Le commandant de bord Pramil Banymandhub a effectué samedi ses dernières rotations à bord du A350-200, le Peter Both. Ce, après près de 41 ans de service au sein de la compagnie d’aviation nationale. L’émotion était palpable à l’aéroport Sir Seewoosagur Ramgoolam en ce samedi matin. Outre les collègues d’Air Mauritius, c’est toute la famille Banymandhub qui s’est déplacée pour saluer le dernier vol de ce fils du sol, « dévoué à Air Mauritius. Dévoué à son pays ».

Salve d’applaudissements à l’atterrissage du vol MK15/AF7964, samedi matin, à 9 h 25, sur le tarmac de Plaisance. Malgré la fatigue de ce long vol en provenance de Paris, Charles de Gaulle — vol qui a accusé trois heures de retard, car n’ayant pu décoller à l’heure à cause des intempéries dans la capitale française —, les passagers étaient émus. Parmi eux, les enfants aînés du commandant Banymandhub : son fils Pramil (junior), de la femme de ce dernier, Sabrina, et de leur bébé, Nora ; ainsi que sa fille Sarah et son fils Raphaël. L’autre fille du Captain, Shikka, elle, en plein partiels n’a pu faire le déplacement de Lyon.

L’émotion était ainsi intense à l’atterrissage. Le commandant de bord venait de faire une annonce remplie d’émotions qui prenaient le dessus sur le long voyage qu’ils venaient d’effectuer. Les passagers avaient témoigné du dernier tour de piste du commandant Pramil Banymandhub, qui prend sa retraite en tant que pilote de ligne. Un moment unique, car c’est la gorge nouée que Pramil Banymandhub a remercié la compagnie, l’équipage et les passagers pour ces années de bonheur « dans les airs ». 

Emu aux larmes

S’il pensait en finir avec les larmes en cette matinée, le commandant de bord de MK se trompait. Car une fois les passagers débarqués, un beau comité d’accueil composé des cadres d’Air Mauritius, dont le CEO Somas Appavoo, l’attendait. Champagne, gâteaux, cadeaux, accolades… Pramil Banymandhub a encore une fois été ému aux larmes. Dur de raccrocher après près de quarante et une fidèles années passées au sein de la compagnie d’aviation nationale. Et ce n’était pas fini. Dans la salle d’attente de l’aéroport, sur une large banderole, on pouvait lire : « It’s been a long and fruitful Journey, Captain Banymandhub, we are so proud of you ! Time to be grounded now ! Welcome home Pramil ». Toute la famille Banymandhub était là pour accueillir le commandant.

Des retrouvailles intenses, mêlées à de la joie et aussi à de la nostalgie. Mais il était surtout aussi question de fierté. Fierté de côtoyer un fils du sol qui a contribué à l’évolution d’Air Mauritius et au tourisme mauricien. Fierté d’être le proche ou l’ami de ce commandant de bord qui compte près de 41 ans de service.

En effet, alors qu’il a fêté dimanche ses 65 ans, Pramil Banymandhub atteint la limite d’âge fixée par la loi pour exercer les fonctions de pilote de ligne. L’homme, qui fait partie des premiers pilotes d’Air Mauritius, cumule plus de 23 000 heures de vol. Il a passé sa vie à voler d’un pays à l’autre en ayant les deux mains sur les commandes. « Cela n’a pas toujours été facile », raconte son épouse Sandhya, qui a connu ces vingt dernières années les allées et venues du commandant. « Pramil a toujours été un professionnel consciencieux. Il pensait à sa famille, et a été présent pour nous tous, mais il pensait aussi à son autre famille, qui est Air Mauritius. Nous avons su jongler entre ciel et terre et je suis très fière de lui », dit l’ancienne hôtesse de l’air. Désormais, ajoute-t-elle, elle espère continuer les voyages avec lui, « mais pour le plaisir de voyager uniquement ». 

Vols de sa vie

Les voyages, le commandant Banymandhub les connaît depuis 1977. Année où il devient l’un des deux seuls et premiers Mauriciens à obtenir une bourse d’Air Mauritius pour des études aéronautiques en France. Il venait de compléter ses études secondaires au collège Royal de Curepipe et avait pris de l’emploi à la Mauritius Commercial Bank. Il ne s’attendait pas à cette perspective de carrière. D’autant plus qu’il y avait plusieurs postulants à ce poste dont l’annonce avait été publiée dans la presse. « J’avais postulé comme ça. Et j’ai aussi effectué les entrevues et les tests, comme ça. Je n’étais pas forcement intéressé par l’aviation », raconte-t-il. Mais l’opportunité se présentant àlui, il a saisi l’occasion. « Maman était triste, car son fils devait la quitter pour aller faire des études. Il y avait aussi de l’appréhension, car à l’époque Air Mauritius ne possédait qu’un avion. Les questions sur l’avenir la taraudaient. Mais elle l’a laissé partir, car il s’agissait de son avenir », raconte Pramila Banymandhub, la soeur cadette du commandant.

Après des études à l’École nationale d’aviation civile (ENAC), en France, entre autres, Pramil Banymandhub commence à travailler en mars 1979 à Air Mauritius. Son premier vol, c’était à bord du Twin Otter, comme copilote. C’est au fil des vols qu’il a développé sa passion pour l’aviation. Et, depuis, il a cumulé vol sur vol, avion sur avion, destination sur destination. Le Captain Banymandhub a très vite gravi les échelons et a aussi occupé plusieurs postes de direction : chef pilote, responsable de formation, directeur des opérations, responsable de la sécurité aérienne et instructeur et examinateur de vols… « J’ai eu le privilège de piloter tous les avions d’Air Mauritius, et c’est avec le sentiment du devoir accompli, d’avoir eu une carrière aussi riche et d’avoir fait de mon mieux pour la compagnie et pour le pays, que je raccroche les commandes », dit-il fièrement.

En 41 ans de carrière, Pramil Banymandhub a côtoyé des personnalités. Si, parmi les appareils, celui qui l’a le plus marqué est le Boeing 747, les vols de sa vie demeurent, toutefois, le voyage du pape. L’homme s’estime chanceux d’avoir pu vivre ces moments irréels. En deux occasions. « J’ai piloté l’avion qui a conduit le pape Jean Paul II à Rodrigues et j’ai aussi piloté celui qui a transporté le pape François à Madagascar. Je suis béni des dieux », sourit-il.

Certes, durant sa carrière, il a connu des turbulences. « Il y a eu des hauts et des bas. Des frustrations. On ne peut jamais faire plaisir à 100 %. Il y a les syndicats qui font leur travail, et ils sont respectés. Il y a ceux qui ne sont pas très contents, mais il y a aussi ceux qui sont heureux. C’est une situation qui ne va pas s’arrêter », concède-t-il. Lui préfère les beaux souvenirs. « J’ai grandi avec la compagnie. J’ai énormément de souvenirs. Par exemple, lorsqu’on est passé des petits avions au Boeing 707, un gros porteur. Nous avions pas mal de petits problèmes avec et ces ennuis techniques, cela marque beaucoup un pilote. Cela forme un pilote », dit-il. Et d’ajouter « on a aussi vu la compagnie passer par des moments très, très difficiles. Nous avons toujours été là. Même dans les pires moments. L’aviation est une industrie qui n’est pas facile. Pas seulement à Maurice. Dans le monde entier. Je crois fermement que nous avons une compagnie avec un potentiel énorme qu’on n’a pas encore vraiment exploité ».

«Fière de mon père» 

Après des années passées entre ciel et terre, Pramil Banymundhub se pose. Il quitte les commandes, mais n’abandonne pas Air Mauritius, dit-il. Il demeure ainsi instructeur et examinateur au simulateur et sera toujours responsable de la sécurité aérienne. Sa retraite, il l’envisage « simple et tranquille ». « Je serai plus souvent à la maison. Je pense profiter de ma famille et me consacrer un peu plus à ma passion qui est les modèles réduits d’avion. Je joue aussi au golf. Il y a de quoi meubler mon emploi du temps », dit-il. Et, tout sourire, il s’enthousiasme : « Je vais enfin pouvoir faire les voyages que j’ai toujours voulu faire et que je n’ai jamais eu le temps de faire complètement ». Son métier, il l’a vécu avec passion et c’est avec la maestria qu’on lui connaît qu’il a rangé le Peter Both pour la dernière fois. La relève, ce sera peut-être sa petite dernière, Shreya. Actuellement, L’adolescente de 15 ans, étudiante au Lycée, a opté pour un Brevet d’initiation à l’aéronautique. « Je suis très fière de mon père. Je n’ai pas encore décidé de ce que je vais faire plus tard. Mais disons que l’aviation m’intéresse. Pourquoi pas pilote ? » dit-elle.

Somas Appavou : « Pramil part, mais reste »

C’était une occasion à ne pas rater, dit le CEO d’Air Mauritius, venu saluer le commandant Banymandhub pour son dernier vol. « Comme dit Saint-Exupéry : “Donner c’est aimer”. Pramil a beaucoup donné. Il a beaucoup aimé cette compagnie et en l’accueillant pour ce dernier vol, on a voulu lui rendre cet amour qu’il donné et qui nous a fait grandir. Nous sommes très fiers du Captain Banymandhub, l’un des premiers pilotes à Air Mauritius et qui a beaucoup oeuvré pour l’aviation civile à Maurice », dit Somas Appavou. Si Pramil Banymandhub quitte les commandes, il continuera l’aventure avec Air Mauritius, dit le CEO. « D’abord en tant que responsable de la sécurité aérienne, instructeur et examinateur, mais nous lui proposons aussi autre chose : présider l’agro-club que nous allons bientôt mettre en place », dit-il. Et d’ajouter : « Officiellement il arrête de voler mais Pramil sera toujours là en tant que contributeur pour l’aviation civile à Maurice. »

Zaid Beebeejaun et Percy Gardenne, les deux copilotes du dernier vol de Pramil Banymandhub ne sont pas peu fiers de ce voyage. « Ce fut un grand honneur d’effectuer ce dernier vol empreint d’émotions. C’est un grand homme qui a su donner de lui-même à son entreprise, à son pays. »