Depuis leur retour de Chennai où ils s’étaient rendus avec l’espoir de guérir, ils sont désemparés. Krishna Appadoo, Sylvestre Antonio, Ranjit Jowohir et Ravinduth Kasee, quatre patients qui ont subi une injection à l’Avastin à l’hôpital de Moka, le 22 mai dernier, ne savent plus ce qu’il adviendra de leur famille. “Mo mem amene kass dan lacaz. Mo tou sel ti travay. Aster ki sann-la pou assir l’avenir mo fami? Couma mo madam pou fer?”, disent ces quatre pères de famille. Pour cause, ils ont perdu l’usage d’un oeil. Ce, alors qu’ils s’étaient rendus à l’hôpital pour être traités. Dépités et amers, ils disent ne pas comprendre comment une telle chose a pu arriver. “Monn ale lopital mo ti trouv clair. Aster acoz lopital, mo napli trouvé”, disent-ils, pointant du doigt le traitement reçu à Moka. “Mem lopital dehors pa finn reci répare errer lopital Maurice. Zot inn dir nou Chennai ki nou fin vinn trop tard”, expliquent-ils. Révoltés, ils comptent poursuivre l’hôpital. D’autant que, selon eux, le jour où ils ont reçu cette injection d’Avastin dans leur oeil, les conditions hygiéniques normalement d’usage n’ont pas été respectées.
Pourquoi l’hôpital nous a administré cette injection? C’est la question que ne cessent de se poser Krishna Appadoo, Sylvestre Antonio, Ranjit Jowohir et Ravinduth Kasee. Ils se demandent également “pourquoi l’hôpital a pris autant de temps avant de nous envoyer à Chennai?”Révoltés et abattus, ils racontent leurs mésaventures respectives. À quelques détails près, elles se ressemblent toutes. La cause: une injection d’Avastin dans l’oeil. Deux d’entre eux n’avaient aucun problème de vue, deux autres suivaient des traitements dans le privé. Mais au final, c’est à l’hôpital qu’ils ont perdu l’usage d’un de leurs yeux.
Ranjit Jowohir et Ravinduth Kasee recevaient pour la première fois, ce 22 mai fatidique, un traitement à l’hôpital des yeux. Ranjit Jowohir, 66 ans, ancien fonctionnaire, soutient qu’il était en bonne santé avant de perdre l’usage de son oeil gauche. “Je ne portais pas de lunettes. Je suis un sportif, j’adore le foot. Je n’ai pas de problème de santé. Aujourd’hui, je n’ai plus d’oeil gauche”, dit-il. S’il s’est rendu à l’hôpital de Moka le 22 mai, c’est parce qu’il ressentait une petite gêne dans l’oeil. “Comme cela concerne les yeux, je n’ai pas voulu tarder. J’ai préféré faire vérifier ma vue”, dit-il, soulignant que c’était sa première visite à l’hôpital. Après une première auscultation, le médecin lui annonce qu’il a une infection dans l’oeil et lui prescrit une injection. Sans se soucier de quoi que ce soit, il attend son tour pour qu’on lui mette les gouttes servant à dilater la pupille et insensibiliser l’oeil.
L’histoire de Ravinduth Kasee est similaire. Ce soudeur affirme qu’il n’a jamais eu de problème de vue. En traitement à l’hôpital du Nord pour son diabète, il a été référé, en janvier dernier, à l’hôpital de Moka par son médecin traitant. Après un premier rendez-vous, l’ophtalmologue de Moka lui indique qu’il devra revenir dans quelque temps pour une injection. C’est ainsi que l’hôpital l’appelle le 21 mai pour un rendez-vous le lendemain à Moka. Lorsqu’il s’y rend, comme Ranjit Jowohir, il attend son tour pour qu’on luifasse son injection.
Krishna Appadoo est lui aussi passé par là. 59 ans, ce businessman a lui démarré son traitement à l’hôpital de Moka en mai 2013. Après une opération au laser le 17 mai, il reçoit une première injection à l’Avastin en août. “Je n’aime pas les piqûres. J’ai demandé au médecin si c’était douloureux et s’il y avait des effets secondaires, mais le médecin m’a répondu que“non, tou dimoun fer sa pikir-la””, dit-il.  Il n’a eu aucun problème avec cette première injection. Ni avec la seconde qui a été effectuée en décembre 2013. Continuant son traitement à l’hôpital de Moka, il effectue une 2e opération au laser en janvier dans ses deux yeux.“Mon traitement a continué et je voyais très bien. Je pouvais tout faire jusqu’à ce 22 mai 2014”, raconte-t-il. 
Il était également avec Ranjit Jowohir et Ravinduth Kasee à attendre leur injection à l’Avastin ce jour-là. À leurs côtés, Sylvestre Antonio, un chauffeur de taxi de 62 ans en traitement à l’hôpital depuis deux ans pour un problème de cataracte. Après son opération fin 2013, on lui apprend qu’il doit faire trois injections dans son oeil gauche. Ainsi, en janvier, sa première piqûre, même si douloureuse, ne lui cause aucun souci. “Le lendemain, j’ai repris mon travail. C’est moi qui fait vivre la famille. Je ne pouvais pas rester à la maison”, raconte-t-il. Le temps passe et le 21 mai, comme Ravinduth Kasee, il reçoit un coup de fil de l’hôpital pour qu’il vienne le lendemain recevoir son injection.“Si je savais, je n’y serais pas allé. Je voyais très bien. Je pouvais conduire la nouvelle voiture que je viens d’acheter et pour laquelle j’ai dû faire un gros emprunt”, dit-il. Mais il est passé“à l’abattoir”,entre 11h et 12h15, avec les trois autres.