En fin de semaine, le Conseil des ministres a entériné trois décisions portant sur l’approvisionnement de produits stratégiques par la State Trading Corporation (STC). Ainsi, le feu vert a été obtenu en vue de l’allocation du contrat visant à fournir 100 000 tonnes de farine — montant du contrat qui s’élève à Rs 1,4 millird — sur le marché local aux Moulins de La Concorde (LMLC) avec une réduction du budget des subsides sur le prix de vente au détail. D’autre part, le contrat d’importation de 67 000 tonnes de gaz ménager par an jusqu’en septembre 2015 a été décroché par Petredec Ltd et des ajustements ont été apportés à la formule du Petroleum Pricing Mechanism (PPM) en vue de passer plus rapidement aux consommateurs toute baisse du cours mondial du pétrole.
À l’issue de l’appel d’offres pour la farine, l’offre la moins élevée avait été soumise par une société indienne, Lall Mahal. Mais les résultats de l’exercice de due diligence entrepris par la STC en vue de déterminer la capacité de ce soumissionnaire ne furent nullement à la satisfaction de la partie mauricienne. Ne voulant prendre aucun risque avec un produit alimentaire de première nécessité, la STC avait sollicité le feu vert du gouvernement pour ouvrir des négociations avec Les Moulins de La Concorde.
La minoterie de Maurice, qui avait participé à l’appel d’offres, avait soumis des cotations supérieures à Lall Mahal. Les prix cotés par LMLC étaient de $ 463 pour la farine utilisée dans la boulangerie et de $ 469 pour la farine importée d’Australie entrant dans la confection de faratas et autres pâtisseries. Après les négociations initiées par la STC, LMLC ont ramené leurs prix à $ 461 la tonne pour tous les types de farine. Ce prix uniforme est considéré à l’avantage du consommateur, qui ne devrait pas être victime de «triangage» de la part des commerçants par rapport à la qualité de la farine.
Mais l’autre aspect majeur du deal conclu avec LMLC est que la STC prévoit de faire des économies de l’ordre de Rs 160 millions sur le budget des subsides sur le prix de vente de la farine comparativement à l’année dernière. Avec un prix de $ 532 la tonne de farine l’année dernière, les subsides sur le prix de vente au détail étaient de Rs 627 millions. Cette année, le prix coté de $ 461 la tonne fait que le budget des subsides est estimé à Rs 468 millions. La STC paiera la livre de farine à Rs 7.26 pour la revendre aux consommateurs à Rs 5.85. Avec le contrat de l’année dernière, la STC avait payé Rs 8.38 la livre de farine.
Les premières cargaisons de farine sous le nouveau contrat sont attendues à Port-Louis dès janvier de l’année prochaine au lieu de février. Pour des raisons tactiques, la STC poursuit ses contacts avec le soumissionnaire indien avec des épreuves sur capacité de livraison et d’usinage et n’écarte pas la possibilité que Lall Mahal soit appelée à fournir une petite quantité de farine sur le marché local à titre d’essai.
Pour ce qui est de l’approvisionnement du pays en gaz ménager, la STC n’a pas voulu prendre de risques avec de nouveaux venus sur le marché. Une firme des Émirats arabes unis, Aquiline, et une autre du Nigeria, A to Z Petroluem Products Ltd., avaient coté des primes les plus compétitives que les fournisseurs habituels de Petredec Ltd. et de Geogas. L’appel d’offres pour le gaz se fait uniquement sur la prime qui est appliquée par la suite sur le Saudi-Aramco Contract Price, qui varie de $900 à $ 1 100 la tonne métrique.
Aquiline avait soumis une prime de $ 98 la tonne alors que la firme nigériane était à $ 118. Par contre, les fournisseurs traditionnels étaient à $ 155 pour Geogas et de $ 125 pour Petredec. Mais les deux offres les plus compétitives devaient échouer à l’épreuve de due diligence. Aquiline ne dispose pas de track record éprouvé pour la livraison de gaz de cette envergure et souffre également de déficit sur le plan de la logistique pour le transport du gaz à Maurice. Cette cotation fut déclarée non-compliant. De son côté, malgré des garanties financières à toute épreuve, A to Z Petroleum Products Ltd. du Nigeria n’avait pu convaincre la STC de sa capacité opérationnelle.
Réajuster les limites
L’alternative privilégiée a été d’ouvrir des négociations avec Petredec Ltd. en vue de ramener le montant de la prime de $ 125 la tonne à $ 112. Pour le précédent contrat, la prime payée par la STC était de $ 147. Depuis ces derniers temps, des changements sont intervenus sur le marché international du gaz ménager. Maurice ne peut plus s’approvisionner de Singapour ou de Malaisie en raison d’un mix différent et ces deux pays n’étant nullement intéressés à exporter du gaz selon les spécifications définies par Maurice.
Avec la conclusion de l’accord avec Petredec Ltd., dont de nouvelles cuves de stockage devront être opérationnelles dans le port très bientôt, le contrat d’approvisionnement en gaz ménager a été étendu jusqu’en septembre 2015, soit au moins 67 000 tonnes par an pour satisfaire le marché local.
Par ailleurs, de nouveaux règlements devront être promulgués à l’officiel incessamment en vue de revoir des paramètres dans la fixation des prix des produits pétroliers par le Petroluem Pricing Mechanism. Jusqu’ici, toute baisse de prix de produits pétroliers n’est passée aux consommateurs que si le quantum dépasse 7% alors que pour la révision à la hausse, le minimum est fixé à 5%. Dans les milieux de la STC, l’on justifie cette démarche par la prudence avec le démarrage de la nouvelle formule il y a trois ans de cela.
En même temps, l’expérience de ces dernières années a poussé la STC et le PPC à réajuster les limites en les harmonisant à 5%. Dorénavant, tout impact à la baisse de 5% se répercutera automatiquement sur les prix de l’essence et du mazout à la pompe. Cette décision se traduit par le fait que le Price Stabilisation Account ne sera ni trop déficitaire ni trop positif.
Répondant à la Private Notice Question du leader de l’opposition, Paul Bérenger, mardi à l’Assemblée nationale, plaidant en faveur d’une révision à la baisse des prix pétroliers, le ministre du Commerce, Cader Sayed-Hossen, avait confirmé qu’avec l’évolution favorable du cours mondial du pétrole de ces derniers mois, le Price Stabilisation Account a enregistré un solde positif de Rs 586 millions depuis mars dernier.
Cette somme a permis à la STC d’éponger un déficit de Rs 305 millions accumulé à la fin de février dernier au Price Stabilisation Account, qui se trouve depuis en zone positive avec Rs 281 millions. Vu la baisse de la limite d’intervention de 7% à 5%, les variations de ce fonds de stabilisation devraient être moins conséquentes.
D’autre part, l’imposition du levy de Re 1 sur chaque litre d’essence et de mazout à la pompe devra rapporter la somme de Rs 450 millions en 2014 pour le compte du Bus Replacement Mechanism incorporé dans le budget. Mais cette somme représente plus du double du montant budgétisé de Rs 200 millions dans les Budget Estimates pour le remplacement des bus vétustes par des Modern Semi-Low Floor Buses.
Le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Xavier-Luc Duval, devra apporter des amendements à ces prévisions budgétaires, à moins que les Rs 250 millions additionnelles collectées par la STC au nom de l’exchequer ne soient utilisées à d’autres fins…