjoncture. « Le suspense est de mise pour les fonctionnaires qui placent leur entière confiance en Dev Manraj. Nous exprimons toute notre satisfaction quant aux consultations engagées avec le président de l’Anomalies Commission compte tenu qu’il a donné l’opportunité à chaque fédération syndicale de déposer. Nous sommes en mesure d’affirmer que Dev Manraj a épluché les dossiers fournis par les syndicalistes en vue des préparatifs pour la soumission du rapport », déclare-t-il.
Narainduth Gopee espère voir ses revendications aboutir dont celles visant à réduire l’écart des salaires entre les différentes catégories et la mise en application d’un salaire social minimal de Rs 15 000. « Le rapport Manraj à l’université de Maurice a été favorablement accueilli et nous espérons que nous aurons satisfaction également au sein de la fonction publique et des corps parapublics. Nous tenons à faire part de notre appréciation devant l’indépendance de cette commission. Au vu de ses indications, les fonctionnaires, surtout ceux au plus bas de l’échelle, sont très impatients et espèrent que le fossé avec Top Level soit réduit. Nous accordons une attention spéciale au socially acceptable salary de Rs 15 000. Ce volet est extrêmement difficile. Toutefois, nous sommes réalistes devant le fait qu’une telle mesure ne peut être mise en oeuvre d’un seul trait », soutient-il.
De son côté, le président de la Government Services Employees Association (GSEA), Radhakrishna Sadien, fait comprendre le rapport de la commission Manraj est le dernier recours pour les syndicalistes et par extension les fonctionnaires. « Les recommandations de l’Anomalies Commission sont nos ultimes espoirs compte tenu qu’avec la législation en place, nos marges de manoeuvres seront très restreintes dans le cas de figure où le rapport de Dev Manraj ne répond pas aux attentes », explique Radhakrishna Sadien, qui a été réélu hier à la tête de la GSEA pour un mandat de deux ans.
« L’équipe de Dev Manraj a démontré toute sa considération pour les petits fonctionnaires. Nous attendons beaucoup de cette commission qui a toutefois bénéficié d’un court laps de temps pour boucler ses recommandations. Nous espérons cependant que l’expérience de Dev Manraj dans la fonction publique et la dimension sociale qu’il prône feront la différence », conclut le président de la GSEA.