En 1996, un groupe de femmes licenciées de Chemin Grenier décide de fonder l’Association pour l’Éducation des Enfants défavorisés (APEDED). Le premier objectif de cette association était de s’occuper des enfants pauvres déscolarisés. Très vite l’APEDED s’est transformée en une association qui oeuvre pour l’autonomisation (empowerment) des femmes. Grâce à son projet de propagation et de vente de pas moins de 34 variétés de plantes médicinales, 1 256 familles à travers Maurice ont aujourd’hui une source de revenus.
« Après une quinzaine d’années dans le textile, des femmes de la région du sud se sont retrouvées du jour au lendemain sans emploi et sans de quoi faire vivre leur famille », se rappelle Anooradah Pooran, porte-parole de l’APEDED.
« Parce qu’elle étaient âgées, ces femmes ne retrouvaient pas un autre emploi. La vie devenait d’autant plus difficile pour nombre d’entre elles que leur mari avait aussi perdu leur emploi avec la fermeture de ces usines. La vie devenait infernale pour ces familles, avec des maris chômeurs qui devenaient violents et des enfants qui ne pouvaient plus aller à l’école, faute de moyens », poursuit-elle.
C’est dans ce contexte de désolation qu’un groupe de ces femmes, habitant Chemin-Grenier, décide de fonder l’APEDED. « Durant la période 1996-2000, avec l’aide du Committee on Poverty, nous nous sommes penchées sur le problèmes des enfants déscolarisés de la région de Chemin-Grenier et de ses environs », raconte Anooradah Pooran.
À partir de 2001, la demande étant forte, l’APEDED étend son programme de soutien scolaire aux enfants déscolarisés des autres régions de l’île. « Nous continuons toujours ce service », affirme notre interlocutrice.
C’est ainsi que de 2001 à 2004, l’APEDED lance des classes de rattrapage scolaire pour les élèves ayant échoué aux examens du Certificate of Primary Education, distribue des livres de classe et du matériel scolaire aux élèves du secondaire dans le besoin.
2007 marquera un tournant dans l’histoire de l’APEDED. En effet, une enquête va permettre aux membres de l’association de découvrir la détresse de nombreuses femmes de la région du sud. « Outre notre programme de soutien scolaire aux enfants défavorisés, nous avons alors trouvé la nécessité de mettre sur pied un projet qui permettrait à ces femmes d’être autonomes financièrement. Et c’est ainsi que nous est venuE cette idée de lancer ce projet de propagation et de vente de plantes médicinales pour une vingtaine de femmes. Nous bénéficions pour ce projet de l’assistance financière de l’UNDP GEF Small Grants Programme et de la British High Commission ainsi que de l’aide technique de l’Agricultural Research and Extension Unit du ministère de l’Agro-industrie. Ces femmes ont eu une formation pour cultiver et prendre soin d’une trentaine de variété de plantes médicinales, plantées dans une pépinière installée sur le toit de notre maternelle ».
Ces pionnières ont également eu l’occasion de suivre une formation sur la façon de récolter ces plantes médicinales et sur les techniques de déshydratation. « Elles ont aussi bénéficié de cours en packaging et en marketing (…) Ce projet de propagation de plantes médicinales visait non seulement à permettre aux participantes de devenir autonomes financièrement, mais également à relancer l’utilisation de ces plantes et à motiver les gens à revenir vers la médecine traditionnelle dans le cas de certaines maladies. Tout en contribuant à améliorer la santé de la population, une vingtaine de femmes ont ainsi réussi à gagner utilement leur vie et à améliorer la qualité de vie de leur famille ».
Depuis, 16 hommes et 12 femmes, à travers l’île, obtiennent un revenu régulier à travers le système de “Buy Back Leaves” mis en place par l’APEDED. « Nous leur vendons des plantes médicinales, et en retour, ils nous vendent des feuilles pour la préparation de thés ou de tisanes », explique Anooradah Pooran.
Les produits de ces femmes sont vendus dans les supermarchés et les pharmacies du pays sous le label “Secret Grand-Mère”. « Avec l’aide d’Enterprise Mauritius, nous vendons aujourd’hui “Secret Grand-Mère” à Paris, à Rome, en Guadeloupe, en Chine, à Madagascar, à Hongkong et à la Réunion, entre autres ».
Le 26 juin dernier, l’APEDED a lancé la deuxième phase de son projet de propagation de plantes médicinales avec l’installation de panneaux photovoltaïques sur le toit de son siège social à Chemin-Grenier. « Tout en étant en phase avec le projet Maurice Île Durable, l’installation de ces 72 mètres carrés de panneaux solaires photovoltaïque va nous permettre de produire 14 360 kilowatts/h d’électricité par an, ce qui représente non seulement une économie non négligeable sur notre facture d’électricité, mais aussi nous permettra de sauver 50 arbres », souligne Anooradah Pooran. « Nous sommes très fières non seulement de contribuer à l’autonomisation des femmes, mais aussi à l’émergence d’une île Maurice durable », conclut-elle.