L’échiquier politique est en ébullition depuis l’annonce de la conclusion d’une alliance PTr-MMM. Le débat reste à ce jour cantonné à la politique. Si les deux dirigeants de l’alliance Rouge-Mauve, Navin Ramgoolam et Paul Bérenger parlent de l’intérêt du pays et de patriotisme, leurs  adversaires sont critiques. Ils évoquent, eux, une alliance porteuse d’instabilité, de danger de dérive dictatoriale ou encore d’alliance dans les seuls intérêts des deux leaders en vue d’assurer leurs fins de carrière.
On commence aussi à aborder la constitution du bloc  pour contrer l’alliance PTr-MMM. Un bloc MSM-PMSD-ML-MDN  semble se dessiner. Le FSM de Cehl Meeah ne s’est pas encore prononcé, même s’il a demandé à l’alliance de lui faire une petite place. Rezistans ek Alternativ veut se positionner comme la seule alternative. Parmi les nouveaux partis, les composantes de l’entente Union populaire-RCP-PJS,  de même que Ensam Nu kapav se sont manifestées et se sont prononcées contre.  
Déjà le débat porte sur le score des prochaines législatives avec comme grande interrogation : 60/0 ou pas ?  Chacun y va de son analyse et de son pronostic. Mais n’oublions pas l’essentiel : le programme et le projet de société. En effet, qui dit élections générales, moment fort de la vie politique d’une démocratie, dit projet de société, programme gouvernemental avec les orientations, propositions, mesures et initiatives pour assurer un avenir meilleur pour le pays et sa population.
Les principaux  blocs politiques et partis politiques traditionnels, radicaux, nouveaux, les mouvements et groupes, forts de leurs analyses de l’état de la société mauricienne ont commencé à formuler les axes de leur projet et programme. A ce jour, certains programmes – ou plutôt leurs ossatures – sont exposés sous forme de propositions, d’intentions, de souhaits, de convictions. Certaines propositions émises sont plus ou moins élaborées. Mais au-delà de la justesse et du bien-fondé de ces propositions, le débat doit aussi porter sur leur workability, sur  la durée pour leur mise en place et  mise en oeuvre. Au concret des problèmes il faut le concret des solutions et des approches. Les exigences de l’heure ne peuvent s’accommoder du mode  « tir plan ».
Plus que jamais il faut de la matière pour nourrir la réflexion et le débat dans le cadre des prochaines élections législatives. Vivement donc le foisonnement des idées et des propositions en vue de construire un avenir meilleur et contribuer à avancer pour réaliser le rêve d’une république mauricienne forte, solidaire, juste et ouverte sur le monde. Oui, Maurice a le potentiel d’être une société modèle, une société phare dans un monde en quête de sens. Cela passe par une stratégie concrète de sortie de crise et de construction de l’avenir. Cela signifie qu’il faut se mobiliser pour relever avec succès les défis associés aux seize problématiques qui suivent :   
1.  Instaurer la bonne gouvernance dans les institutions et entreprises publiques et privées.
2.  Lutter contre les criantes inégalités sociales, les précarités, la pauvreté et l’exclusion.
3.   En finir avec la politique et la pratique de la guerre de places et de bout.
4.   Rétablir la confiance dans les institutions centrales et vitales du pays.
5.   Promouvoir activement l’égalité citoyenne qui est l’antidote de l’ethno-clientélisme et autres discriminations et condition sine qua non du vivre ensemble.
6.   Lutter contre la désespérance et ses manifestations mortifères – drogue, suicide, violence, etc.
7.  Assurer la sécurité des citoyens à travers une réelle politique de gestion des risques.
8.  Promouvoir concrètement le projet Maurice Ile Durable dans ses cinq déclinaisons.
9.   Combler le déficit en leaders visionnaires, doers et drivers dans tous les domaines – publics et privés.
10.               Œuvrer pour la culture de l’excellence et le culte de la qualité dans la population.
11.               Susciter l’émergence d’ « élites » exemplaires qui puissent servir de  role models ;
12.               Réussir l’intégration du pays dans le nouvel ordre régional et mondial.
13.               Promouvoir les secteurs d’avenir en articulant l’économie de la connaissance et  les industries  culturelles.
14.               Encourager une politique de place aux jeunes à tous les niveaux et dans toutes les sphères de la société.
15.               Valoriser activement la créativité, l’innovation et  l’ouverture.
16.               Réaliser tout le potentiel que recèle l’Etat- Océan sur des bases durables et équitables pour toutes les parties concernées.
Le moins que l’on puisse attendre des blocs de partis politiques, partis et mouvements politiques qui aspirent à diriger le pays c’est qu’ils puissent se positionner sur ces problématiques. En s’appuyant à la fois sur une éthique de responsabilité et sur une éthique de conviction. Nous devons nous joindre au mouvement mondial pour dire notre refus d’un modèle qui se nourrit des inégalités, de la misère, de la précarité. Ce modèle va conduire tout droit à l’implo-explosion. Il faut aussi en finir avec le roderboutisme. L’avenir et le vivre ensemble ne riment pas avec une république de tribus. Œuvrons tous pour que l’égalité citoyenne concrète soit inscrite sur le fronton de la république mauricienne du 21e siècle.