«Je ne céderai jamais au chantage », a lancé ce matin le CEO d’Air Mauritius, Somas Appavou, qui rencontrait la presse, visiblement très remonté, après que la compagnie aérienne a été mise au pied du mur hier après-midi et que quatre appareils ont été cloués au sol. Cette situation inédite a été qualifiée de très grave par le CEO d’Air Mauritius, qui estime que les pertes enregistrées pour la compagnie et pour le pays sont conséquentes.
« On dispose d’instances précises pour régler les différends, on ne peut pas permettre qu’on bloque la compagnie et tienne le pays en otage », soutient le CEO. Dans une déclaration faite à la presse ce matin, Somas Appavou a expliqué qu’Air Mauritius s’est retrouvé devant une situation exceptionnelle hier lorsqu’un nombre inhabituellement élevé de pilotes se sont rendus indisponibles pour effectuer des vols pour lesquels ils étaient programmés. Un comité de crise a été institué immédiatement afin de limiter l’impact sur les passagers. « Notre priorité est d’acheminer les clients à leurs destinations finales dans les délais les meilleurs et de les prendre en charge avant leur départ. Je peux, sans risque de me tromper, affirmer que cette situation est absolument anormale. Une enquête a été initiée pour situer les responsabilités et prendre toutes les mesures qui s’imposent, y compris des sanctions si besoin est », dit-il.
Le conseil d’administration se rencontre cet après-midi à 15 h 30 pour passer en revue la situation. Si tout le monde s’accorde à dire que les relations entre la direction et les pilotes ne sont pas au beau fixe et que la manière de faire des uns et des autres n’est pas sans reproches, à Air Mauritius on est unanime à dire que cela ne justifie pas qu’une action susceptible de mettre en péril l’avenir de la compagnie soit entreprise.
Selon Somas Appavou, tout semble indiquer que c’est une action concertée qui a été engagée. Une réunion d’urgence du conseil d’administration a été convoquée « car ce qui s’est passé est très grave ». « Un petit groupe d’employés ne peut prendre en otage nos clients, notre compagnie et le pays. Ils ternissent la réputation que nous avons patiemment construite durant les cinquante dernières années. Les conséquences financières sont importantes à un moment où la compagnie s’est engagée dans des engagements financiers majeurs. En tant que directeur général je ne peux pas accepter cette situation ; les employés ne l’acceptent pas, nos clients et le pays non plus ».
Le CEO précise que les pilotes d’Air Mauritius sont au nombre de 200 et sont des professionnels. « Nous reconnaissons leur valeur et leur contribution. Nous avons parfois des désaccords, soit on les règle sur place, soit on a recours aux instances appropriées pour régler les différends. Nous n’accepterons jamais le chantage ».
Somas Appavou a invité les pilotes à se ressaisir car il y va de l’avenir de la compagnie et du pays. Il a remercié tous les pilotes qui ont été solidaires de la compagnie dans ces moments difficiles et l’ensemble du personnel pour les efforts faits pour minimiser l’impact sur la compagnie.
Selon des réponses données à la presse, il ressort qu’une vingtaine de pilotes, dont la moitié sont des Mauriciens, sont concernés.
Selon nos renseignements, les pilotes ne sont pas satisfaits que les deux billets gratuits alloués annuellement à leur famille passent de la classe business à la classe économique pendant la période de pointe. Jusqu’ici, ces derniers avaient priorité sur les passagers de la classe affaires qui payent leur billet au prix de Rs 200 000. Il ressort de plus que les pilotes ont des packages salariaux mensuels variant entre Rs 400 000 et Rs 700 000 payés en euros au taux fixe de Rs 45 l’euro. La compagnie compte revoir cette pratique qui s’apparente à une forme de « hedging ». Les pilotes bénéficient en outre de 42 jours de congé annuels, souligne-t-on.