Un an s’est écoulé depuis les inondations meurtrières à Port-Louis, notamment au Caudan Underpass, avec onze victimes emportées. Des questions fondamentales demeurent sans réponse et des zones d’ombre n’ont fait que s’épaissir au fil des mois. Les proches des victimes, dont leur quotidien a été littéralement bouleversé et qui sont restés sur leur faim en quête de réponses, fondent de gros espoirs sur l’enquête judiciaire, instituée par le Directeur des Poursuites Publiques (DPP), Me Satyajit Boolell, Senior Counsel. 126 témoins seront assignés pour les travaux de cette enquête se déroulant au tribunal de Port-Louis à partir du 21 avril prochain. Une dernière indication des conséquences de ce que la Météo a présenté comme étant des Flashfloods a été révélée en cours de semaine lors de l’assemblée générale des assureurs. La note des primes d’assurance pour les dégâts matériels se monte à un demi-milliard sans compter le préjudice incommensurable et indéchiffrable en perte de vies humaines causé aux familles des victimes.
L’une des questions cruciales que devra déterminer cette enquête judiciaire demeure la cause de cette soudaine montée d’eau sur le front de mer avec l’inondation complète du Caudan Undepass, faisant 8 victimes dans un rayon de 50 mètres où se déroulaient les travaux de construction de la 3e voie sur la Nationale entre le Ruisseau du Pouce et la Place d’Armes. 6 cadavres avaient été retirés le même jour du Caudan Underpass et 2 autres subséquemment du parking souterrain de l’immeuble du Port-Louis Harbour Front.
Cet aspect des débats risque de susciter des passions au tribunal avec les responsables de la Road Development Authority (RDA) et de la firme General Construction rejetant catégoriquement toute responsabilité dans cette accumulation d’eau meurtrière au Ruisseau du Pouce. La présidence de cette enquête judiciaire bénéficiera de l’avantage d’une chronologie (timeline) des événements suite aux pluies torrentielles de la mi-journée du 30 mars de l’année dernière.
Une première zone d’ombre à éclairer porte sur un premier warning émis en date du mercredi 13 février 2013 où, très tôt le matin, la Jaguar officielle de la Private Parliamentary Secretary, Pratibha Bholah, s’était retrouvée prisonnière du niveau d’eau sur le front de mer. La réponse à la question de savoir si la RDA avait ordonné une enquête technique, pour déterminer le problème du mercredi des Cendres 2013 à la place d’Armes, devrait être édifiante à plus d’un titre. Ce jour-là, pour la première fois, l’ex-Place du Quai avait été inondée pour devenir impraticable.
La répétition des événements du 13 février le samedi 30 mars 2013 allait être encore plus dramatique. Toutefois, une pièce majeure du Puzzle des inondations meurtrières du Caudan se résume aux enregistrements des caméras Nos 21 et 22 de la société Caudan Security Services, couvrant cette partie du Ruisseau du Pouce, le point central du chantier de la construction de la 3e voie sur l’autoroute.
Première controverse à signaler : les enregistrements de ces deux caméras de surveillance pour la journée du samedi 30 mars ont-ils été sécurisés par les enquêteurs du CID de Port-Louis Sud? La réponse devra être connue lors des délibérations de l’enquête judiciaire car l’escouade de la Port Police avec à sa tête le chef inspecteur Hector Tuyau avait été brutalement dessaisie de cette enquête alors l’exercice s’orientait dans cette voie.
Les rares témoins qui ont eu l’occasion de visionner ces enregistrements indiquent que de 13h09 à 15h39, le niveau d’eau du Ruisseau du Pouce après le tablier sur La Nationale était resté sensiblement au même niveau. De son côté, la Météo avait enregistré 131,4 millimètres de pluies sur la capitale entre 13h et 14h30 et seulement 2,2 mm entre 14h30 et 15h. Ce ne fut qu’à 15h39 que le niveau d’eau était devenu supérieur aux obstacles artificiels déposés sur le lit du Ruisseau du Pouce.
En amont de ce point, notamment au niveau de l’avenue John Kennedy et également de la Chaussée, les inondations avaient déjà causé d’importants dégâts. La thèse de la RDA et de General Construction est que les détritus du Ruisseau du Pouce sont l’unique cause des problèmes et non les travaux de construction sur la 3e voie sur l’autoroute.
D’autres sources avancent que les thèses savantes sur la topographie de Port-Louis ou encore des drains non-déblayés pourraient être fragilisées par des photos de Stackings de sacs de sable et de rocksand déposés de travers sur le lit du Ruisseau du Pouce pour les besoins des travaux de construction. Ces photos prises at the material time ont été versées dans le dossier de l’enquête policière et devraient être produites durant l’enquête préliminaire.
Les experts de General Construction comptent s’appuyer sur des exercices de simulation hydraulique dans cette partie de la capitale pour justifier leurs arguments contestant toute responsabilité dans ce drame. Soulignons que dans une enquête judiciaire, obligatoire car il y a morts d’homme dans des Occurrences, il n’y a pas de suspects mais des témoins tout simplement pour aider la Cour à faire la lumière sur le drame.
En marge de cette enquête judiciaire, aucune indication n’est disponible si les Findings des experts de Singapour, dépêchés d’urgence à Maurice, seront également présentés devant le tribunal de Port-Louis. Tout ce qui a transpiré jusqu’ici est que ces consultants étrangers, qui ont fait le déplacement pour des constats de visu sur le terrain, ont déjà soumis des observations préliminaires sur les inondations du Caudan et sans plus. Pourtant, cette enquête d’experts devait complémenter les efforts des autorités mauriciennes à faire la lumière sur le drame du Caudan du 30 mars 2013.
Ce dernier week-end de mars 2014 est le même que celui de l’année dernière avec un lundi férié. Les familles des 11 victimes, qui ont l’impression d’être complètement abandonnées dans cette quête de la vérité, comptent commémorer à leur façon la mémoire des disparus, sachant que rien au monde ne pourra combler le manque de leur vie, depuis ce 30 mars 2013 fatidique…