Les témoignages dans l’enquête judiciaire instituée par le Directeur des Poursuites publiques (DPP) pour faire la lumière sur les inondations du 30 mars 2013, qui ont fait 11 victimes, sont terminés. Après l’audition de plus de 130 témoins, sur une durée d’une cinquantaine de jours, la magistrate Ida Dookhy-Rambarun, qui a présidé cette enquête judiciaire, va maintenant faire savoir ses conclusions. En attendant, retour sur les témoignages majeurs et les faits saillants qui ont marqué cette enquête judiciaire.
L’enquête judiciaire instituée par le Directeur des poursuites publiques, plus d’un an après le drame ayant fait 11 victimes, a connu son lot d’émotion et de révélations lors de l’audition des témoins. Les parents ayant perdu un proche lors de cet événement tragique ont dû retenir leurs larmes et relater, la gorge nouée, les événements qui se sont produits et la manière dont ils ont appris que leur enfant, femme ou encore neveu ont trouvé la mort lors des inondations du 30 mars 2013.
Moment poignant : le témoignage de Jason Wright, fils de Sylvia Wright et frère de Jeffrey Wright, qui font partie des six victimes repêchées dans le tunnel sud du Caudan Waterfront. Sa mère ne répondant pas à ses appels, le jeune homme, qui travaillait à l’hôtel Labourdonnais le jour du drame, était parti s’enquérir de la situation au tunnel sud, où sa famille tenait une tabagie. Arrivé sur les lieux, vers 16h10, il devait constater l’ampleur des inondations : un tunnel submergé par des eaux boueuses et des passants qui racontaient que les propriétaires des tabagies étaient restés à l’intérieur. Après des heures d’appréhension, le jeune homme a finalement eu la confirmation que sa mère et son frère n’avaient pu échapper à la montée subite des eaux dans le tunnel. Retenant ses larmes pour relater en détail ce qui s’est passé, le jeune homme a révélé à la cour qu’il avait aidé les policiers sur place à retirer le corps de sa mère qui flottait, inerte, en dehors du tunnel. Son frère, Jeffrey Wright, avait été repêché quelques minutes plus tard, et ce avec l’assistance des plongeurs de la police et de la National Coast Guard.
Allan Wright, le mari de Sylvia Wright, devait quant à lui expliquer qu’il ne s’attendait pas à un tel drame. Il avait déposé ses deux fils et sa femme à Port-Louis  ce jour-là. De même, il était en communication continue avec sa femme, qui lui indiquait qu’il pleuvait des cordes, mais sans plus. Dans l’après-midi, il avait appris par téléphone de son fils Jason que sa femme et son fils avaient été repêchés dans le tunnel du Caudan.
Yasdevi Teewary, la mère des deux frères Teewary et la tante de Toolsyram Ramdhary, victimes eux aussi des inondations, a relaté la journée du 30 mars 2013 en larmes. Elle devait indiquer que ses garçons avaient quitté le domicile familial pour s’acheter des paires de chaussures à Port-Louis. Elle n’avait jamais pensé que c’était la dernière fois qu’elle les voyait. Après avoir reçu un appel de sa fille, pour l’informer que ses fils n’étaient pas sortis du tunnel sud lors des inondations, elle s’était rendue le plus vite possible à Port-Louis. Mais il était déja trop tard. « Apre ene letan ine informe moi ki mo neveu ek mo de garson inn mort », dit-elle, la voix presque inaudible. Les familles se sont plaintes du manque de sécurité dans ces tunnels, des caméras défectueuses, d’une pompe pas assez efficace, ou encore des vigiles qui n’étaient pas à leur poste dans la journée.
Mis à part les témoignages poignants des familles des victimes, la part de responsabilité des différentes autorités a été décriée par les familles, notamment les “contracteurs” de la troisième voie sur l’autoroute M1 et les compagnies en charge de la sécurité au Caudan Waterfont. Le directeur de GIBB Ltd, Kishan Padaruth, devait affirmer en cour que les drains mal conçus, et même réduits à certains endroits, ainsi que les fondations de quelques constructions entreprises directement sur les drains, ont obstrué le passage naturel de l’eau et ont contribué aux inondations meurtrières. Le directeur de Desai and associates, Jaish Desai, devait abonder dans le même sens, indiquant que les drains majeurs installés dans la capitale n’étaient pas suffisants pour contenir une telle intensité d’eau. Selon lui, les drains trop étroits qui contenaient des déchets et des structures construites dans le lit de certains ruisseaux ont obstrué le passage de l’eau, contribuant au débordement d’eau dans les rues, provoquant ainsi l’inondation. Cependant, le chef ingénieur Abdool Cader Nahaboo, de la General Construction Co Ltd, un des contracteurs de la troisième voie, a soutenu qu’à aucun moment le Ruisseau du Pouce n’avait été obstrué par les structures placées dans le lit du ruisseau. Selon lui, les structures, plateformes et sous-plateformes, placées dans le lit du ruisseau ne représentaient aucun obstacle à l’écoulement de l’eau, précisant qu’ils étaient conçus pour être transporté par la forte circulation d’eau en cas d’inondations.
Autre élément remis en question lors de l’enquête judiciaire : le rôle des vigiles de Rapid Security, responsable de la sécurité au Caudan Waterfront, notamment au tunnel sud, où six personnes ont perdu la vie. Selon le témoignage des familles des victimes, les vigiles opéraient sans permis de travail, étaient sous l’influence de l’alcool et, souvent, ne se trouvaient pas dans les tunnels. Le Chief Security Officer de la State Property Development Company (SPDC), Deny Laval Maurice, devait confirmer que certains vigils n’avaient pas leur permis, mais qu’ils travaillaient toujours en attendant que les procédures d’applications soient avalisées. Un ancien Field Supervisor de Rapid Security, appellé à témoigner, n’avait pas été tendre envers ses anciens collègues. Il devait révéler que ces vigiles, qui opéraient sans permis, « ti pe casiet kan lapolis ti pe fer patrouille dan Caudan ». Il devait ajouter que, lui-même, bien que haut gradé, opérait sans uniforme et sans autorisation du Commissaire de Police de décembre 2012 au 30 mars 2013. Un comptable de la SPDC, la compagnie en charge de recruter des agences de sécurité au Caudan Waterfont, devait concéder qu’un vigile avait été arrêté car il n’avait pas son permis.
Un des témoins phares lors de cette enquête judiciaire, le vigile de Rapid Security Brodick Caleea, était, lui, responsable du tunnel sud le jour des inondations. Il avait insisté en Cour qu’il était le dernier à sortir du tunnel et que tous les propriétaires en étaient sortis. Mais les enregistrements des caméras de surveillance à l’entrée du tunnel sud, visionnés en cour, lui avait affirmé le contraire.
Concernant la responsabilité de la station météorologique de Vacoas, le directeur adjoint de la météo, Rajan Mungra, devait concéder que les prévisionnistes n’avaient pas été en mesure de prédire les risques d’inondations, et ce malgré qu’ils avaient conclu qu’il y aurait de grosses averses partout sur l’île. Il avait ajouté que la météo n’avait pas de marche à suivre concernant les flash-floods. Il a soutenu qu’une fois le nouveau système plus efficace installé en 2015, avec l’utilisation de radars, la station météo sera alors en mesure de prédire les inondations. L’ASP Anerood Sookareea, du National Risk Reduction and Management Centre (NDRMC), avait fait état du système d’avertissement inefficace de la météo concernant les inondations. Il a par ailleurs évoqué le fait que la NDRMC devrait implémenter plusieurs méthodes, dont le flood early warning system (avertissement par le biais de sms) pour permettre une meilleure anticipation de ce genre de calamité. Anerood Pursunon, Deputy Permanent Secretary au Prime Minister’s Office, devait pour sa part affirmer que le système d’avertissement pour les inondations était en phase de renouvellement à la météo.
Les 11 victimes de ces inondations meurtrières du 30 mars 2013 sont : Jeffrey Allan Wright, Sylvia Wright, Toolsee Ram Ramdhari, Pravin Kumar Khoosye, Karmish Saligram Tewary, Dhanraj Saligram Tewary, Retnon Sithanen, Rabindranath Bhobany, Fan Lan Wong Tat Chong Lai Kim, Christabel Moorghen et Stevenson Henriette.