Antoinette Milazar, originaire de Rodrigues, assume le fait qu’on la considère comme une personne discrète et réservée. Elle a toujours été ainsi. Et ce n’est pas parce qu’elle a remporté plusieurs titres durant sa longue carrière en cross-country, au semi-marathon ou au trail qu’elle a la grosse tête. La simplicité, elle la conjugue au quotidien, mais aussi quand elle s’élance dans une course. À 44 ans, celle qui fait figure de doyenne de l’athlétisme est persuadée que le sport est la meilleure école de la vie.

D’ici quelques mois, la course de semi-marathon des Jeux des Îles de l’Océan Indien (JIOI) se tiendra à Rodrigues. Une épreuve qu’Antoinette Milazar attend avec impatience. Elle sera en action devant les siens et elle souhaite, “si bondie beni”, rééditer l’exploit de remporter la médaille d’or, comme en 2015. “Cela reste ma première grande victoire et c’est un souvenir très précieux pour moi, ma famille et tous les Rodriguais.”

Cette médaille avait dirigé tous les regards sur l’athlète discrète, pourtant loin d’être une novice des pistes de courses. Mais comme à son habitude, Antoinette Milazar a su se faufiler entre les filets de la notoriété pour retrouver “la simplicité de ma vie. Grander, pa pou mwa sa. Je me sens épanouie dans mon travail, au sein de ma famille et quand je m’entraîne”. À peine a-t-elle remporté et conservé son titre de championne nationale de cross-country, le 9 mars au Wellness Park de Candos, qu’elle était de retour à Rodrigues pour retrouver son quotidien.

“Enn fam ek ena mama normal”.

C’est à l’hôpital Queen Elizabeth de Crève-Cœur qu’Antoinette Milazar enfile chaque jour son uniforme d’Attendant Hospital Service. Un métier qu’elle exerce depuis cinq ans, après avoir été laboureur sur contrat. Mariée et mère de deux enfants, elle nous confie : “Je n’ai jamais eu de mal à gérer ma passion pour la course et mes autres responsabilités. Tout est une question d’organisation et de détermination.” Ses entraînements se font le matin ou l’après-midi après le travail, sauf les jeudis et dimanches, qui sont consacrés au repos et à passer du temps en famille. “Sans ma famille, je ne serais jamais arrivée là où je suis. Il est important pour moi de savoir mettre ma passion pour la course entre parenthèses pour accorder du temps à mes proches. Avant d’être une athlète, mo avan tou enn fam ek ena mama normal.Malgré une personnalité assez discrète et réservée, la spécialiste du demi-fond nous confie : “Les gens m’abordent souvent. Le sport m’a aidée à être moins timide et à me faire beaucoup d’amis. Je n’hésite jamais à être disponible pour les autres et à donner des conseils.”

Cette habitante de Lataniers a attrapé le virus de la course à pied très jeune. Elle se rappelle que le déclic est venu vers l’âge de 12 ans, lorsqu’elle décide de participer à une compétition de cross-country interécoles primaires. Elle décroche la première place et prend goût à s’élancer sur des kilomètres de course.

Vivre sa passion.

À 44 ans, Antoinette Milazar est convaincue que “le sport est la meilleure école de la vie. Tout le monde a les capacités ou les aptitudes pour pratiquer une discipline. J’encourage les jeunes à faire du sport afin de se tenir éloignés de tous les vices et travers de la vie. Le sport nous permet de rester en forme, mais nous apprend également beaucoup sur nous-mêmes et à respecter les autres”.

Avant sa médaille d’or aux 9es Jeux des Îles de l’Océan Indien, Antoinette Milazar avait déjà fait parler d’elle sur le Trail de Rodrigues, en remportant quatre éditions, en 2010, 2012, 2013 et 2015. Fidèle à son habitude, c’est en toute discrétion qu’elle a préféré poursuivre sa route. Mo kontan sinplisite. Tout ce que j’ai réussi à accomplir jusqu’à présent, je l’ai fait par la grâce de Dieu. Tant que je le pourrai, je continuerai à courir. Cette discipline m’a permis de voyager et de participer à des compétitions avec des athlètes de haut niveau.”

En attendant de vivre de nouvelles émotions lors de ses foulées dans la nature, sur le bitume ou sur les pistes, Antoinette Milazar veut servir d’exemple à une nouvelle génération de passionnés de demi-fond. “Bizin touzour viv ou pasion avek leker, kouraz ek determinasion.” Elle espère que “les autorités apportent davantage de soutien aux athlètes, car nous faisons souvent face à des hauts et des bas. Sans leur aide, certains sont vite découragés pour persévérer et se donner à fond pour faire honneur au pays”.

BIO EXPRESS

Situation familiale : Mariée, deux enfants.

Âge : 44 ans.

Plat préféré : Mounnfann, riz frit, viande rôtie.

Totem : Aucun.

Émission télévisée : Athlétisme et sport en général.

Animal préféré : Elle élève des cochons.

PALMARÈS

2019 : Championne nationale de cross-country.

2018 : Commonwealth Half Marathon Championship à Cardiff (la 222e place en 1h21’38, la 32e femme et la première V1).

2017 : Marathon de Paris en 2h56’03.

2016 : SANLAM Cape Town Marathon (3e dans la catégorie des +40 ans, avec un temps de 2h55’54).

2015 : Décroche la première médaille d’or mauricienne du semi-marathon lors des Jeux des Îles de l’Océan Indien à La Réunion.