C’est un véritable cri du coeur que les parents d’enfants handicapés fréquentant les écoles de l’APEIM ont lancé en direction du gouvernement ce matin. C’était lors d’une manifestation organisée au Jardin de la Compagnie, à Port-Louis, visant à alerter l’opinion publique sur l’avenir incertain de leurs enfants avec l’annonce de la fermeture de ces écoles. « Assez de discrimination ! », « Ouver lizie lor nou zanfan », « Qu’ils aient les mêmes droits que les autres », ont réclamé les intervenants. Des citoyens de divers secteurs ont répondu positivement ce matin à leur appel pour les soutenir dans leur combat. Petite lueur d’espoir : la rencontre prévue demain après-midi au ministère de l’Éducation avec les responsables de 38 Ong engagées dans les ‘Special Education Needs’.
Ce n’est pas la première fois que les parents d’élèves des écoles de l’APEIM ont recours à une manifestation pacifique pour dénoncer les discriminations à l’égard des enfants handicapés s’agissant de leurs droits à l’éducation gratuite, au même titre que les enfants se trouvant dans le main stream  jusqu’à la fin de leur parcours scolaire. Mais c’est la fermeture annoncée des écoles de l’APEIM, pour décembre, qui les ont cette fois obligé à descendre dans la rue ce matin avec leurs enfants. Ils étaient soutenus dans leur démarche par le personnel des centres de l’APEIM qui, eux aussi, réclament un meilleur traitement pour les enfants handicapés et pour tous ceux engagés auprès de leur institution à divers niveaux. « Nou pa la pou lager. Nou isi pou dir ki nou ekziste e ki nou bann zanfan ena drwa a ledikasyon gratui kouma tou bann lezot zanfan », a expliqué ce matin Paulo Virassamy, employé à l’APEIM depuis 30 ans.   Munis de pancartes(« Non à la discrimination », « Rekonet drwa zanfan handikape »), les parents et leurs enfants ont lancé ce matin : « Nou le nou lekol », « Nou lekol pa pou ferme. »
Les parents ayant pris la parole ont fait comprendre aux autorités qu’ils « en ont assez des promesses en l’air » et qu’ils exigent désormais des engagements fermes. « Nou fatige avek bann promes anler ki zot fer, pena nanryen konkre. Tia bon ki tou se ki zot promet zot met sa lor papie », dit une maman.
Cette manifestation pacifique avait aussi pour but de sensibiliser les Mauriciens sur le sort des enfants handicapés en ce qui concerne l’éducation. Et leur appel n’a pas été vain, même s’il n’y avait pas la grosse foule. Etaient ainsi présents des travailleurs sociaux connus, des responsables d’entreprises, des syndicalistes, des professionnels de l’Éducation, des membres de la commission de l’éducation du MMM (les députés Obeegadoo, Labelle et Ribot),  des prêtres catholiques, des personnes à la retraite ainsi que des citoyens « ordinaires ». L’ancien ministre de l’Éducation Armoogum Parsuramen a aussi fait le déplacement pour « sympathiser » avec les parents d’élèves de l’APEIM.
Irene Alessandri, directrice de l’APEIM – qui s’est faite discrète au cours de cette manifestation – se dit satisfaite de l’initiative prise par les parents d’élèves. « Les parents ont voulu faire entendre leur voix et ils ont tout à fait raison. Ce n’était pas seulement une question d’argent lorsque nous avions évoqué la fermeture des écoles de l’APEIM », dit-elle. « Tout ce que nous souhaitons, c’est que l’État prenne la relève pour l’éducation des enfants ayant des besoins spéciaux. Et l’État a les moyens de le faire aujourd’hui », poursuit Mme Alessandri. Toutefois, la directrice de l’APEIM se dit aussi consciente de la nécessité de l’élaboration d’un plan  pour assurer cette transition. « L’argent seul ne résoudra pas tous les problèmes. Il faut aussi prendre en considération tous les aspects techniques », explique-t-elle.
Le coup de colère des parents de l’APEIM a obligé le ministère de l’Éducation à s’attarder sur le dossier « Special Needs Education ». D’où la décision prise par le ministère de l’Éducation – et annoncée hier après-midi – d’organiser un forum demain avec la participation des 38 « Special Needs Education Schools ».
« À côté de l’APEIM, les 37 autres Ong oeuvrant de manière identique ont besoin d’autant de considération. C’est dans ce contexte que le ministère de l’Éducation organise un forum ce jeudi 11 juillet au siège du ministère, pour discuter avec eux des problèmes des SEN Schools », dit le ministère dans un communiqué. Il paraît que le ministre qui présidera cette rencontre dévoilera les nouvelles mesures concernant ce secteur de l’Éducation. Cette rencontre a cependant suscité beaucoup d’attentes dans les milieux concernés.