À partir de l’année prochaine, d’importants changements devront intervenir sur le marché du ciment, Holcim, l’un des deux plus importants opérateurs, ayant entériné la décision d’un retrait définitif. Cette démarche s’inscrit dans le cadre d’une nouvelle stratégie globale avec la fusion entre Holcim et Lafarge et des changements conséquents dans certains pays où ces deux conglomérats sont actifs sur le plan économique. Maurice fait partie des 12 pays affectés par la décision des désinvestissements adoptée par le Divestment Committee mis sur pied par Holcim et Lafarge pour conclure cette “merger” internationale. Le marché mauricien, avec des importations de ciment d’une valeur de Rs 1,8 milliard, est réparti comme suit : Lafarge avec 60% et Holcim avec 40%, même si la capacité de stockage de cette dernière société équivaut presque au double de la première. Les autorités mauriciennes ont déjà été informées de ce retrait stratégique, qui devra prendre effet à partir de l’année prochaine selon le calendrier établi. Les employés de la compagnie ont été mis au courant de ce développement dès hier matin par le Chief Executive Officer de Holcim, Dominique Bion.
À ce stade, très peu d’informations sur les développements à venir ont filtré, toute cette question étant traitée au niveau international et la société Holcim à Maurice n’ayant pas son mot à dire. D’ailleurs, l’inclusion de Maurice dans ce groupe de 12 pays affectés par ce retrait a été accueillie comme une véritable surprise. Au sein de la Société Ciments de l’Océan Indien, Holcilm détient en effet 51% du capital et les 49% restants par Gamma.
La véritable interrogation dans le monde des affaires concerne l’identité du nouveau partenaire rachetant la participation de Holcim et à quelles conditions. Vu le caractère stratégique de ce marché, avec des importations de l’ordre de 650 000 à 700 000 tonnes annuellement, la Competition Commission a été saisie du dossier en vue de se prononcer sur les conditions entourant le choix du remplaçant de Holcim et d’éviter toute collusion (cartel). Du côté de la Competition Commission, la machinerie a été mise en branle pour suivre l’évolution de ce dossier et agir au moment opportun car le Competition Regulator en Europe, Joaquin Almunia, a fait comprendre officiellement que « the merger would be subject to an in-depth rebiew, konwon as a Phase 2 Examination ».
Lors d’un point de presse en Europe hier, le Chief Executive de Holcim, Bernard Fontana, devait souligner : « This list represents most of the assets that both companies consider divesting as part of the planned merger. Other divestments will be unveiled in due time. » Et d’ajouter : « Both companies will continue to consider whether divestments would be necessary where there might be overlaps or depending on regulatory requirements. These proposed divestments are subject to review and further discussions with the regulatory authorities and to the agreement of our business partners when relevant. »
La presse économique internationale, rapportant la confirmation de la décision de “merger”, l’un des plus importants sur le plan mondial, avance que « competition regulators in some 15 countries, as well as the European Commission, are expected to take a hard look at the deal, which brings together the world’s top two cement makers with a combined stock market value of more than USD 55 billion ». Néanmoins, le choix du retrait de Holcim du marché mauricien fait tiquer plus d’un spécialiste en matière économique. En effet, ceux-ci affirment que, même si Holcim ne dispose que de 40% de part du marché pour des raisons historiques, cette compagnie dispose cependant de technologies et d’équipements pour le pompage du ciment des bateaux accostant à Port-Louis, contrairement à Lafarge. Ensuite, la capacité de stockage, dont dispose Holcim dans l’enceinte portuaire, est de 60 000 tonnes, soit le double de Lafarge (30 000 tonnes). Avec de tels profils des deux principaux opérateurs, même si le tirant d’eau dans le port permet l’accostage de cimentiers d’un maximum de 44 000 tonnes, ce potentiel n’est nullement exploité.
Avec le départ de Holcim, il n’est pas à écarter que des investissements de la République populaire de Chine se positionnent au sein de la Société Ciments Océan Indien à Port-Louis pour partir à l’assaut du marché émergent de la construction en Afrique. Mais aucune des sources concernées n’a voulu s’aventurer à confirmer ce détail vu que la Competition Commission ne s’est pas encore prononcée sur cette affaire. Ensuite, le Chief Executive de Holcim a déclaré que le groupe est déjà en présence d’au moins une cinquantaine d’Expressions of Interest et que les négociations avec les soumissionnaires n’ont pas encore démarré.
À Maurice, outre la Competition Commission, la State Trading Corporation (STC), qui a procédé à la libéralisation du marché d’importation du ciment au cours de ces dernières années, est sur ses gardes pour assurer un suivi et s’assurer que le consommateur mauricien ne soit pas pénalisé par ces importants mouvements sur le plan international. La STC, qui s’est retirée de l’importation du ciment, n’écarte pas la possibilité de revoir cette stratégie si le besoin se fait sentir avec le départ de Holcim au cours du premier semestre de l’année prochaine.