Maurice a été choisie par le couple de chercheurs Jean-Marc Ginoux, docteur en Mathématiques Appliquées et Histoire des Sciences, et son épouse Roomila Naeck, docteur en ingénierie biomédicale, pour le lancement d’un appareil de détection, sans contact, des apnées du sommeil. Inventé par le Dr Ginoux avec, entre autres, son épouse, ce dispositif recueillera des informations précieuses pour la prise en charge médicale des Mauriciens diabétiques.  En marge de la mise en fonction de ce nouvel appareil, le couple Ginoux-Naeck  travaille en étroite collaboration avec des spécialistes mauriciens.

Les docteurs Jean-Marc Ginoux et Roomila Naeck durant leur récent passage à Maurice

D’ici cinq ans, un nouvel appareil de détection, sans contact, des apnées du sommeil sera mis à la disposition des Mauriciens qui font l’objet d’interruption ou de diminution involontaire de la respiration pendant leur sommeil. De nombreux diabétiques, voire des personnes prédisposées à la maladie, sont concernés par l’apnée du sommeil. Et dans bien des cas, certaines d’entre elles ignorent les conséquences sur leur santé. Par ailleurs, le sommeil et le diabète sont intimement liés. À Maurice, la prévalence du diabète est très élevée. Il y a trois ans, le rapport du Non-Communicable Diseases Survey indiquait déjà que la prévalence du diabète de type 2 parmi la population âgée de 20 à 74 ans était de 20,5%.

L’invention de ce nouveau dispositif tombe à point nommé dans la mesure où l’obésité, un des principaux facteurs du diabète, touche un nombre important de la population, 19%, toujours selon le rapport de 2015. Cet appareil, dont le brevet a déjà été déposé, porte la contribution non négligeable d’une Franco-Mauricienne, Roomila Naeck, experte clinique et docteur en ingénierie biomédicale. Cette dernière est détentrice d’un Master de neurosciences cellulaires et intégrées de l’université de Strasbourg. Son époux, Jean-Marc Ginoux, maître de conférences-chercheur à l’université de Toulon, France, a inventé ce dispositif qui est appelé à être opérationnel à Maurice grâce au soutien des deux laboratoires du sommeil de l’île. Entre-temps, la prise en charge du service pour les patients souscrits à une assurance médicale et qui auront recours au dispositif de Jean-Marc Ginoux est à l’étude.

De Rose-Hill à Toulon

Rencontré pendant son séjour à Maurice, le couple Ginoux-Naeck débordait d’enthousiasme en présentant son projet à Week-End. Cette innovation, une première, surtout en matière de coût et d’accessibilité pour les patients, doit être mis en opération à Maurice. La raison première étant les origines mauriciennes de Roomila Naeck. Cette dernière, dont la mère est Française, a grandi à Stanley, Rose-Hill, et a affectué sa scolarité au Lycée Labourdonnais avant de s’envoler pour l’hexagone pour ses études supérieures et ensuite s’installer à Toulon.

Le professeur Ginoux, qui a aussi reçu la collaboration des médecins de Toulon pour concevoir l’appareil de détection, sans contact, des apnées du sommeil, nous explique que ce dispositif portatif peut être utilisé à domicile. Celui-ci est doté de capteurs à ultrasons montés en cercle au-dessus du lit de l’utilisateur. Présenté sous forme de kit, le dispositif de détection, sans contact, des apnées du sommeil, pourra être monté par l’utilisateur lui-même. L’appareil fonctionne comme un “Doppler respiratoire” et les données sont inscrites dans un boîtier. La finalité de ce dispositif innovant, ajoute le professeur Ginoux, est d’améliorer les conditions de vie des personnes sujettes à l’apnée du sommeil par des traitements appropriés selon les symptômes qu’elles présentent.

Par ailleurs, le couple de chercheurs a également mené une étude en s’appuyant sur une base de données de dix patients diabétiques de type 1 (insulinodépenants) mettant ainsi en évidence une corrélation entre le rêve et l’évolution de la glycémie. Et comme l’indique le professeur Ginoux, “ces résultats peuvent prédire les variations de la glycémie des diabétiques la nuit et développer de nouvelles insulines de nuit pour limiter ces variations.” Se déplaçant régulièrement à Maurice dans le cadre de leurs activités, Jean-Marc Ginoux et Roomila Naeck travaillent en étroite collaboration avec deux médecins de deux cliniques privées, ainsi qu’avec des pneumologues locaux.

Les mathématiques  appliquées pour démontrer la progression des drogues illicites

Les travaux du couple ne se limitent pas qu’aux recherches liées au diabète et au sommeil. Détenteur d’un impressionnant CV, le maître conférencier de Toulon est également un spécialiste en mathématiques appliquées. Avec son épouse et deux chercheurs de l’université de Maurice, il a travaillé sur la modélisation de la consommation des drogues illicites. Dans un résumé de la présentation de ce travail, il explique, en se basant sur des données de deux États américains – Colorado et Washington – où le cannabis a été légalisé. Scindant la population en quatre catégories: non-utilisateurs de drogues illicites; ceux qui en consomment à titre expérimental; ceux qui en consomment comme loisir, et les addict ou toxicomanes.

En considérant les non-utilisateurs comme des proies et les autres comme des prédateurs, l’équipe du professeur Ginoux a “utilisé un algorithme génétique pour déterminer les cœfficients de ce nouveau modèle à partir de données des deux États américains” pour étudier l’évolution de chaque catégorie d’individus cités plus haut lorsque la démographie augmente. “Nous avons ainsi montré qu’à partir d’un certain seuil, le comportement de toutes ces catégories devient imprédictible. En d’autres, si aucun contrôle n’est fait pour limiter la consommation de drogues, il est impossible de prédire sur le long terme comment évolueront les catégories d’individus. Le risque le plus important étant qu’elles augmentent de manière exponentielle. Ce travail peut permettre de simuler l’évolution de ces catégories dans n’importe quel pays dans le monde pour peu qu’il dispose de données suffisantes permettant de déduire les cœfficients du modèle. Il pourrait ainsi s’avérer d’une grande utilité pour les politiques dans les décisions à prendre concernant la légalisation de certaines drogues douces comme le cannabis.”

Dans un autre temps, Jean-Marc Ginoux a été invité par l’université des Mascareignes à partager ses connaissances par le biais de trois séminaires, lesquels ont pris fin le 5 décembre en marge de la création d’un centre d’humanités numériques. Ce centre, le premier du pays et de la région océan Indien, est un répertoire d’archivage numérique de données historiques dans des domaines variés et extrêmement utiles dans le cadre des recherches académiques ou autres.

La médecine du sommeil, nouvelle à Maurice

Les chiffres de l’obésité centrale et générale étant élevé à Maurice, avec un taux de prévalence de 50 % et 48 % respectivement, il est une évidence que de nombreux Mauriciens sont sujets à l’apnée du sommeil. Le syndrome de l’apnée du sommeil est une pathologie plutôt méconnue à Maurice. D’ailleurs, la médecine du sommeil, explique, la Dr Ridwana Timol, neuropsychologue à l’hôpital Welkin — et collaborant avec les chercheurs Jean-Marc Ginoux et Roomila Naeck — est encore nouvelle chez nous.

L’obésité n’est pas la seule cause du syndrome des apnées du sommeil. Y sont notamment associés, le diabète, l’asthme, les problèmes cardiaques Ridwana Timol explique encore que c’est à partir des informations recueillies auprès de leurs patients, sur leur état de fatigue générale, prise de poids, troubles de mémoire que le médecin peut suggérer le recours à deux types de tests. Celui-ci, explique la Dr Timol se fait par le biais d’une polygraphie ambulatoire, un test de surveillance de nuit qui se réalise à domicile ou une polysomnographie, lorsque les troubles du sommeil sont d’ordre neurologique. Dans ce dernier cas, l’hospitalisation est nécessaire.

A Maurice, les deux tests ne sont disponibles qu’à l’hôpital Welkin, tandis que le laboratoire du sommeil de Trou-aux-Biches est spécialisé en recherches. Le coût d’une polygraphie ambulatoire varie de Rs 3 000 à Rs 6000, tandis qu’une hospitalisation pour une polysomnographie se situe entre Rs 20 000 et Rs 23 000.

Ridwana Timol rappelle que les spécialistes les plus aptes à conseiller un diagnostic sont le neurologue, le neuropsychologue et le pneumologue.