L’art du baton twirling avait disparu du paysage du Queen Elizabeth College (QEC) depuis le départ à la retraite en 2003 de feue Ginette Cabon, décédée le 11 mars 2015 à l’âge de 85 ans. Pour faire honneur à cette grande dame, deux de ses majorettes ont décidé de faire revivre cet art au collège. Depuis l’année dernière, en effet, les élèves des Form I et II apprennent à manier le bâton, grâce à Jennifer Ng et Corinne Lallman-Sit Yee.
Sous un soleil de plomb, les collégiennes enchaînent les mouvements avec grâce et énergie. Elles ne portent pas encore le costume des défilés, mais apprennent à maîtriser le bâton. Cela fait un an déjà que les élèves du QEC ont renoué avec cet art qui fait partie de leurs particularités. Pendant trente ans, sous la houlette de Ginette Cabon, les filles du QEC ont marqué les événements de leur présence. Des défilés de la Fête de l’indépendance aux compétitions internationales, les majorettes ont fait l’histoire.
Toutefois, le départ à la retraite de Ginette Cabon en 2003 a laissé un grand vide au collège. « Nous avons constaté cela avec tristesse lors des célébrations du jubilé de diamant en 2013. C’est ainsi qu’un appel a été lancé aux anciennes majorettes pour animer des sessions de baton twirling au QEC », racontent Jennifer Ng et Corinne Lallman-Sit Yee, les deux seules à avoir pu se libérer pendant les heures de classe pour cela.
L’héritage de Mme Cabon
Cet événement coïncidait avec le lancement de la fondation Semper Sorores, regroupant les anciennes du QEC et dont le but est d’apprendre aux filles à être autonomes (voir plus loin). En relançant les majorettes, les deux coaches veulent ainsi faire honneur à « l’héritage légué par Mme Cabon. » Cette dernière, décédée le 11 mars dernier, était d’ailleurs au courant de cette initiative.
Pour Jennifer Ng et Corinne Lallman-Sit Yee, le baton twirling dépasse le simple fait du spectacle. « Être majorette, cela implique une discipline et nécessite une maîtrise à la fois physique, mentale et émotionnelle. C’est tout cela que nous voulons transmettre aux filles, particulièrement dans un contexte académique très compétitif. »
Les majorettes tambour et le baton twirling font ainsi partie des activités proposées aux élèves des FI et FII du collège. « Nous n’avons pas fait de sélection, les classes étaient ouvertes à toutes. Nous étions 150 au départ, par la suite certaines ont vu que ce n’était pas trop dans leurs cordes, mais nous poursuivons avec celles qui sont intéressées. Actuellement, nous avons 81 filles en Form I et 85 filles en Form II et III. »
Jennifer Ng et Corinne Lallman-Sit Yee regrettent de n’avoir pu intégrer les plus grandes faute de temps. « Nous faisons cette activité à titre volontaire, à côté de nos responsabilités professionnelles et familiales. Nous sommes au collège une fois par semaine seulement et nous n’avons pu en faire plus. » Toutefois, ajoutent-elles, au fil des années, les filles vont monter de classe et tous les niveaux seront concernés.
Les anciennes majorettes tiennent également à rassurer les parents que cette activité n’affecte en rien le travail scolaire. « Comme nous l’avons dit, le baton twirling nécessite une bonne gestion des émotions, apprend à vaincre le trac, à sortir de sa timidité… Les filles sont plus épanouies et nous le constatons semaine après semaine. De notre temps également, beaucoup d’accent était mis sur la performance académique, mais cela ne nous a pas empêchées de travailler bien à l’école, d’être classée après les lauréates et de décrocher des bourses d’études. »
Nos interlocutrices font aussi ressortir que de nos jours, les activités non académiques comptent pour beaucoup dans l’enregistrement à certaines universités. « Être majorette peut, au contraire, être un avantage. » Corinne Lallman-Sit Yee précise aussi qu’elle avait participé à deux championnats à Amsterdam et à Marseille, avec les Baguettes d’argent de Mme Cabon, l’année même où elle avait ses examens de SC et de HSC.
Outre cela, ajoutent les deux coaches, la pratique du baton twirling véhicule certaines valeurs comme le travail de groupe et le partage. « Déjà de notre temps, Mme Cabon encourageait les grandes à entraîner les petites. C’est un peu cette philosophie que nous reprenons aujourd’hui et nous la transmettons aux filles. »
Si les nouvelles majorettes ne sont pas encore prêtes à entrer en scène, elles y travaillent sérieusement. « Nous ne voulons pas précipiter les choses. Être majorette requiert un travail de longue haleine et une bonne maîtrise du bâton. Nous prévoyons un premier spectacle en interne pour cette année. Nous aurons des prestations publiques au moment opportun. »
Nos anciennes majorettes souhaitent également que les filles aient la chance de bénéficier de stages de haut niveau comme à leur époque. « Nous avions une directrice technique, Christine Bel, grâce à qui nous avions pu participer à des stages de perfectionnement. Nous souhaitons que les filles puissent également avoir de telles opportunités. »
Pour l’heure, c’est l’enthousiasme et la bonne humeur qui priment parmi les étudiantes, toutes heureuses d’avoir renoué avec cette bonne vieille tradition du QEC.