Le président Kailash Purryag a lancé un vibrant appel ce matin à l’Union européenne (UE), lui demandant de revoir sa décision d’abolir le quota interne de production sucrière à partir de 2017. Cette décision évoquée dans le rapport de la Commission européenne sur la production agricole et les prix entraînera une baisse sensible du prix du sucre sur le marché européen et affectera les producteurs des États insulaires vulnérables, comme Maurice,  a fait comprendre le président de la République de Maurice, qui s’adressait aux représentants parlementaires des pays ACP et de l’Union européenne à l’ouverture de l’Assemblée paritaire, qui  se réuni à Maurice cette semaine. Le speaker de l’Assemblée nationale, Razack Peeroo, le président du groupe parlementaire des pays ACP, Fitz Johnson, et le vice-président du groupe parlementaire européen, Patrice Tirollien, qui remplaçait Louis Michel – pris au Mali –, ont également pris la parole avant que le président Purryag n’intervienne. Les parlementaires mauriciens sont représentés par Nita Deerpalsingh.
L’intervention de Kailash Purryag concernant le sucre était, comme indiqué dans notre édition d’hier, attendu. Son engagement par rapport à ce dossier a d’autant plus de poids qu’il est, comme il l’a souligné lui-même, très familier des dossiers concernant les relations entre les pays ACP et l’UE pour avoir participé aux négociations concernant l’accord de Cotonou alors qu’il était ministre des Affaires étrangères et de la Coopération. De plus, il a continué à suivre ces dossiers dans le cadre de l’Assemblée paritaire alors qu’il occupait les fonctions de Speaker de l’Assemblée nationale.
M. Purryag a estimé que l’abolition des quotas internes de production sucrière en Europe en 2017 donnera lieu à une surproduction susceptible d’entraîner une baisse de prix conséquente d’où sa décision « to urge the European Union and the authorities concerned to review the décision to abolish  sugar quota in Europe ». Cette baisse aura pour résultat que seuls les producteurs les plus compétitifs pourront survivre. Or, comme il l’a souligné, la restructuration, la modernisation et la transformation du secteur sucrier ne sont pas terminées.  Cette entreprise a été retardée par les crises alimentaires, énergétiques et financières, qui n’avaient pas été anticipées lors des discussions concernant les mesures d’accompagnement pour le secteur sucrier. M. Purryag a lancé un appel aux parlementaires européens pour soutenir l’allocation des ressources destinées aux mesures d’accompagnement. Et de souligner le « caractère multifonctionnel » de l’industrie sucrière avant d’expliquer que les « flexi factories » de l’industrie sucrière à Maurice ont besoin des cannes en provenance des petits planteurs devant la baisse de revenus.
Parlant de l’économie de Maurice en général, Kailash Purryag a expliqué que le pays continue de diversifier son économie en développant le secteur des services, les technologies de l’information, les produits de la pêche et l’économie océanique, comme c’est le cas pour les petites îles qui ne disposent pas de ressources naturelles. Il a également évoqué le projet Maurice Ile Durable (MID), qui tient en ligne de compte le changement climatique, la production des énergies propres et la réduction de notre dépendance aux produits pétroliers.
S’agissant des accords de partenariats économiques, il a observé que des progrès ont été accomplis au niveau de l’Afrique occidentale et que Maurice, les Seychelles, Madagascar et le Zimbabwe ont signé un APE intérimaire et sont disposé à conclure un « full and comprehensive agreement ». Il a estimé que des ressources additionnelles devraient être accordées dans le cadre des APE à travers l’EPA Fund.  
M. Purryag a aussi parlé de la participation active de Maurice à l’intégration régionale dans le cadre des efforts de la SADC, du COMESA et de l’EAC de créer une zone de libre échange. Et de rappeler que les pirates présumés peuvent être poursuivis à Maurice grâce à l’aide européenne.
Au début de son intervention, Kailash Purryag a accueilli chaleureusement la délégation malgache et a rendu hommage à Madagascar, qui a retrouvé la normalité constitutionnelle à la suite des élections présidentielle et législatives organisées en décembre dernier. Il a souhaité que la nouvelle équipe dirigeante puisse « unlease the potential of the Island », ajoutant : « The people of Madagascar deserves it. » Il a rappelé avoir eu une longue discussion avec le nouveau président malgache en marge de la cérémonie d’investiture et lui a promis que Maurice ferait tout son possible pour aider ce pays à sortir de la stagnation et pour soutenir la volonté de Madagascar d’aller de l’avant. Patrice Tirollien avait lui aussi félicité les citoyens malgaches pour avoir mis fin à quatre ans d’instabilité dans leur pays.