Le leader du MSM, Pravind Jugnauth, qui animait la conférence de presse hebdomadaire de son parti, hier au Sun Trust Building, a choisi de ne pas faire de révélations. Non qu’il n’ait plus envie de poursuivre ses dénonciations, ou qu’il n’y en ait plus, mais parce que, selon lui, deux affaires importantes méritaient qu’il s’y attarde. Pravind Jugnauth a en effet souhaité s’exprimer, premièrement, sur la motion qu’il a faite (et qui n’a pas été agréée par la majorité) mardi au Parlement, pour que l’argent ayant servi à l’achat de la clinique MedPoint soit déduit de l’Estimate Supplementary Expenditure, et deuxièmement sur l’affaire de la branche mauricienne de l’Eastern Institute for Integrated Learning in Management (EIILM), dont le directeur est Sunil Jeetah. Il a précisé qu’il aborderait la politique, l’économie, les finances et le budget de manière plus large au congrès du MSM à la municipalité de Vacoas-Phoenix, jeudi prochain.
« Dapré mo linformasyonn, larzan ankor sous la juridiction de Maurice », a affirmé Pravind Jugnauth, en commentant les hésitations du Premier ministre, Navin Ramgoolam, à répondre aux questions sur le paiement de la clinique MedPoint. C’est pour cette raison, a-t-il dit, que le leader de l’Opposition, Paul Bérenger, a demandé si la Banque de Maurice pouvait intervenir. « En proposant une motion pour retirer cet item de l’Estimate Supplementary Expenditure, en attendant les conclusions de l’enquête de la CCID, j’ai donné une occasion en or au gouvernement pour déclarer la transaction de MedPoint, illégale », déclarait d’emblée Pravind Jugnauth. Pour ce dernier, le Premier ministre refuse de reconnaître l’illégalité du deal MedPoint, d’autant qu’il n’aurait jamais fait montre d’objection dans le passé.
« Sé kinn arivé dan Parlman konfirmé ki lafer MedPoint sé lafer Ptr », a ainsi avancé le leader du MSM. Et pour soutenir ses dires, il est revenu en arrière, précisément en décembre 2009, date de la rencontre entre Rajesh Jeetah, alors ministre de la Santé, et le Dr Malhotra. Il a aussi évoqué la « participation du Dr Rashid Beebeejaun quand il fallait lancer les appels d’offres pour un hôpital gériatrique », et a dit ne pas comprendre « l’amnésie » du Chief Government Valuer. « Ki manyer missié Bissessur inn perdi so memwar ? Mo atann ki PM réponn lor la. Mo éna éléman ki mo pou doné apré. Lépep pou konn lavérité lerla. »
Le leader du MSM se pose aussi des questions sur « le rôle et la « double face » de Navin Ramgoolam dans l’affaire MedPoint ». Le Premier ministre, a-t-il poursuivi, déclare en public que si cela ne dépendait que de sa volonté, il donnerait accès aux documents du Cabinet concernant l’affaire MedPoint. « Qu’est-ce qui l’en empêche ? » s’est demandé Pravind Jugnauth. « Ki li dir nou ki désizyon linn pran sou so prézidans lor lopital gériatrique. Rann li (ndlr : les documents) si li pénan nanié ladan. » Pravind Jugnauth est ainsi d’avis que Navin Ramgoolam « se sert de l’ICAC comme paravent » afin d’esquiver les questions autour de MedPoint.
EIILM : « Révoltant ! »
Commentant la non-reconnaissance des diplômes émis par l’Eastern Institute for Integrated Learning in Management (Maurice) par la University Grants Commission (UGC) de New Delhi, Pravind Jugnauth a rappelé que cette affaire révélée dans la presse vendredi dernier, lui avait valu d’être poursuivi en Cour. « Lorsque Nando Bodha, alors leader de l’Opposition, et moi-même en avions parlé en public, l’EIILM nous a traduit en Cour Suprême… apré zot inn sové. » À l’époque, Nando Bodha, dit-il, avait posé deux questions parlementaires à ce sujet. Citant deux correspondances de l’University Grants Commission de New-Delhi, l’une adressée à Praveen Mohadeb (Deputy Executive Director de la Tertiary Education Commission) en mars 2007 et l’autre adressée à un étudiant mauricien de l’EIILM, Pravind Jugnauth trouve que cette affaire est « révoltante ». Dans la lettre de 2007, signée par l’Under Secretary de l’UGC, Praveen Mohadebavait été informé du fait que même l’EIILM de Sikkim en Inde « is not included in the list of universities being maintained under section 2(f) of the UGC Act 1956 ». En d’autres mots, cet institut indien n’est pas reconnu dans l’État où il s’est implanté, ni par l’UGC, l’équivalent indien de la TEC. Une précision confirmée dans le courrier adressé, le 25 octobre dernier, à un étudiant mauricien cette fois, et signé par l’actuel Under Secretary de l’UGC, Shashi Bala Aora. Et Pravind Jugnauth de citer : « UGC has not granted any permission to EIILM University, Sikkim, to establish off-shore campus in Mauritius. Therefore the degree obtained from the Mauritius campus cannot be treated as valid. » De ce fait, a-t-il ajouté, « tous les sacrifices des étudiants tombent à l’eau ! Zot pé zwé ek lavenir bann zenfan (…) Dire que Maurice se targue de devenir un knowledge-hub ! » Pravind Jugnauth a reproché à Praveen Mohadeb de n’avoir pas fait parvenir cette lettre au conseil de la TEC et a déploré « la protection » dont bénéficierait le ministre de l’Education tertiaire, Rajesh Jeetah, par Navin Ramgoolam.